La confiance comme clé de voûte

La confiance comme clé de voûte - revue Nouvelle Cité mai-juin 2017

Dans la rubrique « ECONOMIE ET TRAVAIL », Anouk Grevin nous propose cette fois-ci un arrêt sur image sur une antropologie optimiste et son corrélat : la confiance

Nous avons parlé dans les numéros précédents de la dimension de don inhérente au travail et de l’enjeu de sa reconnaissance, ainsi que de la nécessité du dialogue sur le travail. Arrêtons-nous cette fois-ci sur ce qui est au fondement même de ce type de perspective : une certaine vision de la personne. Trop de pratiques managériales sont fondées sur une vision réductrice de l’ individu, conçu comme cherchant toujours à minimiser ses efforts et à maximiser ses gains. Une telle anthropologie, pessimiste sur la nature humaine, finit par produire ce qu’elle décrit, des gens qu’il faut encadrer avec force contrôle et incitations. Partir d’une anthropologie plus optimiste produit l’effet inverse : cela permet à chacun de donner le meilleur de lui-même et de devenir ce qu’il n’est pas encore. On le sait depuis longtemps, en pédagogie par exemple. Pourquoi l’applique-t-on encore si peu, en particulier dans le monde de l’entreprise, où pourtant on aurait tant besoin que chacun déploie toutes ses compétences et sa créativité ? Parce que la confiance est extrêmement exigeante.

Voici quelques pistes pour nous exercer à la développer :

La « présomption de bonne volonté » : Faire confiance, c’est croire que l’autre a comme moi la volonté de donner le meilleur de lui-même, de faire un beau travail et que s’il ne fait pas les choses comme je pense qu’il devrait les faire, c’est qu’il a de bonnes raisons d’agir ainsi, charge à moi de les découvrir.

Faire le premier pas : La confiance est toujours au départ une démarche inconditionnelle, sans garantie de retour. Si l’on avait la certitude de la réponse de l’autre, notre attitude serait le simple fruit du calcul. La confiance commence là où commence l’incertitude, le risque. Elle est souvent le fruit d’une relation éprouvée, mais elle est aussi l’attitude qui permet de construire une relation qui n’existe pas encore ou de reconstruire une relation blessée. Car elle est une main tendue, une invitation à la réciprocité.

La confiance a priori et a posteriori : La confiance, c’est croire non seulement dans les personnes fiables, mais aussi dans celles qui ne le sont pas encore ou ne l’ont pas été. C’est même lorsque les résultats ne sont pas là que commence véritablement la confiance, capacité à continuer à croire après l’échec que l’autre peut encore donner autre chose. C’est faire fleurir le meilleur en chacun par le regard que l’on porte sur lui.

Une confiance sincère : La confiance ne peut pas cohabiter avec des outils ou des pratiques ayant pour effet de contrôler ou de déterminer complètement en amont l’activité de l’autre, car alors il n’y a plus d’espace pour la liberté. La confiance engendre la réciprocité lorsqu’elle résulte d’un choix libre, d’une volonté sincère de croire en l’autre, sans garantie de retour.

La confiance implique le soutien : Un « je vous fais confiance » sans soutien équivaut souvent dans les faits à un abandon pur et simple. La vraie subsidiarité (laisser chacun donner tout ce qu’il peut donner sans qu’intervienne un niveau supérieur lorsque ce n’est pas strictement nécessaire) est aussi un engagement à aider quand le besoin s’en fait sentir, ou au moins accueillir l’expression de la difficulté rencontrée et offrir les ressources nécessaires pour la dépasser.

Anouk GREVIN

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