Naissance des volontaires de Dieu

Naissance des volontaires de Dieu

DANS L’HISTOIRE DU MOUVEMENT DES FOCOLARI, la tragédie hongroise de l’automne 1956 coïncide avec la  naissance des « volontaires de Dieu », des personnes qui sont prêtes à tout, surtout à aimer concrètement les frères et passionnément Dieu.

Durant toute la période d’observation de l’Église, Chiara le montrait peu mais elle en souffrait beaucoup, surtout à cause de la durée très longue de la suspension qui  durera, au total, plus de dix ans. Chiara écrivit un texte assez connu commençant par ces mots : « Nous sommes fatigués, Seigneur, nous sommes fatigués, écrasés  sous le poids de la croix » (Le Cri, p. 90).
« Nous sommes fatigués, Seigneur, écrasés sous le poids de la croix !
À chaque nouvelle petite croix, il semble impossible de porter les plus grandes.
Nous sommes fatigués, Seigneur, écrasés sous le poids de la croix !
Les sanglots nous prennent, larmes amères.
Nous sommes fatigués, Seigneur, écrasés sous le poids de la croix !

Hâte l’heure de l’arrivée car, ici, il n’y a plus ni repos ni joie.
Il n’y a que désolation.
Car le bien que nous aimons est là-haut, alors qu’ici nous sommes écrasés, trop fatigués, sous le poids de la croix.
La Vierge se tient à nos côtés, belle, mais si triste.
Puisse-t-elle, dans sa solitude, soulager la nôtre aujourd’hui. »

Le 12 septembre 1956, Mgr Carlo De Ferrari, l’évêque de Trente, écrivit une défense élogieuse du Mouvement, destinée en particulier à ses confrères évêques et aux  dirigeants de l’Action catholique. Eli Folonari précisait que Chiara voyait cette période d’étude comme une épreuve à dépasser mais qu’elle n’avait jamais douté et  encourageait surtout à vivre mieux afin de donner le meilleur témoignage possible.

Chiara devait se rendre souvent au Saint-Office le plus discrètement possible. Elle prenait le tram n° 5, répondait aux interrogatoires et ressortait souvent les yeux  pleins de larmes, comme le raconte Ada Schweitzer, une des premières compagnes de Chiara. Chiara ne portait jamais aucun jugement sur les personnes qui  l’interrogeaient. Les conclusions sur l’observation du Mouvement ne seront rendues qu’en 1957 malgré le fait que Pie XII les avait souhaitées pour 1954.

En 1956, Chiara se rendit aussi pour la première fois en Terre sainte à l’invitation de Padre Novo qui avait été transféré à Jérusalem. Elle y laissera d’ailleurs Eli  quelque temps avec le focolarino Cengia qui venait d’être ordonné clandestinement.

Le 23 octobre 1956, à Budapest, les étudiants commencèrent à protester pacifiquement pour la liberté. Dans les premiers jours de novembre, les troupes soviétiques  entrèrent dans la ville et ce coup de force se termina dans un bain de sang. La résistance se poursuivit jusqu’au 10 novembre. Plus de 2 500 Hongrois et 700  Soviétiques furent tués lors du conflit et plus de 200 000 Hongrois fuiront vers l’Occident.

Dans ce terrible climat, Pie XII lança un appel angoissé : « Dieu ! Dieu ! Dieu ! Que résonne cet ineffable nom, source de tout droit, justice et liberté dans les Parlements  et sur les places, dans les maisons et dans les bureaux, sur les lèvres des intellectuels et des travailleurs, dans la presse et à la radio. Que le nom de Dieu,  synonyme de paix et de liberté, soit l’étendard des hommes de bonne volonté. »

Chiara lui fit immédiatement écho et adressa ce message à travers un article paru dans le Città Nuova de janvier 1957 : « Il s’est créé une société capable d’enlever le  nom de Dieu, la réalité de Dieu, la providence de Dieu et l’amour de Dieu du coeur des hommes. Il doit maintenant y avoir une société capable de Lui redonner sa  place. Il faut d’authentiques disciples de Jésus dans le monde et pas seulement dans les couvents : une armée de volontaires parce que l’amour est libre. »

Ainsi naquirent les volontaires de Dieu. La réponse fut immédiate : employés, médecins, infirmiers, ouvriers, politiciens, enseignants, entrepreneurs, etc. voulaient être  ces volontaires de Dieu. Un appel typiquement laïc parce qu’ils ressentaient « la vocation particulière à imprégner les réalités humaines de l’esprit de Dieu ». Une telle  vie va fasciner de nombreuses personnes qui vont ensuite s’engager sur ce chemin de sainteté, au fur et à mesure que le Mouvement se diffuse sur les cinq continents.

Duccia Calderari, que nous avons déjà évoquée, est l’une de ces figures emblématiques de la vocation des volontaires. Naturellement, elle venait déjà en aide aux  malades et aux résistants antifascistes et désirait suivre Chiara. Elle concrétisa sa vocation en vivant pour l’amour concret pour le frère, la construction d’une société  nouvelle sur le terrain et répondant ainsi à l’idée de Chiara que le chrétien ne peut être qu’une personne engagée dans la société dans laquelle il vit, quelqu’un dont le  modèle de vie sociale est celui des premiers chrétiens.

Gino, le frère de Chiara, rendra sa carte de communiste à la suite de ces événements de Hongrie et démissionnera de son journal.

Le jour de la Sainte-Lucie, le 13 décembre 1956, Chiara écrivit aux Françaises :
« Vos lettres m’ont apporté beaucoup de joie qui a jailli de la journée de rencontre à Grenoble. Aletta, le Père Novo et les autres sont revenus pleins de

Il faut d’authentiques disciples de Jésus dans le monde.

cette joie après ce temps passé avec vous. Ils m’ont raconté qu’il leur semblait revivre les premiers temps de l’Idéal il y a dix ou treize ans, à l’époque où les premières  focolarines habitaient place des Capucins à Trente. Ce fait m’a énormément plu et j’ai pensé : s’il y a dix ans, il n’y avait rien en Italie sinon un immense brasier à Trente  et que maintenant toute l’Italie est embrasée par l’Idéal grâce à tous nos amis qui vivent dans toutes les villes italiennes, dans quelques années, dans toutes les villes  de France, l’Idéal sera une réalité. […] La France doit être prise dans le filet […] de l’amour de Jésus. […] Vous êtes jeunes, pauvres, avec beaucoup de difficultés.  C’est justement pour cela que Dieu agit. Il a fait ainsi avec nous, il fera de même avec vous. Ayez une foi totale et gardez le regard fixé sur notre unique secret, notre  certitude de réussite : Jésus abandonné. Soyez ses messagers et la France s’enflammera […]. » Chiara.

Dominique FILY

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