Une nouvelle présidence

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NÉE À HAÏFA (ISRAËL), Margaret Karram est la nouvelle présidente du mouvement des Focolari. Durant six ans, elle et son équipe vont devoir guider la famille focolari pour relever les nombreux défis rappelés par le pape François : rendre le charisme créatif et affronter les crises pour mieux grandir.

« Après avoir senti que je devais accepter, j’ai éprouvé une grande force, un grand courage mêlé à cette peur de Dieu. À ce moment-là, j’ai dit : “Me voici”, parce que je sentais que c’était un appel de Dieu. Être comme Marie une servante de l’OEuvre, une servante pour tous. » C’est ainsi que la troisième présidente du Mouvement (après Chiara Lubich et Maria Voce), Margaret Karram, partage son expérience de l’élection. Ayant grandi dans une famille arabe, chrétienne catholique, Margaret est la première non-Italienne et, plus encore, la première à connaître la situation d’une croyante minoritaire. Elle a passé sa jeunesse avec des amis musulmans et juifs et son parcours résume tout autant l’internationalisation du Mouvement que la réalité d’un monde divers en pleine mutation. Son parcours multiculturel (en Israël, aux États-Unis et en Italie) et son engagement pour le dialogue des religions préparaient cette focolarine de cinquante-huit ans à servir la direction de l’OEuvre.

Consciente des enjeux importants de son mandat, Margaret Karram a mis en avant « l’héritage de Chiara : être une famille ». « En ce moment, a-t-elle affirmé, nous avons besoin dans le Mouvement d’avoir des relations de frères et soeurs, d’être présents là où il y a quelqu’un qui souffre, comme dans une famille. » Un esprit de famille qu’elle définit comme « un esprit de charité, humble, qui aime l’autre au-delà des erreurs, au-delà de tout, une charité qui couvre tout. Nous sommes une famille avec cet amour véritable qui n’attend rien, qui

« Le Mouvement connaît une culture de la suspicion. Nous devons relever ce défi en augmentant la charité. » Margaret Karram

pardonne ». Interrogée sur les défis à relever, Margaret Karram ne craint pas d’affirmer : « La culture de la confiance fait défaut, je le dis dans un esprit de grande miséricorde. Le Mouvement connaît une culture de la suspicion. Nous devons relever ce défi en augmentant la charité parmi tous les membres de l’OEuvre, afin de faire triompher davantage la culture de la confiance et
de la charité. »

La période de pandémie engage à vivre des attentions nouvelles. La crise, selon la nouvelle présidente, « nous apprend à être proches des gens. Peut-être le savons-nous déjà, mais nous devons l’apprendre de plus en plus. Être proche de ceux qui souffrent à cause de la pandémie, de la pauvreté, de la mort de tant de personnes, de la douleur inconsolable. Être proche est la plus grande réponse que le Mouvement peut donner ». Margaret Karram va mener son mandat avec Jesús Morán Cepedano à ses côtés. Le prêtre espagnol âgé de soixante-trois ans a été réélu pour un second mandat. La présidenteélue a souhaité un travail « de plus en plus dans un esprit de synodalité ». Un travail d’équipe et avec un partenaire majeur, que rappelle Margaret
Karram : « Chiara Lubich disait toujours que l’OEuvre n’est pas gouvernée par une ou deux personnes (président et coprésident), mais par la présence de Jésus au sein du peuple. »

Une audience paternelle

Outre l’élection de la nouvelle équipe, l’assemblée générale a été très marquée par l’audience accordée aux participants par le pape François, le samedi 6 février. Ce dernier a su exprimer la bienveillance qu’il porte aux Focolari, mais aussi l’exigence qu’il leur assigne. Il a notamment évoqué la fidélité à la fondatrice et l’importance des crises. « Chaque charisme est créatif, ce n’est pas une statue de musée », a-t-il lancé comme un appel à revisiter les intuitions originales de l’oeuvre dans « une fidélité dynamique, capable d’interpréter les signes et les besoins des temps». « Votre spiritualité, caractérisée par le dialogue et l’ouverture aux différents contextes culturels, sociaux et religieux, peut certainement favoriser ce processus », a-t-il indiqué, exprimant ainsi sa confiance. Comme un écho aux difficultés vécues, notamment, par la communauté en France ces dernières années, François a mis en garde contre tout repli sur soi « qui porte à défendre toujours l’institution au détriment des personnes, et qui peut porter aussi à justifier ou à couvrir des formes d’abus ».

L’expertise du Pape en gestion de crise peut-elle aider le Mouvement aujourd’hui ? Sans doute, d’autant qu’il a insisté sur les effets positifs d’un moment difficile, dès lors qu’il est perçu comme « une opportunité pour grandir et un appel à une nouvelle maturité ». À condition de résister à la « tentation, toujours grande, de transformer une crise en conflit, qui peut devenir laid et diviser ». Au contraire, pour François, « les crises sont une bénédiction, y compris dans la vie des institutions ». Évoquant « les crises spirituelles des personnes », le Pape a rappelé la distinction entre for externe et for interne, « bonne règle de l’Église depuis toujours ». Car la confusion entre les niveaux du gouvernement et celui de la conscience « donne lieu à des abus de pouvoir et aux autres abus dont nous avons été témoins ».

Avec ces points d’attention et ces bonnes pratiques, le binôme de la présidence et les douze conseillers vont donner un nouvel élan à la grande famille des Focolari, avec la contribution nécessaire de tous les membres à travers le monde.

Philippe CLANCHÉ

Propos de Margaret Karram extraits d’une interview donnée à Citta Nuova, au nom de toutes les revues du Mouvement.

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