Être grand-parent : un lien à établir, à créer, à inventer

Être grand-parent

Anne Scrive est médiatrice familiale à l’Union départementale des associations familiales (UDAF) et formatrice à l’Institut des sciences de la famille (ISF) de Lyon.

Nouvelle Cité : Qui sont les grands-parents d’aujourd’hui ?

Anne Scrive : Ils ne sont plus contraints à la passivité et dépendent rarement de leurs enfants. Les grands-parents ont encore le plus souvent une activité professionnelle ou en voie d’achèvement, s’occupent aujourd’hui de leurs parents vieillissants (46 % ont au moins un parent vivant), de leurs petits enfants, ont parfois encore des enfants à la maison et une vie de couple à préserver tout en continuant bien souvent à s’investir activement dans la vie politique, économique et sociale. Quel programme !

N.C. : Être grand-parent ne va pas de soi… 

A.S. : Cela ne s’improvise pas. C’est un lien à créer, à établir, à inventer ; un lien à renforcer et à consolider, à renouer parfois. C’est le ciment de toute famille et c’est lui qui nous implique de fait dans la relation grand-parent/petit-enfant.
Les structures familiales ont changé. Les liens familiaux s’additionnent, se transforment. En effet, la multiplication des situations de recomposition familiale construit de nouveaux modèles de familles dans lesquels chacun doit tenter de réinventer sa place, son rôle, son statut et finalement sa manière d’être. La distance géographique vient séparer physiquement les générations. La plupart des enfants ont quitté le foyer parental pour fonder leur propre famille.
Entrer dans la grand-parentalité, c’est avancer d’une place dans l’ordre des générations. La naissance des petits-enfants entraîne un glissement de statut dans la lignée. Le rôle du grand-parent ne peut se développer qu’en fonction du rôle complémentaire en face de lui : celui de parent.

N.C. : Comment devient-on grand-parent ?

A. S. : On devient grand-parent au nom des grands-parents que l’on a eus dans la continuité ou dans la réparation ; par l’interpellation que vos propres enfants vous font quand ils deviennent parents ; par la parole et le désir des petits-enfants. Ils donnent à chacun la qualité de leur relation. On sait l’importance du lien affectif construit dès la petite enfance, régulièrement et pendant les vacances mais aussi quand ils sont ados et même jeunes adultes. Quand on demande à des ados les mots qui définissent le plus souvent cette relation, nous entendons : respect, conseil, expérience, patience, soutien, aide, complicité, protection, bienveillance, sagesse, sécurité, référence, confidence, refuge, etc.

N.C. : Des conflits peuvent émerger à cette étape de la vie. De quel type ? Pour quelles raisons ?

A.S. : C’est le plus souvent un conflit entre deux personnes plutôt qu’entre deux couples. Cela signifie qu’il y a parfois un contentieux, un conflit plus profond qui peut rejaillir à cette occasion. Ces conflits concernent le plus souvent l’implication des grands-parents sur le fonctionnement du couple ou dans la procédure de divorce des parents (attestations) ou de remariage de ceux-ci. Ils tournent autour de l’éducation des enfants (ingérence des grands parents dans les décisions parentales concernant l’éducation ou les habitudes de vie). Pourquoi ? Parce que les liens existant entre les parents et les grands-parents sont établis alors non pas sur un mode égalitaire d’adulte à adulte mais bien dans un rapport d’autorité de parents, maintenant alors les parents en situation d’enfants. La difficulté pour les grands-parents est de se distancer de leurs enfants pour les laisser prendre leurs propres décisions et faire leurs propres expériences. Il est difficile de ne pas succomber à cette tentation de dire aux parents quoi faire et comment faire, de ne pas se poser en spécialistes. Pourtant, qu’ils soient mariés, séparés ou divorcés, ce sont les parents qui ont l’exercice conjoint de l’autorité parentale et les grands-parents doivent avoir une position « seconde ».
Des conflits peuvent naître autour de l’investissement des grands-parents. Dans les deux sens : peu d’investissement ou surinvestissement.

N.C. : comment sortir de ces tensions ?

A.S. : Tout est une question de place, de bonne place, de juste place. Amorcer le dialogue demande aussi à chacun de se remettre en question, en essayant d’imaginer que l’autre a des raisons de ne pas être exactement comme on le voudrait. Dialoguer, garder la bonne place, renouer le lien, c’est ce que va aussi permettre la médiation familiale.
Le statut de grand-parent est fait de douceur et de fermeté, de crainte et de tendresse, de respect, de proximité, de simplicité, de complicité et d’autorité mais d’une autorité affective, c’est-à-dire d’une autorité dont on n’a pas besoin lorsque l’on fait autorité. Trouver le ton juste, ni trop ni trop peu, être présent, soutenir mais sans gêner, faire mais sans usurper le rôle des parents, disponible sans être pesant, répondre à des demandes de conseils mais sans juger.
En restant « à distance et à leur place », sans disqualifier les parents, les grands-parents, symbole vivant de la continuité de la lignée qui se perpétue, pourront alors « cultiver » avec leurs petits-enfants des liens particulièrement riches et harmonieux ; ils seront des confidents, des pourvoyeurs d’attention, d’affection, de sécurité, de stabilité, des éducateurs en second. Ils représentent pour l’enfant un des socles sur lesquels il construira sa personnalité.

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