Sauvegarder et valoriser le patrimoine chrétien et yézidi en Irak

Sauvegarder le patrimoine chrétien et yézidi en Irak

Sauvegarder et valoriser le patrimoine chrétien et yézidi en Irak

Née à Lyon en 2017, l’association Mesopotamia a mené quinze missions sur plus de deux ans pour répertorier, photographier, documenter et présenter le patrimoine des communautés chrétiennes (assyrienne, chaldéenne, syriaque orthodoxe et catholique, arménienne, grecque), yézidies et juives, historiquement implantées au nord de l’Irak.

Des communautés en péril, fragilisées par les groupes criminels islamistes. Au nombre de 1,5 million avant la première guerre du Golfe, les chrétiens sont aujourd’hui 400 000, tout au plus. En 2014, Daesh les chasse et détruit de nombreux sites archéologiques, monastères, églises, mausolées, tombes, bibliothèques, oliveraie sacrée, en particulier dans la ville de Mossoul, à Qaraqosh et dans toute la plaine de Ninive. Le sort réservé aux yézidis est pire : ils sont systématiquement réduits en esclavage ou massacrés. « La stratégie de Daesh visait à détruire leur civilisation », explique Pascal Maguesyan, chargé de mission de l’association, photographe et écrivain. En réaction, l’association, en lien étroit avec des Irakiens, se jette à corps perdu dans la sauvegarde et la valorisation des édifices « pour pérenniser l’histoire et montrer le rayonnement de ces civilisations » peu connues par ailleurs.

« Les premières traces de l’Église syriaque remontent à 38 à Antioche, alors métropole de la chrétienté en Orient où le nom de “chrétiens” fut utilisé par la première fois. L’Église de l’Orient fait remonter son origine à l’apôtre Thomas qui a évangélisé la Syrie, la Mésopotamie, la Perse, et même l’Inde où il serait mort en martyr. Jusqu’au XIIe siècle, ce fut la plus grande Église chrétienne du monde de par son étendue géographique qui allait jusqu’en Chine », explique le journaliste spécialiste des chrétiens et des dynamiques civiques au Moyen-Orient. « Cette région est loin d’être un ensemble monolithique. Elle est arabo-musulmane depuis le VIIe siècle, et tout autant chrétienne-syriaque depuis deux mille ans », précise le professeur Joseph Yacoub dans le livre Mesopotamia. Une aventure patrimoniale en Irak, d’où sont tirées les photos présentées dans ces pages.

Se mobiliser autour du patrimoine, considéré comme un bien commun, soulève des enjeux politiques et sociétaux. « [Le patrimoine] n’appartient pas seulement à la confession qui en a la tutelle mais à tous les Irakiens. Il est ce lien possible entre les différentes composantes de la société », défend Pascal. Sa vision est partagée par les autorités politiques et religieuses du pays. En particulier par le patriarche de Babylone des Chaldéens, Louis Raphaël Ier Sako, inlassable promoteur du dialogue, de la justice et de la citoyenneté. Il encourage tout ce qui favorise les rencontres entre les Irakiens, insistant sur ce qui les unit, au niveau culturel justement. Les chrétiens ne doivent pas s’isoler, pense-t-il. « Le patrimoine représente à la fois l’histoire d’une nation et le bien d’une communauté. Il est un pont entre tous sur un territoire donné. Le maintenir vivant, c’est inciter les communautés à rester dans leur lieu de vie », affirme Pascal Maguesyan.

Émilie TEVANE

VISITE HISTORIQUE DU PAPE EN IRAK
Du 5 au 8 mars, le pape François se rendra à Bagdad, dans la plaine de l’Ur, à Erbil, Mossoul et Qaraqoch. Ce sera la première fois qu’un Pape foulera la terre d’Irak, celle d’Abraham, avec un message sur la fraternité humaine, quelques semaines avant des élections législatives décisives.

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