Climat. L’espoir est un mot d’action

Climat. L'espoir est un mot d'action

LA MILITANTE CLIMATIQUE IRLANDAISE LORNA GOLD a accordé une longue interview à Josep Bofill pour Ciutat Nova (édition catalane de Nouvelle Cité). Ses sujets de prédilection développés dans son ouvrage Génération Climat résonnent fortement suite à la pandémie et ses conséquences. Climat, l’espoir est un mot d’action. Extraits.

Josep BOFILL : Vous vous définissez comme une activiste du climat, mère et auteure. Ces trois dimensions font-elles  partie d’une seule et même cause ?
Lorna GOLD : Selon moi, il s’agit de dimensions différentes d’une même réalité : agir afin d’assurer un avenir sûr à mes enfants et à tous les enfants vivant sur cette planète. Peut-être précisément maintenant, en pleine pandémie de Covid-19, suis-je davantage mère qu’activiste et auteure. L’activisme peut prendre de multiples  formes, notamment dans les petites actions que nous menons au quotidien pour préserver la planète. De plus, en tant que parent, j’ai conscience du fait que mes  enfants apprennent davantage de mes actes que de mes paroles. Éveiller les enfants à cet amour de la nature est sans doute la forme d’activisme la plus importante à  laquelle tout parent peut prendre part.

J. B. : Au début de la crise du Covid-19, nous évoquions les leçons qu’elle nous donnait. Or, à présent, on peut penser que nous n’avons pas  approfondi certains enseignements ou que nous les avons oubliés… Comment voyez-vous la situation, notamment en Europe ?
L. G. : Je continue de penser que nous avons la possibilité d’apprendre de la crise du Covid-19 et de changer nos habitudes. Cette crise nous donne aujourd’hui des leçons fondamentales, en particulier sur le plan économique. Nous pouvons diminuer notre impact environnemental et réduire nos émissions de gaz à effet de serre si  nous le voulons bien ; et, en effet, elles ont diminué de 17 % lors de la pandémie, ce qui représente la baisse la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale.  Elle nous a également enseigné qu’une bonne part de nos émissions et de notre impact environnemental proviennent de l’économie qui produit des biens « non  essentiels », facteurs de gaspillage. En réalité, lors du confinement, dans toute l’Europe les gens ont su se débrouiller et s’habituer à posséder moins de ces biens non

Je ne suis pas optimiste ; en revanche, j’ai de l’espoir.

essentiels. Cette capacité à s’adapter rapidement, à se reconnecter aux personnes localement et à construire des communautés plus résilientes me remplit d’espoir.

J. B. : Avec le mouvement Génération Climat, vous nous invitez de toute urgence à « changer radicalement l’organisation de la société ». Par où  commencer ?
L. G. : J’ai écrit Génération Climat (Éd. Nouvelle Cité) parce que je souhaitais réfléchir à ce que je pourrais faire personnellement pour combattre la crise climatique et  partager mes idées avec d’autres. Je pense que chacun d’entre nous peut faire trois choses. D’abord, nous avons tous la possibilité de nous reconnecter davantage  avec la nature et de cultiver une profonde gratitude pour le cadeau que représente la vie sur terre. C’est le fondement de tout. Si nous plaçons au cœur de nos vies cet amour de la nature, ce désir de prendre soin de la terre et de la préserver, alors, nous faisons le premier pas vers un changement radical. La deuxième étape devient  quelque chose de naturel : changer notre mode de vie, en accord avec ce désir de protéger et de préserver. Il est aujourd’hui normal de moins consommer, de recycler  davantage et de moins gaspiller. La troisième étape consiste à nous connecter aux autres. Dans notre monde interconnecté, nous pouvons nous engager en ligne et  hors ligne avec de nombreuses autres personnes qui sont déjà en train de transformer la société.

J. B. : Vous affirmez ne pas être optimiste, mais pleine d’espoir. Qu’entendez-vous par là ?
L. G. : Parfois, on me demande comment je parviens à rester optimiste alors que tant de signes laissent présager un avenir sombre. Je dis souvent que je ne suis pas  optimiste ; en revanche, j’ai de l’espoir. Il est lié à la foi, à la conviction solidement ancrée qu’au-delà de toute chose, l’amour est présent. L’espérance est un mot  d’action, un acte intentionnel que l’on peut construire avec les autres. Lorsque nous partageons ensemble une certaine vision de l’avenir, que nous menons une action  qui habite cet avenir, nous construisons l’espérance et nous en éprouvons de la joie. Nous demandons aux jeunes d’être des visionnaires, or leurs actions ont un plus  grand impact lorsque d’autres générations les rejoignent. J’étais vraiment préoccupée à l’idée que les anciens attendaient que les jeunes résolvent eux-mêmes la crise  alors que les moyens d’y parvenir sont entre nos mains. Je suis pleine d’espoir et très fière lorsque nous nous unissons, grands-parents, parents, adolescents et  enfants, pour appeler ensemble au changement. C’est extraordinairement puissant. En outre, dès que

C’est lorsque l’environnement est détruit que les pauvres souffrent le plus.

ces personnes plus âgées utilisent leur pouvoir dans les urnes, à la banque ou au supermarché, les choses commencent réellement à bouger.

J. B. : Vous êtes très engagée au sein du Mouvement catholique mondial pour le climat, qui souhaite donner forme à Laudato sí. Cinq ans après la  publication de cette encyclique, quels effets positifs avez-vous perçus ?
L. G. : Il s’agit vraiment de l’une des histoires les plus inspirantes de l’Église d’aujourd’hui. Souvent, et plus particulièrement en Europe, on peut avoir l’impression que  l’Église est moribonde ou, du moins, qu’elle vieillit très vite. Or, ce magnifique nouveau mouvement a donné de l’énergie aux générations nouvelles et anciennes, et a  débouché sur des engagements à rendre l’Église plus verte. L’une des choses qui m’ont le plus frappée ces dernières années, ce sont les nombreux engagements des  conférences épiscopales et des ordres religieux à investir ailleurs que dans les énergies fossiles. C’est une étape fondamentale, et il faut espérer que la banque du  Vatican leur emboîtera bientôt le pas en prenant la décision de ne plus placer ses ressources dans cette industrie polluante. Le travail accompli par le Mouvement  catholique mondial pour le climat, qui vise à former les populations locales à Laudato sí, s’est révélé très stimulant. Plus de 5 000 personnes à travers le monde sont  aujourd’hui devenues des « animateurs de Laudato sí » au sein de leur environnement proche.

J. B. : Selon le Pape, il existe un lien étroit entre le cri de la terre et le cri des pauvres. Que signifie « entendre ces deux cris » ?
L. G. : Le Pape attire l’attention sur le fait que les plus graves crises auxquelles nous faisons aujourd’hui face ont toutes la même origine, à savoir, notre égoïsme et  notre absence de relations avec les autres comme avec la planète. Surmonter ces crises suppose que nous devons ouvrir nos cœurs à la fois aux personnes vivant dans la pauvreté ET à l’environnement. Par le passé, souvent l’un ou l’autre choix a été fait : soit s’occuper des pauvres et détruire l’environnement, soit l’inverse. Or, le  Pape affirme sans ambiguïté qu’il s’agit d’un choix erroné. C’est lorsque l’environnement est détruit que les pauvres souffrent le plus. Le changement climatique en  constitue l’exemple le plus éloquent : alors que les personnes victimes de la pauvreté n’ont rien fait pour le provoquer, elles sont les premières à en subir les  conséquences et les moins bien préparées pour y faire face. En outre, étant donné les inégalités criantes dans le monde, le devoir de rendre notre économie plus verte  ou de changer nos modes de vie doit reposer résolument entre les mains de ceux qui en ont davantage la capacité. Il est impossible et totalement injuste de  demander à une personne qui vit en dessous du seuil de pauvreté de renoncer à se nourrir pour sauver la planète.

J. B. : Vous affirmez que nous avons besoin d’un changement de paradigme. En percevez-vous déjà les signes ?
L. G. : Oui, partout… et je pense que le coronavirus nous a grandement aidés en ce sens. Les économistes nous ont toujours enseigné, par exemple, qu’il n’existait  aucune alternative à l’économie de marché. Si nous avions laissé les marchés combattre la pandémie, nous n’aurions pas réussi à infléchir la courbe de contagion. Il a  fallu adopter une logique différente, fondée sur l’action collective en faveur du bien commun, pour faire baisser cette courbe. Ce sont ces liens communautaires, cette  solidarité mutuelle, le partage, la bienveillance, l’estime et même l’héroïsme, qui ont aidé les personnes à vivre la situation du confinement. Le fait que certains autres  humains aient été si manifestement bien préparés à risquer leur vie pour venir en aide aux autres constitue le cœur de ce changement. Cela nous a reconnectés à ce  que nous portons de meilleur au fond de nous-mêmes. Si ces liens ont existé de tout temps, la pandémie a révélé des vérités bien plus profondes sur ce que signifie  être humain aujourd’hui.

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