Lutte contre la pauvreté, des éclaircies dans la grisaille

Lutte contre la pauvreté, des éclaircies dans la grisaille

LA PANDÉMIE A FRAGILISÉ DE NOMBREUSES PERSONNES CONNAISSANT DÉJÀ LA PRÉCARITÉ, et a touché de plein fouet le monde étudiant. Mais face à cette crise inédite, les donateurs comme les militants bénévoles ont répondu présent, et fait preuve d’une inventivité permanente. Lutte contre la pauvreté, des éclaircies dans la grisaille.

Il suffit de faire un tour dans la rue, d’échanger avec un commerçant ou d’allumer un écran de télévision pour le savoir : la crise sanitaire est aussi, et pour longtemps, une crise économique et sociale. Le tourisme, la restauration, la culture ou l’événementiel sont à l’arrêt depuis quasiment douze mois (avec un léger répit l’été dernier). Des petits boulots qui permettaient aux foyers modestes et aux jeunes de boucler leur budget ont disparu. Les associations d’aide ont vite vu les effets des confinements et des couvre-feux. La Covid n’a pas tant créé de nouvelles pauvretés
qu’aggravé les conditions de vie de certains. « Une partie de la population que l’on qualifiait de précaire a basculé dans la pauvreté, résume Marie-Françoise Thull, présidente de la fédération de la Moselle du Secours populaire. » « La crise a surtout touché ceux qui vivaient dans une certaine insécurité financière : autoentrepreneurs, personnes cumulant quelques heures de travail de-ci de-là avec plusieurs employeurs », confirme un responsable du Secours catholique. Toutes les ONG alertent toutefois sur l’apparition d’une nouvelle catégorie de nécessiteux : les étudiants. « On ne les voyait jamais avant. Ils avaient des ressources, entre l’argent des familles et les petits boulots », témoigne Mme Thull. Les restaurants universitaires, et leurs bons repas pas cher, sont longtemps restés fermés. On comprend mieux la détresse psychologique d’une génération qui va entrer sur le marché de l’emploi quand les perspectives d’embauche sont gelées.

De nombreux responsables politiques ou associatifs réclament l’accès au RSA (revenu de solidarité active) pour les moins de 25 ans. ne proposition rejetée pour l’heure par le gouvernement. Avec une hausse de 8,5 % entre octobre 2019 et octobre 2020, le nombre de bénéficiaires du RSA a dépassé les 2 millions. « Sur les 100 milliards d’euros du plan de relance du gouvernement, seuls 800 millions sont consacrés au plus démunis, soit 0,8 % », déplore Axelle Brodiez-Dolino, chercheuse au CNRS.

Cette période inédite a vu jaillir des idées neuves.

Durant cette année hors norme, les associations humanitaires ont dû repenser leurs actions. Le Secours catholique a stoppé la quasi-totalité des activités « en présentiel » durant le premier confinement du printemps 2020. 20 % des bénévoles n’ont toujours pas repris leur activité. Autre conséquence funeste, l’impossibilité d’organiser des braderies ou vestiaires a limité les dons en nature et les rentrées d’argent nécessaires. On a vu, pour la première fois, les Compagnons d’Emmaüs appeler à l’aide, privés de l’activité qui les fait vivre. Cessons de noircir le tableau, car des signes d’espoir sont également apparus. Sous la pression de divers acteurs humanitaires, l’Union européenne a renoncé à son funeste projet de réduire drastiquement le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). Celui-ci représente un tiers de l’aide alimentaire délivrée en France.

La solidarité financière de la population envers les plus fragiles a progressé en 2020. « La crise de la Covid a provoqué un élan de générosité sans précédent depuis les grandes catastrophes comme Haïti et le tsunami », observent les responsables du Secours catholique. La mobilisation sur le terrain, malgré les contraintes, n’a pas faibli. Ainsi, Michel Lanternier, président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, a observé « une bonne dynamique chez les jeunes bénévoles. Ils ont été nombreux en chômage partiel ou en cessation d’activité professionnelle à rejoindre notre association ». « On a rajeuni nos troupes, se réjouit Marie-Françoise Thull. Les jeunes savent qu’ils peuvent agir, ils ne sont pas égoïstes. »

Cette période inédite a vu jaillir des idées neuves. À la Société de Saint-Vincent-de-Paul, l’opération « Quarantaide » invitait chacun à déposer « une bouteille d’eau et un sandwich auprès des personnes de la rue pour qu’elles puissent continuer à se nourrir décemment tout en respectant les règles de distanciation », raconte le président. Quarantaide est devenu le journal en ligne de la solidarité recueillant témoignages, conseils et astuces des bénévoles. À Bordeaux, des familles ont préparé des plats chauds distribués dans la rue, avec l’aide des scouts. « Avec le confinement, raconte une mère de famille de scouts, on a apprécié de se retrouver dans le cocon familial. Et nous avons pensé à ceux qui n’avaient pas ce cocon. » Les plus jeunes ont dessiné sur les couvercles des barquettes en alu. Au Secours populaire, l’inventivité s’est déployée vers les étudiants en détresse. « Des solidaribus sont allés dans les campus pour porter de l’aide et pour écouter les jeunes », raconte Marie-Françoise Thull. À Metz, le Secours populaire a acheté des ordinateurs écrivant en braille pour un groupe d’étudiants malvoyants, privés de leur matériel bloqué dans les bibliothèques universitaires. « Certains étudiants aidés durant l’année sont devenus bénévoles avec nous, et ont participé à notre cagnotte pour les cadeaux de Noël. » Enfin, certains acteurs humanitaires ont proposé un dispositif économique pour les familles en difficulté pour se nourrir, en l’absence de cantines scolaires et de distributions. Le Secours catholique a ainsi donné à des foyers précaires des chèques-services de 10 euros. Grâce à un partenariat avec Emmaüs Connect, l’ONG a pu fournir du matériel informatique à des enfants afin qu’ils puissent poursuivre leur scolarité à distance.

À chaque nouveau problème, les acteurs de la solidarité savent faire face et inventer de nouveaux moyens pour subvenir aux besoins des plus démunis et garder le lien.

Philippe CLANCHÉ

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