Des modèles pour les hommes dans la Bible

Auteur chrétien de renommée internationale, Anselm Grün, moine bénédictin allemand, propose dans son livre L’identité masculine en question (Médiaspaul, 2005) 18 figures de la Bible comme autant d’idéaux de masculinité et de pleine humanité.

Beaucoup de psychologues déplorent aujourd’hui le manque de référents masculins. Les hommes politiques ne le sont pas, pas plus que les acteurs de cinéma ou les sportifs. J’espère toutefois que ces dix-huit hommes pourront constituer des modèles pour mes lecteurs, même si, bien sûr, ils ne se retrouveront pas dans chacun d’entre eux. […] L’un a peut-être besoin de Jean-Baptiste, « l’homme sauvage », ou de Samson, « le guerrier » ; un autre préférera commencer par Salomon, « l’amant » : au lecteur de voir quel est le personnage dont l’archétype l’inspire le plus. Car selon Jung, les images archétypiques ont la faculté de nous connecter avec notre propre énergie intérieure. Elles nous mettent en mouvement, pour nous aider à nous concentrer, en vue de trouver notre propre centre. Toute image archétypique comporte un potentiel en évolution. Chacun de ces dix-huit archétypes est également valable pour les femmes. En effet, la femme est aussi une meneuse ; elle a aussi besoin d’avoir en elle l’image d’une guerrière. Si dans le livre, je me limite à écrire sur les hommes, cela n’implique pas que je dénie aux femmes ce que je dis des hommes. Mais les femmes réalisent à leur manière ces images archétypiques. Les mêmes valent d’ailleurs en partie pour les hommes et pour les femmes, mais ces dernières ont leurs propres images archétypiques.

Marc dépeint Jésus comme un guérisseur de sexe masculin, qui par sa force virile lutte contre les puissances démoniaques et en triomphe. Dans son combat contre les démons, il suscite la résistance des puissants de ce monde. Ils s’en saisissent et le tuent. Ainsi dans son combat en faveur de la vie Jésus engage-t-il sa propre existence. Ce sera le prix de sa victoire sur les démons. Mais c’est précisément dans l’impuissance de la mort qu’il remporte sur eux la victoire. Le grand cri de Jésus sur la croix est un cri de victoire. En mourant, Jésus crie la victoire qu’il remporte sur la puissance des ténèbres qui règne sur le monde. Dans l’évangile de Marc, Jésus ne guérit pas par amitié et de façon lénifiante, mais « par une énergie virile, vigoureuse, assurée et déterminée 1 ».[…].

Jésus est à même d’aider les hommes, parce qu’il est pleinement lui-même, pleinement authentique et qu’il demeure en notre sanctuaire intérieur, en notre autos. Il invite les hommes et les femmes à accéder à leur véritable Soi. Alors émanera d’eux une source d’entraide et de plénitude. En effet, celui qui est divisé en lui, propage la division autour de lui ; celui qui est contristé par des démons, répand autour de lui brouillard et confusion, et projette sur les autres l’obscurité et la morbidité qui l’habitent. Mais Jésus est affranchi de tout mécanisme de projection : il se voit tel qu’il est, aussi peut-il voir les hommes tels qu’ils sont. Se possédant lui-même, il découvre dans les autres leur véritable cœur. La guérison consiste à restaurer en nous la relation avec ce cœur divin. Le chemin qui conduit à ce sanctuaire passe par notre corps et notre chair : seul l’homme qui assume son corps et se réconcilie avec lui, atteint son véritable Soi, cet espace intérieur où demeure, inaltérée et immaculée, l’image de Dieu.

La spiritualité virile, telle qu’elle se dégage de ces dix-huit personnages bibliques, dénonce tout système figé et toute idéologie, les hommes restent sceptiques devant des idéaux trop élevés et des discours trop pompeux. Au contact de ces hommes de la Bible, nous découvrons les voies masculines qui permettent de rejoindre Dieu et de s’engager en faveur des hommes. Nous rencontrons parmi eux des hommes énergiques qui sont passés par des hauts et des bas, qui ont affronté leur vérité, qui ont intégré leur sexualité, mais qui ont bien souvent été tiraillés par la perversité de leurs tensions intérieures. Une spiritualité masculine s’oppose à toute systématisation et à toute idéologie. Elle est concrète, orientée vers l’action et l’engagement, pleine d’énergie et de passion.

J’ai classé ces hommes de la Bible en fonction de dix-huit archétypes différents. Mais ce sont toujours des hommes avec leur histoire particulière. Les hommes de la Bible ne sont pas des êtres surhumains. Ce sont des hommes de chair et de sang, des hommes dont l’histoire est jalonnée de succès et d’échecs. Ils ont connu des défaillances sur la route de leur évolution. Ce sont aussi des hommes qui savent résister, mais qui ont aussi leurs faiblesses. Ils tombent, accusent des défaites dans leur combat, mais après toute défaillance, se relèvent. Ce sont aussi des hommes capables d’amour. Sur le chemin de l’amour, ils ont connu des vicissitudes, des réussites et des échecs. Je veux l’espérer : ces dix-huit personnages aideront les lecteurs à déployer leur propre virilité et à s’accepter en tant qu’hommes avec toutes leurs forces et leurs faiblesses.

Retrouvez d’autres articles en feuilletant le dernier numéro de la revue Nouvelle Cité de mai-juin : Vivre au masculin


  1. Arnold, p. 249.

 

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