De l’Albanie à Vichy, la belle histoire de la famille Ndoj

La famille Ndoj

De l’Albanie à Vichy, la belle histoire de la famille Ndoj. APRÈS QUATRE ANNÉES ÉPROUVANTES, Albert, Angelina et leurs enfants ont enfin le droit de vivre
et de travailler en France. Leur générosité, leur foi et la mobilisation de nombreux membres des Focolari
partout en France ont permis cette intégration.

En juillet 2017, la famille Ndoj, Albert, Adelina et leurs deux enfants Fortunato (11 ans à l’époque) et Miryam (6 ans), ont quitté leur pays, l’Albanie. Fils d’un opposant au pouvoir en place qui a connu la prison, Albert avait pris position contre la corruption et vivait depuis sous la menace. « Nous sommes partis sans rien dire, après une fête avec les amis des focolari. Dans nos bagages, nous avions un livre de Chiara », raconte Albert. Depuis plusieurs années déjà, la famille était en lien étroit avec le Mouvement, Albert ayant participé au GenFest 1995 à Rome.

Leur périple commence en Croatie et passe par l’Italie. « La Providence nous a accompagnés. De Trieste, nous voulions nous rendre à Milan, où se trouvait le frère d’Adelina, raconte Albert. Il n’y avait plus de place dans le bus. Une famille qui avait réservé quatre places ne s’est finalement pas présentée et nous avons pu partir. » Le 6 juillet, la famille atteint son objectif : la France. « Nous avions toujours l’idée de nous y installer. Mon père est francophile. Mais parler le français lui était interdit. »

À Paris, ils sont accueillis quelques jours chez un ami. Ils apprennent qu’un responsable des focolari albanais a contacté un confrère français à leur sujet. Albert appelle Marco Riva, du focolare de Châtillon, qui attendait son message. Et le quatuor part y poser ses valises. « Dans un focolare, il y a toujours de la place pour tout le monde, assure Albert. Nous avons été accueillis comme dans une famille. » Les Ndoj passent 40 jours en banlieue parisienne et lancent la démarche de demande d’asile au titre de réfugiés politiques. Après le séjour parisien, ils sont invités par un volontaire du Mouvement à s’installer en Vendée. « On s’y trouvait très bien, raconte Albert. Les enfants ont pu aller à l’école et tout le monde a commencé à apprendre le français. » « Tous les focolari de la région sont venus nous voir », se souvient Adelina. En octobre 2017, la famille est obligée de traverser le pays, direction Vichy (Allier).

Les Ndoj sont d’abord hébergés au CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) de la ville. Très vite, ils intègrent la vie catholique locale. Les enfants suivent le catéchisme et Fortunato sert la messe. Un temps accueillie dans une communauté de religieuses, la famille a pu trouver un logement satisfaisant dans un local paroissial. Dans l’Allier, les quatre voyageurs qui améliorent sans cesse leur maîtrise du français sont très vite épaulés. Ainsi, Marie-Hélène, membre des Focolari, intègre les enfants au conservatoire dans lequel elle enseigne. Fortunato, apprenti chanteur et guitariste, s’est déjà produit à l’opéra de Vichy. « Marie-Hélène a toujours été à nos côtés pour toutes les démarches. Elle nous a fait connaître beaucoup de personnes », dit Albert, plein de reconnaissance pour elle et tant d’autres focolari. « Ils se sont rapidement fait des amis partout, précise Marie-Hélène. Et ils ont vu qu’il n’y avait pas que la communauté chrétienne pour les aider. »

Nous sommes partis pour la France chercher la liberté et l’égalité. Et nous avons trouvé la fraternité.

Installée pour une longue période, la famille a pu enfin se poser et penser à l’avenir. Mais sans ressource. Albert travaillait en Albanie dans les télécommunications et enseignait l’informatique. Adelina était professeur de biologie. Mais il leur est impossible de travailler sans titre de séjour. « Nous sommes venus en France pour oublier le monde de l’irrégularité », affirme-t-il, repoussant l’idée de travail non déclaré. Mais rien n’interdit le bénévolat et Albert a multiplié les activités, surtout pendant le confinement, œuvrant notamment pour la Croix-Rouge ou les Restos du cœur et donnant des cours de russe et d’italien. Très à l’aise devant un appareil en panne, Albert est invité à rejoindre une association qui fournit et répare des ordinateurs pour les donner à des personnes défavorisées.

Cette intégration réussie – Fortunato et Miryam figurent parmi les meilleurs éléments de leurs classes – n’a pas pour autant balayé les obstacles administratifs. Et le couple a traversé bien des tempêtes. Adelina évoque une « crise spirituelle », survenue après une énième réponse négative pour le permis de séjour. « Alors que je multipliais les prières, Jésus ne nous donnait pas les papiers ! J’ai pleuré, j’étais très mal. J’ai eu envie de repartir au pays, avec ou sans Albert et les enfants. » Juliette,  focolarine de Nantes, fait alors le voyage à Vichy pour parler avec Adelina. Laquelle reprend espoir et décide de rester.

Les bonnes nouvelles vont finir par arriver en 2021. En janvier, Albert, surnommé par la presse « le réfugié au grand cœur », est proposé pour le titre de « Bourbonnais de l’année » par la Semaine de l’Allier. « Tout le monde les connaît. Même à la préfecture », en sourit Marie-Hélène. Grâce à l’obstination de leurs amis et à la multiplication de courriers favorables, le récépissé annonçant la carte de séjour tant attendue arrive enfin le 11 juin. Une délivrance célébrée lors d’une grande fête avec tous les amis du Mouvement, en présence de Mgr Marc Beaumont. Adelina et Albert avaient déjà des promesses d’embauche. Depuis juillet, elle est serveuse dans un restaurant italien. Tous les deux ne cessent de remercier tous ceux qui les ont soutenus. « Nous avons trouvé ici une famille beaucoup plus grande que la nôtre. Nous sommes partis pour la France chercher la liberté et l’égalité. Et nous avons trouvé la fraternité. »

Lors de la Mariapolis de Ressins, le témoignage d’Albert, Adelina et Marie-Hélène a ému l’assistance. C’est Marie-Hélène qui résume le mieux ce parcours exemplaire, vécu avec tant de focolari de France : « Ils essaient de vivre selon Chiara, faisant l’unité autour d’eux. »

Philippe CLANCHÉ

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