Boom numérique pour la vie associative

Boom numérique pour la vie associative

ZOOM, SKYPE ET TEAMS, les applications numériques, ont permis aussi au monde associatif de fonctionner pendant la pandémie. On a découvert les vertus de la  visioconférence mais aussi ses limites. Mais les réunions « physiques » ne vont pas disparaître pour autant. Un véritable boom numérique pour la vie associative.

Au moins une fois pendant ces semaines troublées, chaque militant associatif a pu vivre sur son ordinateur ou son téléphone une rencontre à laquelle il n’aurait pas  pris part s’il avait dû prendre la voiture, le train ou le métro. Longue est la liste des vertus de la cyber-réunion : la suppression des transports engendre des gains de  temps et d’argent, les personnes éloignées géographiquement ou à mobilité réduite peuvent enfin participer, de leur bureau, leur domicile ou leur résidence  secondaire… « Cet usage obligatoire pendant le confinement a poussé les gens à se former rapidement », ajoute David Douyère, professeur de sciences de  l’information et de la communication à l’université de Tours.

Chez les Petits Frères des pauvres, on avait eu le nez creux en équipant tout le monde et en habituant salariés et bénévoles à utiliser l’application Teams. « Pendant le  confinement, cet outil nous a sauvés, avoue Isabelle Sénécal, directrice de la communication de l’association.

Il manque le partage émotionnel, qui passe par la voix, les gestes.

Nous avons pu rester en contact avec nos bénévoles, nous voir, et pas seulement nous parler. Les membres des équipes en milieu rural, parfois éloignés, ont apprécié  les réunions via Teams. » La responsable ne cache pas l’opportunité de diminuer les frais de transport de son association, au bénéfice de l’action auprès des  personnes isolées.

« En théorie, c’est formidable. En pratique, pas tout à fait », nuance David Douyère. Car ce nouveau mode d’échange compte son lot de désagréments. Tout le monde  n’étant pas nécessairement bien équipé et bien connecté, les soucis techniques perturbent fréquemment les réunions. « En mars, on avait tous mal aux yeux et au  crâne après des journées de téléréunions », se souvient Isabelle Sénécal. David Douyère pointe aussi des difficultés dans le contenu même de tels rendez-vous. « Comme gérer la prise de parole au-delà de cinq ou six personnes ? En levant la main ? Suivre une réunion devant un écran demande une grande attention et fatigue  rapidement. Après une heure, cela devient difficile. » On peut y voit un bon moyen de gagner en efficacité.

L’enseignant avance une autre hypothèse, qui demandera à être vérifiée par des travaux ultérieurs tant la réalité est inédite et imprévisible. « En visioconférence, notre  capacité à persuader l’autre avec nos idées, à emporter l’adhésion, est plus difficile. Il manque le partage émotionnel, qui passe par la voix, les gestes. Par écran, notre  approche est plus rationnelle. » Enfin, l’absence de contact physique nuit à la convivialité. Les échanges informels à table ou autour d’un verre demeurent nécessaires.  Et donc les rencontres physiques.

C’est avec toutes ces considérations en tête que les dirigeants des Semaines sociales de France ont réfléchi à l’organisation de leur session annuelle, prévue en  novembre 2020. L’idée d’annuler ce rendez-vous d’un millier de personnes à Versailles a été évoquée. Mais le thème de l’événement « Une société à reconstruire.  Engageons-nous » apparaissait trop urgent pour repousser la session. « Nous avons pris l’option de tout proposer en visioconférence, explique Dominique Quinio,  présidente de l’association. Nous avons repensé le rythme du programme et nous avons soigné l’aspect technique. Les intervenants seront filmés dans les studios de  KTO. »

Une ligne d’assistance téléphonique est prévue pour les congressistes en difficulté. L’association espère ainsi attirer de nouveaux publics, plus jeunes et pas facilement  disponibles trois jours durant. De plus, les congressistes dépenseront une somme bien moindre que pour les sessions classiques. Les Semaines vont innover en  tentant une proposition hybride entre le distanciel et le présentiel. Certains participants auront la chance de se retrouver en vrai, grâce à la mobilisation de la vingtaine  d’antennes locales du réseau. « Dans certaines grandes villes, explique l’ancienne  irectrice de La Croix, nos militants seront invités dans une salle pour regarder  ensemble les interventions. » Et pour les ateliers thématiques, ils pourront échanger avec leurs voisins de visu, comme au bon vieux temps. Les autres, moins  chanceux, les vivront devant leur écran, avec les outils proposés par la technique.

Aux Semaines sociales, comme dans nombre de réseaux associatifs, on va conserver l’usage des écrans pour les réunions de dirigeants, quand les participants se  connaissent bien. Même

On va faire un mélange entre le présentiel, le distanciel, une formule mixte.

si faire venir des responsables de Toulouse à Paris pour une ou deux heures de réunion paraît discutable, il n’est pas question non plus pour les Petits Frères des  pauvres de passer au « 100 % visio ». « Cela fait du bien de voir en vrai nos proches, nos collègues. Nous devons nous ajuster pour conserver l’aspect utile de ce qui  n’est qu’un outil, trouver le bon curseur. On va faire un mélange entre le présentiel, le distanciel, une formule mixte. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. » Au  Secours catholique, le télétravail demeurait mi-août la règle pour l’ensemble des salariés et bénévoles.

Les contacts en présentiel permettent des temps gratuits, « inutiles » (café, discussions de couloir), dans lesquels la réponse de l’autre nous éclaire, nous surprend. De là peut surgir l’inattendu, qui advient difficilement dans les réunions en visio, collectives et « efficaces ». Aucun écran ne pourra, et c’est heureux, rendre obsolète  l’échange « en vrai ».
Philippe CLANCHÉ

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