La métamorphose d’un quartier + Bonus vidéo

Dans la région du nordeste, une île incarne à la fois l’essor de ce géant sud-américain qu’est devenu le Brésil ainsi que la capacité humaine à changer son destin.

  Après les dernières Journées mondiales de la jeunesse, le Brésil est à nouveau à l’honneur avec le coup d’envoi de la Coupe du monde de football. Comment ne pas être subjugué par l’immensité de ce pays aux dimensions d’un continent, par son peuple joyeux, issu de multiples cultures, la variété de ses régions et de ses climats, ses énormes potentialités ? Avec ses 200 millions d’habitants, le pays vit depuis qu’il s’est dégagé de la dictature militaire (il y a moins de 30 ans) de rapides transformations. Les contrastes sociaux s’estompent un peu, même s’il reste beaucoup à faire.

« l’Île de l’enfer » n’est plus

Dans le Nordeste brésilien, l’île Santa Terezinha est un exemple flagrant de cette mutation qui s’opère depuis quelques décennies. Quelqu’un qui reviendrait dans ce quartier de Recife cinquante ans après, n’aurait aucune chance de le reconnaître. En effet, ce lieu que l’on appelait autrefois « l’île de l’Enfer », n’est plus. Les mocambos, envahis en permanence par des eaux malodorantes, ont laissé la place à des maisonnettes en dur, modestes mais saines. Johnson, membre du mouvement des Focolari, nous fait découvrir ce quartier où il a grandi.

4. Une rue île Santa Terezinha Caris Mendes-CSC

« Dans mon enfance il n’y avait ni eau ni électricité. Posséder une maison était un rêve. Je croyais que nous étions une communauté oubliée de Dieu et des hommes : c’était vraiment l’enfer ! » L’arrivée d’un jésuite, le père Bernardo, marque le début d’un changement. Malheureusement, il est appelé ailleurs deux ans plus tard : « Les gens disent qu’il a passé toute une nuit à prier Marie, explique Johnson, pour qu’elle envoie quelqu’un qui continue le travail entrepris. » Prière exaucée, semble-t-il. À la fin des années 60, en effet, des membres des Focolari commencent à venir dans le quartier. « Au début, ils ont visité les familles, poursuit Johnson, ils aidaient dans les tâches ménagères, sans dire grand-chose. Ils ont introduit peu à peu la Parole de l’Évangile, en partageant ce qu’elle leur faisait vivre et ils ont ainsi commencé à former une communauté. » En parallèle, ils aident les habitants du quartier à s’organiser et à faire valoir leurs droits.

La force du dialogue

L’Association des habitants de l’île voit le jour en 1980. Avec la démocratisation du pays, de nouvelles formes de participation rendent possibles les discussions avec la commune pour décider de l’usage des finances publiques. Les résultats ne se font pas attendre : électrification du secteur, revêtement de nombreuses rues. L’école et le centre de soins, créés grâce à la collaboration d’enseignants, de médecins et infirmiers des Focolari, sont pris en charge par la commune. Johnson affirme non sans fierté : « Nous avons tout obtenu grâce à la force du dialogue, la force de notre communauté, sans nous vendre à aucun parti. » Lorsqu’un ami lui lance un jour : « Tu devrais partir, ce n’est pas un lieu pour élever tes enfants », c’est l’électrochoc, « la plus grave offense jamais reçue ». Pas question pour lui de quitter ce quartier et ses habitants auxquels il est attaché. C’est ici que Johnson a connu sa femme, Rica. Vingt-sept ans après leur mariage, ils y sont toujours. C’est là qu’ils ont élevé leurs quatre enfants, là qu’ils vivent heureux. Certes, beaucoup de défis restent encore à relever, liés à la violence et à la drogue. « Mais ce n’est pas seulement un problème de l’île, s’insurge Johnson, c’est celui de l’État de Pernambouc et d’autres États du Brésil. » La responsabilité revient, selon lui, « au gouvernement qui ne prend pas le problème à bras-le-corps et à la police, parfois corrompue et impliquée dans le trafic de drogue ». Pour éviter que les jeunes soient absorbés par la rue, un centre pour enfants et adolescents a été créé. Des activités musicales et sportives leur sont proposées en dehors des heures de classe. Le centre est géré par une association soutenue par la solidarité de nombreuses personnes, dont des familles du mouvement des Focolari, du Brésil et d’autres pays. Grâce aux efforts mis en œuvre et à la détermination des habitants, des jeunes du quartier réussissent et s’investissent à leur tour pour faire avancer les choses.

1. Johnson et sa femme2. Johnson en famille

Témoins en action

Everton Navy, ancien élève de l’école de l’Île est devenu professeur de musique au conservatoire d’État de Pernambouc. Il fait un travail de prévention auprès des enfants et des adolescents à travers un petit orchestre symphonique qu’il a créé, en essayant d’y inclure aussi les parents. Alors qu’il se trouvait à Vicence, en Italie du Nord, pour une spécialisation de trois mois, ses étudiants du conservatoire ont pris le relais de ses activités jusqu’à son retour.

5. Jeunes qui jouent instrument musique

Walter, un autre ancien élève, est aujourd’hui professeur de capoeira à l’Association pour le soutien des enfants et adolescents. Cette discipline enseigne une façon de se défendre et d’attaquer. Après avoir connu « l’art d’aimer » durant son enfance, Walter a compris que la capoeira pouvait être pratiquée comme un art, une danse, plutôt que comme un combat. C’est ce qu’il essaye de transmettre aux jeunes, même s’il n’est pas compris par d’autres enseignants de cette discipline. De nombreux adultes prennent part à l’animation du quartier et à l’amélioration des conditions de vie. Maria da Conceição, par exemple, fait tout un travail auprès des personnes âgées. Elle organise des activités ludiques afin de les stimuler et de leur redonner la joie de vivre. Elle coordonne également un groupe d’hommes qui travaille sur les questions liées à leur santé, et elle leur enseigne à cette occasion – témoignage à l’appui – la valeur du partage.

Le rêve de Johnson

On se doute que ce travail de fond a nécessité et nécessite encore de gros efforts de la part des habitants de l’île. Johnson raconte, par exemple, que lorsqu’ils ont voulu construire le dispensaire, lui et d’autres du quartier ont fait du porte-à-porte, et sont allés aux carrefours des rues, pour demander de l’aide. L’histoire de l’île est liée, selon lui, à la phrase de l’Évangile : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. » « Ce dispensaire, explicite-t-il, a été l’une des conquêtes de la communauté, fruit de la providence de Dieu. » « Quand j’ai connu le mouvement des Focolari, poursuit-il, j’ai compris quelque chose de très important : je peux aider celui qui frappe à ma porte et demande de l’eau, du pain… C’est sûr, je peux le faire. Cependant, je peux aider sur une plus vaste échelle : je peux aider tous ceux qui ont besoin d’eau en faisant arriver l’eau dans toutes les maisons, en construisant un canal qui n’existait pas auparavant. À la place d’un morceau de pain, je peux lutter pour que les personnes aient un emploi, etc. » On ne peut en douter, Johnson est un homme heureux. Lorsqu’il s’exprime, un large sourire illumine son visage. Joie de vivre qu’il communique avec chaleur à tous ceux qu’il croise sur son chemin. Son rêve ? « Que l’expérience de l’île puisse inspirer d’autres communautés à faire la même chose » et surtout « à croire qu’avec la force de Dieu, nous sommes capables de nous en sortir ! » Il y a quelques années, un mur a été construit le long des maisonnettes pour que la pauvreté du quartier ne heurte pas le regard des clients de l’imposant centre commercial construit de l’autre côté de la rue. En découvrant l’étonnante expérience de l’île Santa Terezinha, on peut se demander de quel côté du mur se trouvent réellement la richesse ou la pauvreté. 

 

Anne BAZALGETTE  

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