Renaissance collective

Renaissance collective

Renaissance collective. Sonnés par le rapport de la Ciase, les catholiques de France vivent un automne sombre. Se pose maintenant la question de comment transformer cette colère, cette honte, cette immense tristesse en moteur d’actions significatives. Où trouver des raisons d’espérer et les traduire concrètement dans nos vies, nos communautés, notre Église ? Avant même que les évêques se lancent dans les évolutions attendues, c’est de Rome que vient le premier rayon de lumière. Le lancement du processus synodal dans tous les diocèses (voir p. 10) apparaît comme ce qui pouvait arriver de meilleur chez nous. Jetons-nous sur l’opportunité novatrice de ces tables ouvertes à la parole des fidèles laïcs, de tous les baptisés qui ont tant à dire et à proposer. Un beau cadeau pour commencer à reconstruire une maison ébranlée.

Un point frappant du travail remarquable de la Ciase concerne la place accordée aux victimes, à leur considération, leur parole, leur collaboration. Au-delà des murs qui souvent empêchent les victimes de parler, s’ajoute la violence des attitudes de mise en doute, d’indifférence, d’incompétence, voire de mépris ou de rejet, même infimes, inconscients. Car il en faut du courage pour oser parler de « ça ». Et la violence institutionnelle de non-prise en considération des personnes abîmées vient enfoncer le couteau dans la plaie. Comment a-t-on pu être à ce point aveugles et sourds ? se demande-t-on aujourd’hui. Pour recouvrer la vue, ne faudrait-il pas écouter les victimes qui ont témoigné ? Pas pour la forme mais avec le cœur. Pas seuls mais ensemble, dans nos communautés chrétiennes.

Nous pensons à la démarche du comédien Laurent Martinez qui a créé la pièce de théâtre Pardon ?, inspirée de sa propre expérience d’enfant agressé par un prêtre et de ses répercussions dans sa vie d’adulte. Beaucoup de spectateurs se disent bouleversés par ce drame mis en scène « pour aider d’autres à parler », dit-il. Après chaque représentation, un débat s’ouvre pour permettre une meilleure prévention. Il y a aussi le récit autobiographique du jésuite Patrick C. Goujon, Prière de ne pas abuser, dont les mots affûtés et apaisés ouvrent sur une plus grande connaissance des conséquences du traumatisme à long terme. « J’ai parlé quand je n’ai plus eu mal. J’avais à porter – j’avais apporté – un lourd secret, emmuré dans mes vertèbres, un cri étouffé avant même d’avoir pu être expulsé. En allégeant mes douleurs, d’autres ont permis que ma parole se forme. […] Ce qui souffrait dans mon dos est monté jusqu’à mes lèvres. Ma parole s’est extirpée de mes muscles endoloris. Elle m’a fait prendre corps et choisir la liberté. »

Que ce temps béni de Noël, dans le silence de cette nuit mystérieuse où Dieu s’est fait homme, creuse en nous le désir d’être meilleurs, plus proches de l’humanité souffrante, les gardiens du temple de l’Esprit. Merci à toutes ces victimes qui ont fait de leur drame une épiphanie pour nous aider à grandir.
Émilie TEVANE et Philippe CLANCHÉ

redaction@nouvellecite.fr

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