Un bain de jouvence pour mon âme

un bain de jouvence pour mon âme

J’ai choisi d’aller vivre une semaine de silence dans une abbaye bénédictine et ce fut véritablement un bain de jouvence pour mon âme.

Je n’avais jusqu’alors jamais pris un repas en silence. Le premier soir, un jeune prêtre est assis en face de moi. Pas moyen de lui parler ou de me présenter ; quelle pénitence ! Au début, ce silence m’a tout d’abord gênée, troublée. Peur de croiser le regard de l’autre. Où regarder ? Les regrets et les pensées se bousculent en moi. Difficile d’accepter et de se mettre au diapason. Je me sens frustrée et contrariée dans mon besoin de communication et de partage.

Et si aimer l’autre, c’était tout simplement prier pour lui, sans rien faire d’autre ? Le silence amène à respecter l’autre dans sa singularité profonde, dans son mystère.

Tout est cadeau

Petit à petit, je sens le silence m’habiter et prendre forme. Je me retrouve seule mais pas vraiment seule ; je goûte au bienfait de la gratuité d’une présence ; pas besoin d’expliquer, de se justifier, de s’excuser, de produire ou de donner ; le bonheur d’être simplement là, telle une mendiante de silence, de plein, de calme. Le silence me vide et me remplit, me permet de trouver mon centre.

Tout est cadeau ; la journée rythmée par les prières si bien accordées sur les tempos de la journée : au matin, louange, remercier Dieu pour la vie ; en milieu de journée, remettre Dieu au centre. Au soir, tout confier à Dieu. À mon retour, je me note les tempos spirituels de ma journée en leur redonnant la solennité de cette liturgie des heures.

Les offices sont un bain de jouvence pour mon âme, un véritable baume : les psaumes nourrissent ma prière, expriment des émotions que je n’oserais exprimer ou des mots que je n’oserais dire.
C’est progressivement vers la fin de la retraite que j’arrive à reprendre des textes de ma fondatrice ; un petit peu à la fois, goutte à goutte, sans précipitation, je relis quelques fondamentaux. Ils m’apparaissent lumineux et avec une cohérence nouvelle. Je redécouvre ses écrits sur la vie de la prière : y dédier les plus beaux temps de la journée.

Un coin et des temps de prière

Une religieuse, lors d’un échange, me donne un conseil : « Habite ta cellule. » Ces paroles sont un électrochoc. J’ai envie de crier : « Mais je n’en ai pas de cellule ! » Pas un lieu ou une pierre pour poser ma tête. Ou du moins, c’est ce que je crois. Car je réalise peu à peu que je ne me le permets pas. Me réserver un espace me demande de dépasser un sens de culpabilité et un flot d’émotions paralysant. Oserais-je fermer ma porte ? Prendre le temps de prier ? M’extraire des choses à faire ? Oui, il le faut, même si cela me semble un luxe immérité.

À mon retour, cette phrase continue à résonner en moi. « Habite ta cellule. » Cela veut dire aménager un coin prière, mais aussi habiter de tout mon être le lieu que j’habite ; y laisser mon empreinte, mes envies, mes besoins d’ordre, de désordre, de beau…
Habiter ma cellule est une invitation à me réconcilier avec moi-même, avec mon histoire, mes épreuves, mes joies, mes doutes… Ainsi, ce que j’ai pu considérer hâtivement comme un privilège exclusif des religieux m’apparaît aujourd’hui comme une voie tellement sage et humaine, porteuse d’une belle humanisation.

Anne-Claire MOTTE

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