Conte de Noël – L’agneau n’était pas perdu

Cette histoire s’est passée il y a plus de 2000 ans, en Galilée. C’était un jour gris, un jour de brouillard. Les deux bergers, Jean et Daniel, avaient mené leurs moutons au soleil, dans la montagne. Le petit Daniel n’avait que 9 ans… Mais Jean était avec lui. « Je te confie ce petit agneau blanc, veille bien sur lui. » Daniel était fier, il ne quittait pas des yeux le petit animal qui le réchauffait la nuit. Au bout de six jours, il fallait rentrer. Daniel aurait voulu aider Jean à rassembler le troupeau, mais celui-ci refusa : « Tu as assez à faire avec ton protégé. »

Alors Daniel s’assit sous un olivier, il tenait l’agneau blotti contre lui et s’assoupit. Il fit un rêve étrange : un parfum très suave embaumait l’air, et des chants merveilleux semblaient venir de nulle part. C’était très doux et très joyeux, et il avait l’impression qu’une foule immense en était la cause. Daniel se réveilla en sursautant ; Jean se tenait debout devant lui, la mine sévère : « Où est l’agneau ? » Daniel bondit, regarda autour de lui, appela, chercha partout, mais en vain.

Alors le maître se fâcha et dit à Daniel : « Pars immédiatement et retrouve-le ! »

La nuit était noire, mais Jean laissa à Daniel sa lanterne aux quatre bougies. Daniel chercha toute la nuit, il allait abandonner quand il entendit un bruit derrière un rocher. Il s’écria : « C’est lui, c’est mon petit agneau ! » Mais c’était un homme à la grosse voix qui se tenait devant lui, un voleur :

– Tu cherches un agneau ? Il y en a un tout blanc dans le champ d’olivier, là-bas…

– Merci, merci, puis-je vous aider ?

– Personne ne peut m’aider, je suis dans les ténèbres.

– Tiens, prends cette bougie, elle t’éclairera !

– Je suis un voleur, et tu es le premier à me donner quelque chose !

Mais Daniel se hâtait déjà vers le champ d’oliviers. Où s’était donc caché ce petit agneau ? Il chercha partout, jusqu’à ce qu’il aperçoive une grotte, et dans la grotte, quelque chose bougeait. C’est un loup qui s’y trouvait, et il happa son manteau ! « Lâche-moi ! » cria Daniel. Le loup lâcha prise en geignant, et Daniel vit qu’il était blessé. « Tu es blessé, donne-moi ta patte ! » Et Daniel pansa la plaie avec un bout de son manteau. Alors le loup lui dit :

– Reste avec moi !

– Je ne peux pas, mais tiens, prends cette bougie !

Et la lumière de la petite flamme se refléta dans les yeux du loup, plein de gratitude. À l’aube, Daniel arriva dans un village. Au bout de la rue, un mendiant s’approcha et lui demanda l’aumône :

– Je n’ai rien non plus, je cherche mon agneau perdu, l’avez-vous vu ?

Celui-ci hocha la tête tristement :

– Je ne vois que la misère…

– Alors, prends cette bougie, c’est tout ce que j’ai !

Le mendiant le remercia, et lui souhaita bonne chance. Mais personne n’avait vu l’agneau. Alors Daniel sortit du village et alla dans les champs. Là, il s’installa pour y passer la nuit. À nouveau, il fit le même rêve : le parfum, les chants si doux, si joyeux… Il se réveilla, cherchant autour de lui, mais il n’y avait que la nuit étoilée. Pourtant, il lui semblait entendre des voix dans le lointain. Alors, à la lumière de sa dernière bougie, il se mit en route. Bien vite, Daniel reconnut des bergers qui gardaient un troupeau et, pour ne pas s’endormir, ils discutaient ferme :

– Si César Auguste a ordonné ce recensement, c’est pour ramasser plus d’impôts. Quand serons-nous libérés de ce tyran ?

– Dieu seul le sait mais souviens-toi que tous les prophètes nous ont promis un sauveur, et j’ai toujours désiré vivre assez longtemps pour le voir.

Mais tout à coup, une grande lumière apparut dans le ciel. Le premier berger poussa un cri : « Qu’est-ce que c’est ? J’ai peur ! Est-ce que je rêve ? » L’autre s’effondra contre le sol : « Seigneur, protège-nous ! » Alors, au milieu de cette lumière une silhouette apparut : c’était un ange… « N’ayez pas peur, je vous apporte une bonne nouvelle qui réjouira tout le peuple de ce pays ! Cette nuit, un sauveur vous est né à Bethléem. Vous trouverez un enfant couché dans une crèche. Descendez vite au village pour le rejoindre ! » C’est alors qu’une multitude d’anges devinrent visibles dans la lumière, ils entonnèrent un chant de louange à Dieu. Daniel, la bouche ouverte, ébahi, reconnaissait la mélodie qu’il avait entendue en rêve par deux fois. Au bout d’un moment, tout s’effaça, les anges disparurent et les bergers restèrent tout stupéfaits.

– J’ai du mal à croire à ce que j’ai vu et entendu ! dit le premier.

– Et quand je pense qu’on vient l’annoncer à nous autres, pauvres bergers ! dit le second.

Daniel, le cœur gonflé de joie, se campa devant eux courageusement, les mains sur les hanches, parce qu’un petit comme lui, normalement, ne doit pas dire aux grands ce qu’ils ont à faire. En tout cas, il dit d’une voix forte :

– L’ange a dit que nous trouverions ce sauveur dans une crèche, allons donc voir à Bethléem !

Ils se hâtèrent de rassembler le troupeau, prirent du fromage et du lait et descendirent au village.

– Regardez, dit Daniel, il y a de la lumière à côté de l’auberge ! C’est dans l’étable !

Daniel poussa la porte. Dans la pénombre, il ne distingua d’abord qu’une femme couchée et un homme penché sur un nourrisson. Mais bientôt, une tache blanche se dessina : c’était son agneau, son agneau tout blanc, son agneau perdu qu’il avait oublié avec tous ces événements !

– Approche, dit une voix amicale.

Daniel obéit, et vit l’enfant à côté de son agneau. Alors il posa sa dernière bougie près du bébé, et voici que la petite flamme se mit à rayonner si fort, si fort, que toute l’étable en ruisselait de lumière.

Germain MAPS

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