La vie extraordinaire d’un homme ordinaire

Domenico Mangano est né en 1938 dans un village de montagne du sud de l’Italie. Si pauvre que posséder un âne y était signe de richesse. Domenico ne connut son père qu’à l’âge de sept ans, car on le pensait disparu à la guerre. La famille déménagea plus tard à Viterbe, une ville moyenne au nord de Rome : une transplantation totale mais qui permit aux trois enfants de faire des études. Domenico était doué, intelligent et vif et il s’engagea avec fougue dans les mouvements étudiants. Il créa même un journal, Le contestataire. Mais, après les réunions animées, il entrainait ses camarades à la messe : sa foi était vivante et forte, même si le catholicisme de l’époque était imprégné de piété formelle et de cléricalisme.

Bientôt, Domenico se retrouva chef de famille, son père étant décédé prématurément. Il prit un emploi dans une administration équivalente de nos caisses de retraite et il y fit toute sa carrière. Cependant, il repoussa très vite les limites du fonctionnariat pour devenir à lui tout seul un centre social et juridique au service de toutes les personnes en difficulté. Chacun était sûr de recevoir auprès de lui un accueil bienveillant, des conseils avisés et une aide efficace. Il était guidé par sa générosité naturelle et l’exemple de sa mère, toujours secourable envers les malheureux. Parallèlement, Domenico et son épouse Pia étaient engagés dans l’Action catholique et de nombreuses activités.

 L’engagement politique

Mais pour agir sur les causes de la misère et de l’injustice, il fallait s’engager en politique. Domenico devint ainsi conseiller municipal. À ce titre, en 1974, un ami l’invita à une rencontre d’élus de divers pays et partis. Deux témoignages le touchèrent particulièrement. D’abord, raconta-t-il, celui d’un parlementaire italien. « À cause de la cohérence de ses idées, il avait été écarté de son parti. Pourtant, tout en évoquant sa solitude, cet homme dégageait une très grande sérénité : pour de nombreux collègues se sentant isolés, il était devenu la personne à qui se référer ; il les consolait et les soutenait. » Puis ce fut le tour d’une Française, conseillère municipale comme lui, évoquant les relations qu’elle avait construites pour résoudre les problèmes des habitants, jusqu’à un épisode incroyable : afin de protéger les droits d’une petite communauté de paysans, elle avait réussi à faire dévier le tracé d’une autoroute qu’une multinationale voulait construire ! « Là, j’ai pris conscience de mon échec, expliqua Domenico ; j’enviais terriblement cette femme car elle, qui ne possédait aucune formation, avait fait tant de choses, alors que moi qui était instruit et expérimenté, je n’avais rien à raconter. »

Séduit par l’Idéal des Focolari

La force et la joie qui émanaient de cette rencontre bouleversèrent Domenico. Il perçut tout de suite la richesse de la spiritualité qui inspirait les personnes réunies : celle des Focolari. Avec son enthousiasme habituel, il se rapproche des membres de ce mouvement et s’engage parmi les volontaires de Dieu, des laïcs prêts à incarner l’Évangile dans tous les secteurs de la société.

Son grand ami Tommaso Sorgi écrit : « Cette voie séduit totalement ce citoyen actif et plein de ressources, engagé et combatif, cet homme politique fougueux, ce chrétien authentique. Il commence à ‘polir’ quotidiennement son âme, en unité avec des frères. Et à force de partage, de dialogue et d’écoute, il s’efforce de construire avec ceux qu’il rencontre l’amour qui réalise la promesse de Jésus : ‘Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.’ »

Au sein de son parti, au bureau, à la maison, tout le monde lui demandait ce qui lui était arrivé : son tempérament inflammable avait fait place à la douceur, son activisme se tempérait de calme, son action volontiers individualiste se transformait en travail collectif. Plus que l’efficacité, son but est désormais la sainteté !

Grâce à lui, les réunions houleuses du conseil municipal devenaient sereines et constructives. Un exemple parmi tant d’autres : Viterbe devait statuer sur la rénovation de thermes anciens, sujet clivant. Domenico présida la commission ad hoc et les débats pléniers avec humilité, sagesse et respect des opinions diverses, ce qui fit dire au chef du groupe communiste : « Pour la première fois dans ce conseil, sur un problème qui engage plusieurs milliards de lires, tout s’est déroulé ouvertement, sans que rien ne soit caché. Cette manière de faire, tous unis et d’accord, est la seule façon légitime d’associer les affaires économiques et la politique. »

Parallèlement, Domenico assume des responsabilités chez les volontaires et contribue à la création, au sein des Focolari, du Mouvement politique pour l’unité. Sa maison est toujours ouverte à qui a besoin d’un soutien ; Pia et les trois enfants sont les complices joyeux de cet accueil inconditionnel.
Mais un coup de tonnerre résonne soudain : une grave maladie cardiaque frappe Domenico au seuil d’une retraite qu’il prévoyait active. En 2000, un cancer est aussi diagnostiqué. Alors s’accélère une ascension spirituelle qui impressionne et émerveille ses visiteurs à l’hôpital.  Dieu, la Trinité, Marie deviennent ses véritables accompagnateurs de chaque instant. Le service des cancéreux se transforme peu à peu en foyer de charité, un lieu de méditation, d’apostolat et de prière. Celle-ci atteint une dimension mystique dont témoigne sa correspondance, notamment avec Chiara Lubich, ses entretiens audio et vidéo.

Malgré de fortes souffrances, Domenico garde une incroyable sérénité et prépare les siens à son départ. Celui-ci aura lieu peu avant Noël 2001.

Au cours des années qui ont suivi sa mort, la renommée de Domenico n’a cessé de s’amplifier et de se propager parmi les volontaires de Dieu dans le monde entier. Ses paroles et son attitude vis-à-vis de la politique sont aujourd’hui encore d’une brûlante actualité. Quant à la sainteté de sa vie, elle est attestée par l’évêque d’Albano qui a introduit la cause de béatification de Domenico Mangano auprès de l’Église.

France de LAGARDE

La vie extraordinaire d’un homme ordinaire rédigée par Paolo Crepaz et préfacée par Tomasso Sorgi, est disponible aux éditions Nouvelle Cité.

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