C’est sympa d’avoir fait confiance

Avec le recul et la sincérité qu’autorisent des liens d’affection solides, Jeannette et Jean-Louis et leur fils Antoine reviennent sur une période chahutée de leur vie familiale où tout aurait pu basculer.

Dialogue en vérité autour d’un café. « Le meilleur allié, c’est le temps. Le temps de réfléchir à un échec d’orientation, le temps que le tumulte de l’adolescence se passe, le temps de construire sa personnalité », analyse Antoine. « Et des deux côtés ! » complète son père en expliquant : « il faut du temps pour se comprendre, pour comprendre l’autre et pour comprendre ses propres réactions. Du temps aussi pour retrouver une complicité sur d’autres choses. »

Qu’est-ce qu’on va faire de ce petit ?

Comme dans de nombreuses familles dans lesquelles un des enfants sort quelque peu du cadre, s’est posée un jour la question un peu angoissante : « Qu’est-ce qu’on va faire de ce petit ? » Et, comme souvent, des difficultés scolaires ont été sources de tensions. Ayant fini sa troisième générale dans le privé, Antoine a été orienté sans motivation vers une seconde technique dans un lycée public. Changement radical d’univers. Ce mordu de batterie s’est alors retrouvé avec la musique comme unique centre d’intérêt et « des copains pour s’éclater ». Grâce à son groupe de punk hardcore « judge ak 47 », il a en parallèle trouvé d’autres référents adultes extérieurs à la famille, « d’autres façons de penser ». « J’avais, raconte-t-il, 17 ans mais mes potes musiciens la trentaine. Ils me disaient : “Antoine, passe ton Bac, ne fais pas les mêmes conneries que nous.” J’ai tout de suite été protégé, canalisé. J’ai appris avec notre groupe le sens de l’engagement. Du reste je n’ai jamais fait l’école buissonnière ni séché les cours. Et même si nous avons fait des trucs de fou, je ne me suis jamais mis en danger. » Le tout évoqué avec beaucoup de tendresse dans la voix en songeant aux souvenirs de cette époque si « cool ».

Des compétences humaines hors scolaires

Et les parents dans tout ça ? Face à un fils au look non conventionnel (crâne rasé avec une petite tresse) qui passait quasiment trente heures de sa semaine à répéter (par chance dans une salle en bas de la rue), partait régulièrement en concerts, buvait et se couchait presque à l’aube, il a fallu composer, patienter, prendre sur soi et surtout adopter une attitude commune au sein du couple. « Je faisais des efforts pour l’aimer tel qu’il était mais ça bouillait intérieurement. Le dialogue entre nous était un peu “hard” », reconnaît Jean-Louis. À tel point qu’est venue la tentation de lui demander de quitter la maison. « C’est la dernière chose à faire car après la relation est rompue. Je connais plein de parents qui s’en sont mordu les doigts. Aujourd’hui, je dis aux mamans qui ont les mêmes problèmes : il ne faut jamais désespérer mais il ne faut rien lâcher », déclare Jeannette. Un beau matin, elle a décidé de mener son enquête auprès de ses frères et sœurs, ses professeurs, pour lister toutes les capacités humaines de son fils, celles « qui ne sont jamais marquées sur un bulletin scolaire » : le sens du service, le côté boute-en-train, la vigilance à tout ce qui pourrait manquer dans les placards, l’attention aux plus fragiles, la compassion, la fidélité en amitié. Toutes qualités qu’avait détectées une enseignante qui leur a conseillé d’orienter Antoine vers le social, et surtout son professeur de batterie du conservatoire qui voyait en lui « un fils merveilleux, le fils dont j’ai toujours rêvé ». « En tant que mère de famille », Jeannette a donc tenu tête à la professeur principale d’Antoine qui leur demandait de lui interdire la batterie. « Coincé entre deux sœurs brillantes scolairement, c’est le seul domaine dans lequel il s’épanouit », a plaidé Jeannette. En plus, la musique fait partie de la culture de la famille. Chacun jouant d’un instrument et la famille se regroupant pour faire orchestre, c’est un facteur d’harmonie.

Chacun a fait un bout de chemin

A partir de ce moment qui aurait donc pu être celui d’une fracture, chacun a fait un bout de chemin. « On ne savait pas trop où tout cela allait nous conduire mais on a fait ce qu’on a pu. On lui a laissé une certaine liberté. Du reste, il vaut mieux ne pas tout savoir. Je garde de ce temps le souvenir d’un apaisement dans les relations. Chacun a fait un pas. Personnellement je me suis mis dans une autre attitude d’accueil », déclare Jean-Louis. « C’est pas mal d’avoir le soutien et l’implication des parents, ça a été plutôt intelligent de votre part et se sentir libre c’était bien », commente Antoine. À la surprise générale, il a alors obtenu son bac en techniques commerciales, réussi haut la main des études d’éducateur, multiplié les expériences (un an à l’association La Maison des Potes dans les cités de la Grande Borne à Grigny dans le cadre d’un service civil au service de la ville, un été au Mali pour y accompagner des jeunes Français des quartiers sensibles…) avant de devenir musicothérapeute pour des adultes handicapés mentaux. Antoine a « toujours plaisir à jouer de la batterie et à créer avec les potes de son adolescence ». À 41 ans, père de famille à son tour, il tente « de vivre à sa manière les valeurs reçues » avec ses deux préados. Ses talents et ses projets suscitent visiblement l’admiration de ses parents. Aveu fait en retour : « c’est aussi ce que vous avez transmis qui fait que je suis celui que je suis. C.’est sympa d’avoir fait confiance. » 

Chantal JOLY

2 Commentaires sur “C’est sympa d’avoir fait confiance

  1. Brigitte P. says:

    un grand merci à Jeannette et Jean-Louis. Sophie se souvient encore d’une Mariapolis au Laus où Jean-Louis l’a aidée à trouver sa place dans le groupe grâce à la musique.
    Bravo pour ce beau témoignage qui nous encourage. Amitiés Brigitte

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