Léonie Martin : Tout ou rien!

Léonie Martin

Le 17 juin 1941, Léonie Martin, grande sœur de Sainte Thérèse de Lisieux meurt au couvent de la Visitation de Caen. Léonie, enfant terrible de la famille Martin, est un personnage audacieux et décapant mais attachant. Consciente de ses défauts et de ses faiblesses, elle sait, non sans humour, avancer avec un courage et une radicalité à laisser parfois sans voix ! Au « cinquième jour » du livre « Prier 15 jours avec Léonie Martin« , l’expression « TOUT OU RIEN » si chère à Léonie secoue nos habitudes de chrétiens parfois bien tièdes…


Cinquième jour

« TOUT OU RIEN »

« Je veux à tout prix devenir une sainte, suivant mon extrême petitesse et vileté »

Oui, Léonie est candidate à la sainteté ! N’est-ce pas une pure folie venant de l’espiègle qui a épuisé sa famille, l’indisciplinée qui s’est fait exclure du pensionnat, et la velléitaire qui a mis treize ans pour se stabiliser dans un monastère ?
Mais, parce qu’elle mise tout sur Jésus, rien ne la dissuade.

Assoiffée de sainteté

Dès l’âge de quatorze ans, Léonie exprime spontanément le désir de devenir sainte. Désir épuré par les difficultés et fortifié par les années !

Elle se dit prête à se donner tous les moyens pour parvenir à cette louable ambition.

À l’annonce par Léonie de son souhait d’être une vraie religieuse, et même une sainte, Zélie est stupéfaite : « Mais où va-t-elle chercher ces idées-là ? Ce n’est certes pas moi qui les lui mets dans la tête ». Quelques jours plus tard, Zélie ajoute : « Je ne sais pas ce que je dois penser de tout cela, car la pauvre enfant est couverte de défauts comme d’un manteau. On ne sait par où la prendre. Mais le Bon Dieu est si miséricordieux que j’ai toujours espéré et espère encore ». Oui, la miséricorde de Dieu fait des merveilles en ceux qui savent l’accueillir !

En effet, sa mère a tant prié pour que Léonie se convertisse : « S’il ne fallait que le sacrifice de ma vie pour qu’elle devienne une sainte, je le ferais de bon cœur ». La réaction maternelle est symptomatique. Étant donné les pauvretés de Léonie, l’on conclut hâtivement que la sainteté est hors de sa portée. Et pourtant !

Peu avant sa profession religieuse, Léonie manifeste à ses trois sœurs carmélites son ardent désir de plaire au Christ : « Je vous assure que je ne me donnerai pas à Jésus à moitié. Tout ou rien ! J’aimerais mieux ne pas faire profession s’il en était autrement. » Le caractère entier de Léonie transparaît dans cette  résolution jusqu’au-boutiste. Elle refuse la tiédeur. Son engagement est inconditionnel.

Si Léonie prend très au sérieux sa sanctification, elle ne manque pas d’humour lorsqu’elle bute sur une difficulté. Léonie s’explique : « Je cherche à vous imiter mes petites sœurs, mais hélas pauvre rien que je suis, je ne puis y arriver. Et pourtant, noblesse oblige, je suis de la famille des saints, il ne faut pas que je fasse tache ». À cette date, ni Thérèse, ni Louis et Zélie ne sont canonisés par  l’Église, mais Léonie pressent déjà qu’ils sont au Ciel.

L’imperfection, chemin de sainteté

La sainteté serait-elle incompatible avec nos fragilités, nos chutes et nos limites ? Très tôt, Léonie est intuitivement persuadée du contraire. Elle comprend que sainteté ne rime pas avec perfection. C’est Dieu qui seul peut accomplir en elle la sainteté qu’elle désire tant. Comme elle, oublions les échecs ou les réussites car Dieu est notre sainteté et il nous demande une seule chose : Le désirer.

Le témoignage de Léonie nous rappelle que la sainteté n’est pas réservée à une élite. Au contraire, c’est une invitation faite à chacun de nous ! Saint François de Sales n’a-t-il pas confessé dès le xviie siècle : « Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite » ?

Si ce désir de sainteté irradie toute la vie religieuse de Léonie, celle-ci n’ignore pas que ses propres forces sont bien insuffisantes. Avec foi, elle implore donc l’aide des saints, tout spécialement l’intercession de Marguerite-Marie Alacoque, à laquelle elle attribue le « miracle » de sa guérison d’enfance.

À Thérèse qui a été appelée très jeune, Léonie demande : « Prie-la (Marguerite-Marie) bien pour moi afin que s’il le faut, elle m’obtienne un second miracle pour que je devienne une sainte visitandine ». Si pour Thérèse la sainteté semble accessible, pour Léonie elle apparaît d’emblée irréalisable…

Souvent, Léonie se recommande avec insistance à la prière de ses proches. À son oncle Isidore Guérin, elle demande : « Priez bien pour moi, mon cher oncle, pour que je devienne une sainte, j’ai juste assez d’esprit pour cela, notre bonne Mère me l’a dit ». À ses sœurs carmélites, elle ajoute : « Je me recommande à vos prières, mes petites sœurs car je veux devenir une sainte. Cette pensée me revient souvent et me ranime : Ne dégénérons pas, nous foulons la terre des saints ».

En 1897, Léonie reçoit de Thérèse un testament spirituel l’encourageant sur le chemin de la sainteté : « Si tu veux être une sainte, cela te sera facile, puisqu’au fond de ton cœur, le monde n’est rien pour toi. Tu peux donc comme nous t’occuper de l’Unique chose nécessaire, c’est-à dire que tout en te livrant avec dévouement aux oeuvres extérieures, ton but soit unique : Faire plaisir à Jésus, t’unir plus intimement à Lui. […] Tu veux qu’au Ciel je prie pour toi le Sacré Coeur, sois sûre que je n’oublierai pas de Lui faire tes commissions et de réclamer tout ce
qui te sera nécessaire pour devenir une grande Sainte ».

La sainteté, un art de vivre !

Grandir en sainteté est un combat de tous les jours. Jamais acquise, elle dépend d’une part de l’accueil de la grâce divine, et d’autre part de l’effort persévérant. Jour après jour, l’oeuvre de notre sanctification est un constant recommencement. Léonie l’atteste : « Le petit rien voudrait devenir saint, lui aussi. Hélas ! Quelquefois, il se révolte, il a de la peine à pratiquer la petitesse et l’humilité ». Ce n’est qu’à mesure qu’elle croît en humilité que Léonie grandit en sainteté.

En définitive, qu’est-ce qui est nécessaire pour devenir saint ? Chacun aura son chemin. L’Église a élevé sur les autels de grands noms qui ont marqué leurs contemporains par l’éclat de leur vie. En parcourant l’histoire de Léonie, il n’apparaît aucune action éclatante. Accomplir la volonté de Dieu, consentir à sa pauvreté, vivre d’amour sont ses seuls mots d’ordre.

Aujourd’hui, demandons à Léonie de faire naître ou grandir en nous le désir de sainteté. Ne laissons pas nos agendas saturés l’étouffer. Et, dans l’ordinaire de nos vies, mettons-nous
en marche vers Dieu qui nous appelle !

> en savoir plus : Prier 15 jours avec Léonie Martin, Nouvelle Cité 2016, pp 47-52

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