Les désaccords éducatifs : on en parle ?

Les désaccords éducatifs

ILS PEUVENT ÊTRE LÉGERS OU PROFONDS, espacés ou fréquents, sur tous les sujets, à tous les âges des enfants. La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils seront  toujours là. La bonne, que l’on peut apprendre à les gérer sans trop y laisser de plumes, surtout celles du couple. Les désaccords éducatifs : on en parle ?

« Il/Elle est trop autoritaire », « Il/elle leur laisse tout passer sans rien dire », voilà ce que l’on peut entendre dans les cabinets de psychologue de la part de parents qui  viennent consulter pour trouver des solutions d’apaisement. « Les désaccords liés à l’éducation des enfants peuvent virer à la dispute et devenir un point d’ancrage sur  lequel chacun construit tous ses reproches », écrit Sandrine Donzel, coach en parentalité et communication. Les sujets d’achoppement sont nombreux : sommeil,  alimentation, écrans, sorties, etc. « Les désaccords ont toujours existé et existeront toujours du fait des différences entre les conjoints, différences trouvant leurs  racines dans les familles d’origine des conjoints et les valeurs qu’elles ont transmises », note Georges Lecoq qui a travaillé trente-huit ans en Belgique dans un centre  psycho-médicosocial auprès d’enfants, d’adolescents, de familles. « Avant, on se taisait. Le papa décidait et la maman consolait par-derrière, rappelle-t-il. Nous héritons  d’un long passé où l’autorité était détenue par le père, souligne Sophie Benkemoun, médecin et fondatrice de l’Atelier des parents. La famille a évolué. Des  lois ont changé. L’autorité revient aujourd’hui aux deux parents. »

Georges Lecoq aime s’appuyer sur le concept des deux types de famille extrêmes. « Il y a ces familles rigides avec de nombreuses règles, une information qui circule  peu. Il y a peu de crises, de changements, d’imprévus. Cette rigidité peu être très rassurante, mais il ne s’y passe pas grand chose : le système est figé. À l’opposé, dans les familles chaotiques, il y a peu de règles, ça change en permanence, l’information circule sans arrêt mais l’on n’intègre jamais les conclusions nées des crises.  Lorsque l’un des conjoints vient d’une famille chaotique et l’autre d’une famille rigide, ils héritent d’un modèle relationnel divergeant : la dynamique est plus intéressante  même s’il est plus difficile de se confronter à ce qui ne nous ressemble pas, précise Georges L. La tension palpable entre les parents est à l’image de la corde d’un  instrument de musique : si on la tend trop, le son est trop aigu, la corde peut se rompre ; si on ne la tend pas assez, le son est trop grave, voire inaudible. Lorsque la  famille résonne, chacun de ses membres peut entendre un son harmonieux, et surtout unique. »

La qualité de l’accord a un énorme impact sur le sentiment de sécurité du jeune.

Alors comment accorder ses violons ? La question se pose en effet lorsqu’il faut prendre des décisions. Pour Georges L., la clé se trouve dans le dialogue : « Il faut se  questionner l’un l’autre à la recherche d’une solution dans laquelle chacun pourra se retrouver. Aller jusqu’à cet amour qui fait le premier pas, perd son idée pour  essayer de comprendre celle du conjoint. »

Sophie B. apporte une idée originale : faire son « conseil d’administration personnel ». « Chacun peut se poser la question  au moment de prendre une décision : “Qui est là autour de la table ? Ma mère, une copine, des livres, mon travail qui m’occupe trop… ? Est-ce que je suis bien présent  à la place du président ?” Quand nous faisons faire cet exercice aux parents lors des ateliers, parfois certains réalisent qu’ils sont tout simplement absents ! » L’étape  suivante consiste à mettre en commun  le fruit de sa réflexion au sein du couple. Pour Sandrine Donzel, il se pourrait qu’une partie (importante) des désaccords soit le résultat des tentatives entreprises par  les personnes pour faire changer l’autre. Chacun est intimement persuadé d’avoir de bonnes raisons d’agir comme il le fait et personne n’aime avoir tort ou perdre la  face. Par conséquent, toute tentative de convaincre l’autre de son « erreur » provoquera à coup sûr de la résistance. En cas de désaccord, la coach invite à se poser  une question cruciale : Quand je réagis avec mes enfants, je le fais en pensant avoir trouvé l’attitude adéquate ? Ou  bien j’essaie de prouver à l’autre que je suis un  meilleur parent ?

« L’enfant est encore trop le lieu où l’on continue à régler ses comptes, déplore Georges L. En fonction de la personnalité et de l’âge des enfants, les parents devraient  pouvoir débattre en leur présence, à condition que cela n’aboutisse pas à un échec ou à de la violence, cela démontrerait que leur amour n’est pas menacé par les  disputes. » Parfois, il est nécessaire de prendre du temps, de ne pas donner de réponse immédiate. Surtout avec les adolescents. « Les enfants ont besoin de sentir  un minimum de cohérence dans le couple, une unité dans la distinction et les nuances. La qualité de l’accord a un énorme impact sur le sentiment de sécurité du jeune  », explique le psychologue.

Les parents ne sont pas tout seuls ! Le lieu thérapeutique est un appui. « Si un parent se sent perdant ou n’arrive pas à exprimer ses émotions, il ne faut pas hésiter à  consulter un tiers, préconise Sophie B. Le thérapeute peut aider le couple à énoncer le problème et surtout à remettre en lumière sa compétence pour le résoudre.  Souvent, les parents oublient cette force du couple. 1 + 1 est plus grand que 2 », aime leur rappeler Georges L. Enfin, il existe aussi des groupes pour échanger dans  un climat de confiance comme l’Atelier des parents ou les rencontres Familles Nouvelles  animées par le mouvement des Focolari. Parler avec d’autres de ces tensions  apaise et renforce le sentiment de solidarité.
Émilie TÉVANÉ

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