La Centrafrique se relève par ses enfants

La Centrafrique se relève par les enfants

SI LES ARMES SE SONT TUES, la pauvreté et les tensions communautaires demeurent. Avec d’autres, les focolari apportent leur pierre à la reconstruction du pays, en  misant sur la jeunesse. La Centrafrique se relève par ses enfants.

La République centrafricaine (RCA) va-t-elle retrouver sa sérénité ? Alors que se profile l’élection présidentielle prévue le 27 décembre, le pays reste marqué par des   années d’instabilité et de violences. De 2012 à 2016, des milices rebelles venues du nord du pays se sont violemment opposées aux partisans du président, le général  François Bozizé, arrivé au pouvoir par les armes en 2002. Les premiers recrutaient leurs forces principalement en milieu musulman, tandis que les loyalistes étaient  majoritairement chrétiens. De nombreux observateurs ont mis en garde contre une lecture strictement religieuse des affrontements entre les deux factions. Malgré la  présence de forces onusiennes, le conflit a causé des milliers de morts et encore plus de déplacés à l’intérieur des frontières. Très actif dans la résolution du conflit,  l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, est à l’origine, avec l’imam et le pasteur de la capitale, de la Plate-forme des confessions religieuses, structure  visant « la paix et la cohésion sociale par une approche interreligieuse ». En 2015, le pape François est venu sur place rendre hommage au prélat, faisant de lui  l’année suivante le premier cardinal centrafricain. Dans une population majoritairement chrétienne, les protestants (51%) sont plus nombreux que les catholiques (29%),  et les musulmans ne représentant que 10% des habitants.

Depuis l’arrivée au pouvoir par les urnes en 2016 de Faustin-Archange Touadéra, la RCA semble apaisée. En février 2019, un accord de paix a été signé par les  différents partis. Des responsables de groupes armés, qui contrôlent encore de grandes parties du territoire, ont été intégrés au gouvernement dans une volonté  politique d’inclusion. « Le pays ne connaît plus de massacres depuis un an et demi, se réjouit Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique du CCFD-Terre solidaire. On  peut circuler librement et les réfugiés rentrent peu à peu. L’activité agricole et l’élevage ont repris. » Pour autant, la situation reste difficile. « L’impuissance de l’État  demeure, note-t-il. Le pays bénéficie d’une d’aide internationale massive. Seuls des financements étrangers peuvent mener des projets d’infrastructure : écoles,  hôpitaux… À part cela, c’est une économie de la débrouille. » Le pays demeure parmi les plus pauvres de la planète et l’espérance de vie n’est que de 56 ans. Et ce  malgré de grandes richesses minières : le pays est le 10e exportateur mondial d’or et de diamant.

Le CCFD-Terre solidaire a lancé le programme pluriannuel « Paix », dans quatre pays d’Afrique, dont la RCA. « Avec nos partenaires locaux, nous travaillons à la  réconciliation, au vivre-ensemble auprès des jeunes ou des ex-combattants des deux camps. Nous soutenons des programmes de développement agricole, de dialogue  politique, nous installons des médiatrices dans les villages. Il s’agit de reconstruire de la solidarité. J’observe dans la population, guère confiante dans le  système politique, un sursaut collectif de responsabilité, une appétence manifeste au changement et à l’action. »

Éducation et formation

Les focolari figurent parmi les acteurs de ce renouveau. Le Mouvement est arrivé grâce à des prêtres italiens, dans les années 1960. Des groupes de Parole de vie ont  vu le jour. En lien avec les focolarines de Fontem (Cameroun), la première Mariapolis du continent s’est tenue en 1972 à Ngaoundaye (RCA), à la frontalière du  Tchad et du Cameroun. En 1994, Geneviève Sanze est partie en formation à Loppiano et sera la première focolarine du pays. Elle est actuellement conseillère de la  présidente du Mouvement.

Lors de sa visite à Fontem en l’an 2000, Chiara Lubich a échangé avec Mgr Agostino Delfino, évêque de Berberati et pionnier du Mouvement, qui lui a confié son rêve :  l’ouverture d’un focolare en RCA. Ce qui fut fait en 2001, avec trois focolarines. Elles sont quatre actuellement. Plusieurs groupes dans le pays rassemblent des  volontaires, des Gen 2 (jeunes de 17 à 30 ans), des Familles Nouvelles. Dans une communauté de Pygmées, les rencontres proposées se tiennent à 6 heures du  matin, avant les activités de chasse et de cueillette.

Le Mouvement est principalement engagé dans le domaine éducatif. « Pour qu’une nouvelle génération soit capable de faire face aux défis de la RCA, nous désirons  offrir à nos jeunes une formation intégrale », résume une focolarine. À Bangui, un projet vise à la protection des mineurs. Les Gen 2, avec leurs amis, cherchent à «  protéger » leurs petits frères et sœurs. Cette formation leur a permis de prendre conscience que certaines réalités – la non-considération des enfants, le tabou des  abus, même sexuels – sont à bannir. Ils ont pu ensuite sensibiliser leurs parents. Des membres du Mouvement sont investis dans deux écoles : la fondation Sainte-Véronique et le complexe scolaire Sainte-Claire. Dans ce dernier, géré par les focolarines, les élèves sont initiés à la protection de l’environnement et bénéficient  d’activités extrascolaires : danse, chant, théâtre…

Au niveau ecclésial, le Mouvement participe à la formation des couples. Et il fait profiter le pays de son grand désir d’unité. « En 2019, nous avons offert notre  expérience de vie œcuménique à l’Église locale », raconte la focolarine. À l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, en janvier 2020, pour la  première fois, des prêtres et des pasteurs de diverses églises se sont réunis à la cathédrale de Bangui. Et une commission archidiocésaine pour l’œcuménisme a vu le  jour. Offrir au pays des communautés chrétiennes unies, voici un beau cadeau des focolari.

Philippe CLANCHÉ ,
avec les focolarines de Bangui

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