« Haïti, la perle des Antilles doit être réveillée »

Haïti la perle des Antilles

« Haïti, la perle des Antilles doit être réveillée » PAYS MINÉ PAR LA VIOLENCE DE GANGS ARMÉS, la corruption et l’absence d’un État de droit, écrasé par un cycle infernal aggravé cet été par l’assassinat du président Jovenel Moïse et un nouveau séisme qui a fait 2 200 morts, Haïti n’en reste pas moins honoré par la solidarité de ses habitants, un sens communautaire très fort et une volonté infaillible de s’en sortir. Le rayonnement des Focolari y est incroyable.

La crise migratoire avec les États-Unis va engendrer encore plus de problèmes car ces Haïtiens renvoyés au pays n’ont pas d’endroit où rester. Ils ont vendu leur maison et tous leurs biens pour pouvoir partir », explique Wilfrid, volontaire très actif du mouvement des Focolari à Haïti. À cette crise, s’en ajoutent d’autres, « politique,
économique, sociale, d’insécurité », détaille cet ancien maire de Mont-Organisé. « 15 % de la population concentre tous les biens et les opportunités alors que 85 % des gens vivent dans une misère extrême. Ils ne sont pas soutenus par l’État qui n’a pas mis en place de système pour permettre aux gens de vivre économiquement. Il
n’y a pas de politique agricole de développement, ni d’éducation. » « Le gouvernement ne prend pas ses responsabilités », déplore Salnave, un jeune volontaire qui vient d’obtenir un diplôme d’ingénieur en agronomie. « J’ai reçu une offre de travail en République dominicaine où j’ai fait mes études mais je l’ai refusée car mon choix est de rester à Haïti. Je dois dire sincèrement que j’aime mon pays, je veux l’aider. C’est grâce aux bienfaiteurs du Mouvement que j’ai pu étudier à l’université. »

L’espoir se niche là pour Wilfrid, dans la formation de la jeunesse. Avec Étienne, focolarino basé au Canada, et d’autres, il sillonne l’Italie afin de trouver des parrains pour soutenir financièrement les jeunes dans leurs études supérieures. « Je suis heureux et fier de dire qu’actuellement une vingtaine d’étudiants, issus des familles les plus pauvres de la zone, terminent leurs études d’agronomie, de sciences éducatives ou d’infirmière, en Haïti. »

Il y a toujours de l’espoir pour sauver le pays.

Étienne évoque la naissance d’écoles à la campagne. « Lors des rencontres Parole de vie, les volontaires se sont rendu compte que plusieurs enfants ne savaient pas lire, l’école la plus proche étant à trois heures de route à pied. Ils ont alors décidé de leur apprendre. Et suite à une rencontre avec les parents, ils ont décidé de mettre sur pied une école. Plusieurs autres dans la région se sont construites sur ce modèle. » Professeur et chercheur en économie rattaché à l’université de Lille, il ajoute : « Des progrès ont été réalisés dans l’éducation ces dix dernières années, dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans. Surtout en ce qui concerne les niveaux primaire et secondaire, mais très peu dans l’enseignement supérieur », explique le chercheur, missionné pour développer la coopération dans l’enseignement supérieur en Haïti. « Il faut dire que les obstacles sont nombreux, entre découragement et climat d’insécurité à Port-au-Prince. » « L’insécurité dans la capitale est totale. On ne peut pas se déplacer, des groupes armés, financés par les partis au pouvoir, font régner un climat de terreur », témoigne Wilfrid.

La communauté Focolari, en lien étroit avec le Canada, est surtout active à la campagne. Sa présence remonte aux années 1980, quand des religieux canadiens, frères des écoles chrétiennes, ont organisé des Mariapolis et diffusé la Parole de vie. Le relais a été pris par des religieuses apostoliques de Marie Immaculée, dont sœur Agnès et sœur Marie Thé.

« À la campagne, même si nous souffrons des problèmes de nourriture, de l’absence d’infrastructures, nous vivons une vie tranquille car nous n’entendons pas le bruit des coups de feu à longueur de journée », témoigne Salnave. « Au milieu de cette grande pauvreté, tout est pacifique. Les Focolari ont un rayonnement fascinant »,
partage Étienne. Et tout manifeste une grande solidarité entre Haïtiens. Parmi les nombreux projets portés par l’association Pacné où les volontaires du Mouvement sont investis, il y a ce centre d’accueil dont l’histoire a démarré par un épisode marquant. « Quand Wilfrid a découvert un homme qui vivait seul, abandonné, dans les
bois, il s’en est occupé et a motivé la communauté à lancer une “caisse providence” », raconte sœur Agnès. « Cette grande maison accueille les gens en grande nécessité, les déshérités qui n’ont plus de famille, très âgés, aveugles, etc. Nous nous occupons du jardin pour leur permettre de se nourrir. Chaque mois, les gens donnent ce qu’ils ont pour les aider. C’est la communauté qui fait vivre ce lieu », assure Wilfrid. « Nous avons aussi créé une coopérative avec un groupe de planteurs. Les gens s’impliquent et cela génère des revenus. Ce système de parrainages a permis de soutenir 57 planteurs cette année. Cela nous encourage ».

« Beaucoup de personnes travaillent pour renverser le système à Haïti [première république noire du monde]. Nous aussi, nous y contribuons ! En formant les jeunes afin qu’ils puissent prendre le relais dans tous ces engagements. » Le volontaire lance un appel au large : « Nous ouvrons grand la porte à tous ceux qui voudraient
nous accompagner pour former plus de monde. »

« Il y a toujours de l’espoir pour sauver le pays », pense Salnave, « la perle des Antilles doit être réveillée et ne plus être considérée comme une poubelle. Ses trésors peuvent continuer à en faire sa richesse ! Si je travaille pour Haïti, je travaille pour le monde. » Ces propos font écho à ceux de la réalisatrice haïtienne Gessica Généus, très engagée dans la lutte contre la corruption, dont le film Freda a été présenté au dernier Festival de Cannes : « Pour être honnête, c’est très difficile
d’imaginer un avenir pour Haïti. Mais j’accepte d’être perdue. Il faut réapprendre à voir les choses d’une façon différente. Voir l’amour là où il y a la haine, la lumière où il y a l’obscurité. Car, en fin de compte, tout est grâce. »

Émilie TEVANE

redaction@nouvellecite.fr

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Contact de l’association Pacné :
Joachin Wilfrid, wilfridjoachin@yahoo.fr, Tél. : +509 4308 2027

 

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