La saga des foco (Saison 1, épisode 2) – L’appel à la sainteté

L'appel à la sainteté

Continuons la passionnante histoire de Chiara Lubich. La jeune fille ressent très tôt l’appel de Dieu, l’appel à la sainteté. Étudiante brillante, elle manifeste face à ses enseignants un caractère passionnément habité par l’amour de la vérité.

À l’âge de 10 ans, Silvia contracte une péritonite aiguë. À cette époque, ceux qui étaient atteint de cette infection en mouraient bien souvent. Le médecin, ami de M. Lubich, prépara celui-ci à envisager l’issue fatale mais le père de Silvia insista pour que sa fille soit opérée. Il signa un papier, déchargeant le chirurgien de toute responsabilité. Mme Lubich ayant compris la gravité de la situation, courut, désespérée, au couvent de sœur Carolina. Les religieuses lui dirent : « Tranquillisez-vous, madame, nous allons allumer tous les cierges, toutes les lumières de l’église devant l’autel de Marie-Enfant et nous la prierons. » Toutes les sœurs se réunirent et prièrent ainsi : « Marie-Enfant, s’il est bon pour son âme que cette petite vive, guéris-la ; si c’est mieux pour elle que tu la prennes au Paradis, fais que ses parents arrivent à se résigner. » Silvia sortit vivante de la salle d’opération mais resta quelques jours dans un état très grave. Mme Lubich prit alors une initiative singulière. Profitant de l’absence du médecin qui avait interdit que l’on donne à boire à Silvia, elle fit avaler à sa fille une grande cuillerée d’eau de Lourdes. Chiara survécut, guérit et apprit beaucoup de cette expérience : « Je pense que c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à expérimenter la souffrance dans ma vie et la possibilité de la supporter par amour. »

Comme tous ceux de leur âge, les enfants Lubich étaient obligés de participer tous les samedis aux rassemblements de jeunes imposés par le régime fasciste. Cela ne semblait cependant exercer aucune influence notable sur Silvia. Lors d’un examen, une des questions posées par les examinateurs concernait la culture fasciste mais, comme elle ne s’y était jamais intéressée, elle ne sut quoi répondre et vit ainsi ses notes chuter. Cet épisode ne fit cependant pas douter un de ses professeurs qui demanda un jour à voir la mère de Silvia. Il lui dit : « Votre fille est très intelligente, elle ne devrait pas rester au stade de l’école professionnelle [comme on l’appelait à l’époque]. Vous devriez lui faire poursuivre des études supérieures. » Les Lubich avaient pourtant pensé que leur fille aurait assez rapidement pu apporter une aide économique à la famille. Ils décidèrent cependant de tout faire pour l’encourager à poursuivre ses études.

Veux-tu être martyre ?

À 13 ans, Silvia ressent quelque chose d’étonnant : « Je marchais dans la rue. À un certain moment, j’ai entendu comme une voix qui venait du ciel, mais ce n’était pas une voix qu’on entend avec les oreilles ; elle pénétrait mon cœur : c’était Dieu qui me demandait : “Veux-tu être martyre ?” J’ai eu grand peur, mais j’ai répondu : “Oui !” ».

En 1935, le jour de la Saint-Thomas d’Aquin, Silvia était avec une camarade de classe, Valentina Ghesla, lorsqu’elle ressentit à nouveau l’appel de Dieu. Elle raconte : « Un jour, j’ai senti au-dedans de moi quelque chose de grand, comme un appel de la grâce de Dieu (c’était Jésus qui continuait à prendre soin de moi). Cet appel disait : “Deviens sainte, deviens sainte, deviens sainte.” Alors, je vais trouver mon amie Valentina et je lui dis : “Nous devons devenir saintes. Viens, descendons en ville (où se trouvait alors le centre des étudiantes catholiques), allons dire au prêtre, à l’aumônier, que nous devons devenir saintes.” Nous courons à l’endroit où se trouvait le prêtre, il y avait aussi des étudiantes. C’est le père Cesconi qui leur propose alors de participer aux réunions des Jeunesses catholiques et plus tard, à leur branche étudiante. »

La lumière de la vérité

Durant les années 1936-1938, Silvia fréquente l’école d’institutrices de l’Institut Rosmini, à Trente, tout en donnant des cours particuliers pour apporter une aide économique à la famille. Elle aimait raconter un épisode survenu avec son professeur de philosophie. « Il était athée mais il parlait si bien qu’il nous fascinait. Il disait plein de choses fausses, contre la Vierge Marie, contre l’Église. Je le sentais intérieurement, je levais sans cesse le doigt et je disais : “Non, Monsieur le professeur, vous vous trompez.” Parce que Jésus avait mis en moi la lumière de la vérité, vous comprenez ? Je voulais sauver mes camarades de l’erreur. Valentina me tirait par le tablier et me disait : “Je t’en supplie, tais-toi. Tu vas attraper de mauvaises notes. Si tu n’as pas une bonne moyenne, tu ne pourras pas continuer tes études.”

« Non, professeur, ce que vous avez dit n’est pas vrai »

Il fallait en effet avoir une moyenne fallait payer, et mes parents étaient pauvres. Je lui répliquais : “Je n’y peux rien, je ne peux pas me taire.” Mais je ne savais pas expliquer la vérité. Ce professeur m’aimait bien parce que je ne le disais pas méchamment. Je devenais toute rouge, l’angoisse me prenait et je disais : “Ce n’est pas vrai, professeur.” Alors il me disait : “Calme-toi, calme-toi”, et il me demandait de m’asseoir. La fin du trimestre arriva. On distribua les carnets de notes… J’avais 10 en philosophie, la note maximum. Le seul 10 de toute la classe. Alors, ma compagne Valentina a commencé, elle aussi, à lever le doigt avec moi. Nous étions deux. Un jour, le professeur, ne supportant plus d’être interrompu, me dit : “Je t’en prie, maintenant, tais-toi, arrête et, si tu veux, on en reparle après.” À la fin du cours, je me souviens que je me suis assise sur la chaise du professeur et lui sur un banc. Dans son cours, il avait parlé de saint Augustin en disant un tas d’erreurs. Il a parlé pendant une heure pour me convaincre que ce qu’il disait était vrai. À la fin, il m’a dit : “Écoute Silvia, c’est toi qui as raison, mais je te prie de ne le dire à personne.” Je suis sortie et mes compagnes m’ont demandé comment ça s’était passé. J’ai seulement répondu : “Allons à l’église pour remercier Dieu.” Peu après cette conversation, j’ai rencontré le professeur dans la rue. Il me dit : “Tu sais, j’ai beaucoup de difficultés en famille, je souffre beaucoup alors, je suis allé à l’église où tu vas toujours et j’ai prié ce Dieu que tu aimes, j’espère qu’il m’aidera.” C’est la dernière fois que je l’ai vu. La guerre a éclaté, il était devenu capitaine dans la Marine et il est mort. Je suis sûre qu’il est allé au Paradis. »

Dominique FILY

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