En RDC : former des leaders non tribalistes et non corruptibles

La première promotion de la formation EcoforLeaders

EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO, géant africain de plus de 100 millions d’habitants, les focolari animent des œuvres pour toutes les générations. Et les communautés sont toujours prêtes pour aider en cas de coup dur imprévu, comme lors d’une récente éruption volcanique.

Savez-vous quel est le plus grand pays francophone du monde ? Il s’agit de la République démocratique du Congo, souvent abrégée par l’acronyme RDC, avec 105 millions d’habitants. Ancienne colonie belge, indépendant en 1960, le pays a été appelé Zaïre de 1971 à 1997. Ébranlé par la tragédie vécue par le voisin rwandais, le pays connaît une instabilité politique depuis de nombreuses années, ce qui ne facilite pas un développement économique harmonieux. Les richesses du sous-sol ne profitent guère à la population qui vit principalement de l’agriculture. Comme souvent, la misère des campagnes a fait grossir les agglomérations. La capitale Kinshasa compterait 17 millions d’habitants et plusieurs métropoles dépassent le million. Président depuis 2019, Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir après avoir passé une alliance avec son puissant prédécesseur Joseph Kabila, avant de rompre avec lui l’année suivante.

La coopération et l’assistance humanitaire sont toujours grandement nécessaires au pays. Dans ce pays majoritairement chrétien (55 % de catholiques, 40 % de protestants), il n’est guère étonnant que les Focolari soient présents depuis les années suivant l’Indépendance en 1960. Des missionnaires, prêtres, religieux et religieuses, ont parcouru le pays. Dans les années 1970, des focolarini venus de Belgique et d’Italie ont fait de fréquents voyages et animé des écoles de formation, des Mariapolis, des rencontres pour les familles et des congrès pour les jeunes. Le premier focolare (féminin) du pays s’est ouvert en 1991 à Kinshasa. Le pays en compte désormais quatre (dont un seul masculin dans la capitale) et une famille fait rayonner le mouvement à Kikwit. À Kinshasa, une équipe de Gen 3 très dynamique, va fréquemment au contact des enfants des rues.

« Notre première activité restera toujours la diffusion de la Parole de Vie, explique Damien Kasereka, responsable des focolarino. Celle-ci pénètre dans le cœur des membres du Mouvement et de leurs proches, et augmente notre attention aux pauvres. C’est bien de cette sensibilité nouvelle que sont nées nos œuvres sociales. Nous croyons que quand une personne est liée à la vie de la Parole, elle fait des miracles là où elle est, du fait de son attention à la société et à l’homme. » Il s’avère impossible de citer toutes les activités sociales nées à l’initiative du Mouvement. La plus célèbre est sans doute « Petite flamme », lancée en réponse à trois besoins majeurs des enfants du pays : le soin, l’éducation et une nutrition saine. Dans un quartier de la capitale, deux classes de maternelle ont été ouvertes en 1996 pour les enfants des familles d’un camp militaire tout proche. Rapidement, il apparaît nécessaire de fournir un repas par jour et des soins médicaux. « Nous avons aussi conçu une “école de récupération”, pour ceux qui sortent du système scolaire ordinaire, raconte Damien. Ils peuvent rattraper le retard et accéder au Certificat d’études primaire, porte des études secondaires. » L’expérience s’étend désormais dans des zones rurales. « Petites flammes », qui soutient 2 000 enfants cette année et en a accueilli plus de 60 000 en un quart de siècle, est soutenue par différents ONG et surtout par le programme de parrainage des Familles Nouvelles.

Les focolari congolais ne s’intéressent pas qu’aux jeunes. En 2016, est née la branche congolaise du Mouvement politique pour l’unité, dont le projet phare est « l’École de haute formation des Leaders de communion », communément appelé Ecoforleaders. « Nous ne voulons pas rester dans les théories, justifie le focolarino. Pour changer la société, il faut lui donner une âme. En RDC, les élites sont bien instruites, mais nous avons voulu les former au leadership de l’unité, pour leur inculquer des valeurs, comme l’attention aux autres ou les dangers de la corruption. Nous avons ciblé des travailleurs déjà en responsabilité pour que cela change vite. Ensuite, nous irons dans les écoles pour toucher les petits leaders. » Cette année, la quatrième promotion prépare un Master en leadership de l’unité, en coopération notamment avec l’université Sophia. L’objectif se révèle ambitieux : « D’ici dix ans, offrir au Congo, à l’Afrique et à l’ONU, au moins 1 000 cadres rassembleurs, non tribalistes et non
corruptibles. »

Dans l’ouest du pays à Goma, la communauté est très active autour du focolare. Originaire de la ville, Sœur Deodata, religieuse ursuline et interne des focolari, a créé une structure d’alphabétisation des adultes, Alpha Ujuvi. « Des membres des focolari y sont impliqués. Le Mouvement gère aussi à Goma une maison pour des filles victimes d’abus sexuels. » On peut ajouter qu’une institution proposant des microcrédits est en train de voir le jour. « Au-delà de ces programmes, dit la religieuse, nous

D’ici dix ans, nous voulons offrir au Congo, à l’Afrique et à l’ONU, au moins 1 000 cadres rassembleurs, non tribalistes et non corruptibles.

vivons le moment présent, en pensant aux gens qui souffrent. » Ainsi pendant l’éruption en mai du volcan Nyiragongo qui a détruit des quartiers dans les alentours de Goma et fait craindre le pire pour une ville de 600 000 habitants, les focolari n’ont pas ménagé leur peine. « Nous avons recueilli une cinquantaine d’enfants séparés de leurs parents dans la panique des évacuations. Puis nous avons lancé une collecte de vivres et d’habits pour ceux qui ont tout perdu. La communauté des focolari de Goma s’est cotisée et a réuni de l’argent pour leur fournir de l’eau. Nous avons rempli des bidons et les avons distribués aux populations », raconte Sœur Deodata. Inventivité et disponibilité sont les maîtres mots des centaines de Congolais touchés par le message d’unité de “ Maman Chiara ”. »

Philippe CLANCHÉ

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