Grandeur et pièges du pouvoir

Pouvoir agir et aimer ; Quel cadeau ! À condition de ne pas l’empoisonner par notre orgueil ou nos intérêts.

Il n’y a peut-être rien de plus beau que « pouvoir », le verbe « pouvoir ». C’est tout de même extraordinaire de penser que je peux vivre, aimer, penser, connaître, faire, travailler, entrer en relation. Il y a en moi cette capacité ou possibilité d’être moi-même au contact des autres reçue comme un cadeau merveilleux à ma naissance. Lorsque je dis que je peux, cela me donne un immense sens de liberté et de responsabilité. Je peux donner ou me donner, mais cela ne veut pas dire que je suis obligé de le faire. Je peux aussi faire du mal aux autres, mais la conscience me dit que cela ne mènera qu’à des conséquences négatives. Car en même temps, je peux discerner ce qui est pour mon bien et le bien des autres.

Du «pouvoir de» au «pouvoir sur»

Pouvoir, c’est en quelque sorte participer à la grandeur de Dieu qui peut tout. Le problème, c’est lorsqu’on passe du verbe « pouvoir » à la réalité que représente « le pouvoir ». C’est d’ailleurs souvent la même chose quand on passe de certains verbes à certains substantifs. Le verbe est le moteur de la phrase et de l’action, tandis que le nom est comme une étiquette qu’on mettrait sur cette action, soi-disant pour mieux la comprendre ou l’exprimer, mais qui finalement risque de tout bloquer. Au lieu de remercier Dieu de me donner cette capacité de pouvoir grandir et aider les autres à grandir, voilà que je cherche le « pouvoir ». Voilà que, sans même m’en rendre compte, je suis passé du « pouvoir de » au « pouvoir sur ». Au lieu de simplement transmettre aux autres cette force d’aimer qui m’anime, je commence à m’arrêter sur la joie ressentie de dominer les autres, de leur être supérieur. Au départ, ce sera apparemment pour leur bien : j’ai le pouvoir de les obliger à faire ce qui est le mieux pour eux, puis, en route, je finis par être surtout préoccupé de les obliger à faire ce qui est bien pour moi. Le passage est flou mais je suis devenu un tyran.

Le piège de l’âne qui portait Jésus

Tout cela est bien sûr une caricature, mais cela fait des années que j’ai commencé à voir combien chacun de nous est capable de tomber dans ce piège. Cela se voit à un certain nombre de symptômes : on se croit mieux adapté que les autres pour tel poste de responsabilité, ou bien indispensable, irremplaçable, avec un tas de bonnes raisons (c’est moi qui connais le mieux la situation, les autres ne peuvent pas comprendre certains détails, etc.). On tombe aussi dans un autre écueil qu’un de mes amis appelle « le piège de l’âne qui portait Jésus ». Comme c’est ridicule de penser que l’âne qui portait Jésus entrant triomphalement à Jérusalem ait pu croire un instant que les applaudissements lui étaient destinés ! Or voilà que le poste de responsabilité qu’on m’a confié – qui ne devrait être rien d’autre qu’un beau service rendu à mon prochain – devient peu à peu une source de gloire et d’honneur. Ce n’est pas encore très grave mais c’est le début d’un certain plaisir pris à se sentir applaudi. Et qui va se transformer en une véritable drogue.

Roland POUPON,

professeur de français depuis plus de 40 ans au Moyen-Orient

Un commentaire sur “Grandeur et pièges du pouvoir

  1. konan raphael says:

    j’aime dieu j’aime ses missionnaires. top de viande ne gâte pas la sauce, j’ai besoin de comprendre le message de mon dieu et c’est par vous que j’arriverais. merci

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