La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci

La Vierge aux rochers

La vierge aux rochers de Léonard de Vinci. Léonard a à peine 30 ans lorsqu’il peint La Vierge aux rochers. Il a cessé d’être l’élève d’Andrea del Verrocchio, un maître « perspectiviste » et grand sculpteur. C’est donc à travers ce souci du volume que le jeune élève fut formé.

La genèse de l’œuvre indique que ce fut une commande des frères de l’Immaculée Conception. Alors comment la comprendre ? Il est vrai que la composition du tableau est déroutante mais la Vierge reste le point d’équilibre entre deux mondes. Marie veille sur Jean-Baptiste et, à travers lui, sur le monde des hommes tandis que l’ange, le divin, veille sur son fils. Le jeu des mains, de protection de prière et de bénédiction, traduit le langage de chacun des personnages. En revanche, le décor reste insolite. En effet, le peintre va déployer subtilement la technique du sfumato dont il est l’inventeur afin de rendre les volumes de façon graduellement estompée. D’autre part, l’enveloppement vaporeux des formes, qu’il appellera « la perspective atmosphérique », contribuera à rendre tout le caractère onirique de la scène.

Regardons un détail important dans les tableaux de L’Annonciation et de La Madone à l’œillet, peints dix ans plus tôt. C’est une clé de lecture : le même pli fabuleux de tissu prend forme devant le ventre de Marie ! Cette grotte textile dans une grotte minérale questionne. C’est par ce symbole visuel, ce pli en volume, que l’on peut approcher ce qui constitue la plus grande énigme du mystère de l’incarnation. Pour Leonardo de Vinci, la lumière devait engendrer le mouvement et la forme, soit la Vie. Ici, l’éclat du tissu, frère de la luminosité de la chair, suggère de façon analogique les langes d’un nouvel engendrement. Et Marie, par la fixité de son regard sur ce pli solaire, semble accueillir que l’enfantement est perpétuel. Est-ce l’audace de cette vision qui conduisit les frères franciscains à refuser l’oeuvre ? Qui a pu inonder de lumière la grotte de
pierre ? Qui a pu inonder de lumière la chair de Marie ?

Mais le détail du pli n’est pas tout. Revenons au titre de l’œuvre, un titre étrange : La Vierge aux rochers. Qui, dans l’histoire de l’art, a placé Marie dans un paysage essentiellement minéral,
impossible géographiquement à identifier ? Alors reprenons maintenant la composition de l’ensemble. Ce chaos de pierres est troublant. Il constitue pourtant l’architecture du tableau pour finalement former une voûte au-dessus de Marie. Aussi loin que l’œil voit, les pierres dressées apparaissent petit à petit et se tiennent jusqu’au seuil de la grotte, dans un jeu savant de perspective. Mais ces pierres-statues semblent des fantômes. Un peu comme les figures d’un ancien monde, complétement pétrifiées dans leur rigidité. Autour de Marie, une végétation a su se faire un chemin pour vaincre la pierre. Ces éléments végétaux apparaissent comme une métaphore de la puissance de la Vierge qui peut donner la vie au travers de tout ce qui résiste et qui peut venir à bout des milieux les plus secrets ou les plus hostiles comme cette grotte. En considérant le premier plan du paysage, dévoilant un univers inquiétant par la présence du précipice, on comprend que seule la main de l’enfant Jésus peut s’en approcher. Au-delà du paysage, les deux couleurs phares des vêtements – le bleu et le rouge –attirent notre regard car elles ne suivent pas la distribution traditionnelle des autres tableaux. En effet, dans La Vierge aux rochers, la Vierge n’est revêtue que de bleu. On sait que cette couleur était une des plus
chères à l’époque de la Renaissance, couleur obtenue à partir du lapis-lazuli broyé et plus onéreuse que l’or. Elle servait aux personnes royales. Longtemps on a pensé que la couleur bleue était aussi la couleur sœur de la voûte céleste… pourquoi pas ?

D’autre part dans le tableau, le rouge accentue toute une charge symbolique. L’ange laisse onduler

une magnifique parure comme un étendard triomphant.

Alors que dans L’Annonciation et La Madone à l’œillet, Léonard drapait la mère du Christ d’une
robe rouge et d’un manteau bleu, ici, le peintre dissocie en quelque sorte les fonctions, humaine et divine de Marie. En la plaçant à côté de Jean-Baptiste et vêtue seulement de bleu, nous percevons davantage le soin qu’elle va prendre de la nouvelle humanité que cet enfant inaugure.
La Vierge aux rochers a été peinte avant La Joconde et pourtant cette vierge est bien plus à l’avant-garde que celle qui sourit, commencée vingt ans plus tard. Car tout le testament du peintre se déroule déjà : sfumato, perspective atmosphérique, analogie et méditation poétique.

Isaline DUTRU

INAUGURATION

Au printemps, le château du Clos Lucé-Parc Leonardo da Vinci à Amboise (37) inaugure de nouvelles galeries avec un spectacle immersif inédit consacré à Léonard de Vinci peintre et architecte, un voyage à travers les grandes étapes de la création de ce génie intemporel, mort le
2 mai 1519 dans ce domaine.

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