Ce que dit la Bible sur… Le corps

Pierre Debergé

Mgr Pierre Debergé, auteur de Ce que dit la Bible sur… Le corps, nous parle de son livre.

Nouvelle Cité. Après avoir écrit plusieurs ouvrages sur l’argent ou encore l’amour et la sexualité dans la Bible, vous avez choisi de vous intéresser au corps, pourquoi une telle décision ?

Mgr Pierre Debergé. Parce que le corps humain est aujourd’hui l’objet d’attitudes contradictoires et qu’il existe aussi de nombreuses incompréhensions à propos de la manière dont le christianisme le perçoit. Il n’est pas rare en effet d’entendre souvent évoquer le mépris judéo-chrétien du corps humain, ce qui n’a aucun sens. Au même moment, quand on regarde notre société, on observe que le corps est tout autant idolâtré que méprisé, de sorte qu’il ne vaut véritablement que s’il répond à certaines normes ou aux mesures codifiées en matière de taille, de poids, d’apparence, etc. Sans oublier ceux qui, aujourd’hui, nient  le corps biologique au profit du « genre ». Autant de perceptions du corps humain qui sont à l’opposé de ce que la révélation biblique enseigne.

N.C. Quelle a été votre intention pour ce nouvel ouvrage ?

Mgr P.Debergé. En évoquant certains textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, j’ai cherché à mettre en valeur la pertinence et l’actualité de la révélation biblique dans ce qu’elle dit du corps humain, de sa dignité, de sa fragilité, du respect qu’on lui doit, de son avenir aussi, puisqu’au cœur de l’espérance chrétienne figure la foi en la résurrection des corps. J’ai essayé également de montrer comment les textes de l’Ancien Testament ont une perception très unifiée de l’être humain qui est inséparablement corps, esprit et souffle divin. On n’y trouve donc aucun mépris de corps, mais on découvre au contraire que le corps a une place essentielle dans la vie spirituelle. Il suffit d’ailleurs de lire certains psaumes pour se rendre compte qu’on fait alors appel aux mains, au cœur, aux pieds, à la bouche, aux lèvres, à la langue, etc. Car c’est l’être humain tout entier qui prie.  

Dans ce contexte, il n’est pas rare de voir des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament prôner une certaine forme d’ascèse, non pas par mépris du corps, mais au contraire parce qu’on considère que les abus en matière de nourriture ou de boissons vont à l’encontre de la dignité du corps qu’il faut respecter. Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul n’hésite pas d’ailleurs à évoquer le corps humain comme “Temple du Saint-Esprit” ou comme ayant été fait “par le Seigneur et pour le Seigneur”, donc promis à la résurrection, en conséquence de quoi on ne peut pas l’utiliser comme une simple dépouille extérieure, encore moins s’adonner à la débauche qui est un péché contre le corps.  

Vous le voyez, en parcourant la Bible, comme j’ai cherché à le faire, c’est la richesse de la révélation biblique que l’on peut (re)découvrir, et donc aussi une meilleure compréhension de la place de nos corps dans le dessein de Dieu, corps donnés, corps à respecter et à aimer, en même temps que nous respectons celui des autres.

N.C. Vous évoquiez saint Paul mais certains de ses textes ne peuvent-ils pas, au contraire, paraître rudes et sévères vis-à-vis du corps ?

Mgr P.Debergé. Il faut être très attentif aux termes qu’emploie saint Paul et faire attention aux contresens possibles. Lorsqu’il évoque la chair, Paul ne parle pas en effet du corps humain ou de la sexualité, comme on l’entend trop souvent encore, mais de l’être humain qui se construit en dehors de Dieu, qui refuse de se recevoir de lui et qui prétend se suffire à lui seul au risque de s’abandonner à ses penchants mauvais. C’est la raison pour laquelle Paul oppose l’Esprit à la chair, et il évoque alors la vie spirituelle dont on oublie parfois qu’elle est conduite par l’Esprit-Saint qui communique au croyant l’Amour qui vient de Dieu et lui permet d’avancer sur le chemin de la bienveillance, de la concorde, du don de soi et du combat contre le péché.

N.C. Pourquoi le corps est-il si sacré ?

Mgr P.Debergé. Dans les récits de la Création, il n’existe pas de mot pour parler du corps dans le sens où on l’entend aujourd’hui mais plusieurs termes évoquent à la fois la dimension corporelle, la dimension psychique et la dimension spirituelle qui forment un tout. Au même moment, en insistant sur le fait que, “créé à l’image et à la ressemblance de Dieu”, l’être humain est né de Dieu et destiné à vivre avec lui et pour lui, on reconnaît au corps humain une dignité incomparable puisque nous l’avons vu il n’est pas une dépouille mais il est habité par la présence divine et qu’il est ce que nous sommes. Je noterai enfin que l’incarnation du Fils de Dieu fait homme, qui s’est fait chair (Jn 1,14), confirme et accomplit la révélation biblique dans ce qu’elle dit de la dignité du corps humain, du respect qu’on lui doit, et de son avenir promis à la résurrection.

 

Ce que dit la Bible sur.. le Corps, Editions Nouvelle Cité, septembre 2015

 

Un commentaire sur “Ce que dit la Bible sur… Le corps

  1. Maurel says:

    Le livre de Mgr Pierre Debergé est certainement très intéressant. Il est vrai qu’on peut voir dans la Bible beaucoup de passages qui évoquent le caractère sacré du corps et le respect qui lui est dû. Mais je me demande (et je le vérifierai peut-être en achetant son livre) s’il a pensé à la manière dont le corps des enfants est traité dans la Bible. De nombreux proverbes recommandent de battre les enfants (Proverbes, 13,23 ; 19, 18 ; 22, 15 ; 23, 13 ; 23, 14 ; 29, 15 ; et, moins explicites : 6, 23 ; 15, 5 ; 15, 10 ; ou Ecclésiastique, 30, 1 ; 30, 12). Quand on sait les effets de la violence sur les enfants et l’ombre qu’elle porte souvent sur toute leur vie, il y a malheureusement dans ces proverbes de quoi contrebalancer tout les aspects positifs qu’on trouve par ailleurs dans la Bible concernant le corps. Et malheureusement, malgré les paroles de Jésus sur les enfants qui auraient dû amener les chrétiens à changer leur regard sur les enfants, l’Eglise n’a pas modifié la calamiteuse leçon donnée dans ce que nous appelons l’Ancien Testament. Je me permets de recommander à Mgr Debergé la lecture de mon livre Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants (Ed. Encretoile, 2015). Il pourra y voir comment le corps, et à travers lui l’âme des enfants, ont été traités tout au long de l’histoire de l’Eglise.

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