Méditation

Où le soleil ne se couchera plus

Chaque jour passe, le soir tombe si vite. Accepte, Seigneur, l’offrande de ma vie, de chaque instant qui me reste à vivre avant que ne vienne l’heure. Sans raison particulière un sentiment d’insatisfaction m’attriste parfois. Peut-être devrais-je être toute arrachée par toi, jusqu’à la dernière racine qui me retient à je ne sais quoi encore et qui n’est pas complètement perdue en toi. Ce voyage de la vie, ce repos illusoire que l’instant fait miroiter et auquel on tend inconsciemment, mais qui ennuie dès qu’on l’obtient, c’est peut-être cela la vie. Toi aussi, jusqu’à trente ans, tout en accomplissant à la perfection les tâches quotidiennes, tu regardais plus loin, tu pensais à la mission qui t’attendait. Et quand tu sortis, ce fut pour une course folle de trois brèves années. Tu les as passées sur les chemins à rassembler des disciples, secourir des malades, semer la parole et attirer des foules : mouvement vertigineux de la sagesse qui ; grandissant en âge, construisait, à un rythme de plus en plus rapide, le royaume de Dieu. Et tu es parvenu au gibet sans presque t’en apercevoir. Tu as franchi le seuil en quelques heures, rendant à Dieu, pour nous, tout ton être. Peut-être cette incapacité à saisir le temps qui s’enfuit, la tombée de ce crépuscule hâtif, est-elle une goutte de ta vie en nous sur cette terre. Merci, Jésus, pour la vie ; prépare-nous à mourir et à nous fixer avec toi où le soleil ne se couchera plus.

 

Chiara LUBICH

Extrait de Vivre l’instant présent, Éds. Nouvelle Cité, 2002

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