À l’école, dire du bien de l’autre

A l'école dire du bien des autres

Que répondre à des élèves confrontés à la mort d’un de leurs camarades ? Une enseignante du public croyante témoigne de son malaise quand la réponse est « laïcité ». Elle est allée plus loin en expérimentant un outil pédagogique pour vivre la fraternité dans sa classe.

Depuis quelques années, je découvre et je comprends, avec le mouvement des Focolari, combien l’art d’aimer peut faire grandir mon couple, ma famille mais aussi ma pratique dans mon travail. Je suis professeur des écoles et j’enseigne depuis plusieurs années dans une école élémentaire publique dans l’agglomération d’une grande ville. L’année dernière, j’avais 25 élèves âgés de 7-8 ans.

J’avais entendu d’autres professeurs des écoles, qui avaient mis en place au sein de leur classe un dé… celui de la fraternité, parler de leurs expériences. Ce désir mûrissait en moi de concrétiser au sein de ma classe, d’une manière ou d’une autre, ce que je découvrais à travers cette spiritualité.

« J’avais l’impression de devoir laisser au portail de l’école une partie de moi. »

Je ne savais trop par où commencer mais les choses se sont faites naturellement, au cours de cette année 2015-2016, une année un peu particulière.  Tout d’abord parce qu’un élève de la classe, âgé de 7 ans, nous a quittés suite à une tumeur au cerveau. Après l’annonce de son décès à mes élèves, beaucoup m’ont demandé : « Où est-il à présent ? Qu’est-ce qu’il y a après la mort ? » Et ce fut difficile pour moi de ne pas avoir le droit de leur partager ma foi dans un milieu qui se veut très « laïque ». J’avais l’impression de devoir laisser au portail de l’école une partie de moi, de ne pas être en unité avec moi-même !

Le décès de cet enfant fut aussi une épreuve pour toute l’équipe enseignante, nous invitant de manière spontanée à partager un peu plus en profondeur. Nous nous entendons bien mais par rapport à l’Église, mes collègues sont soit indifférents soit critiques. Pourtant, pour la première fois, l’occasion se présente de leur partager que je suis croyante. J’ai senti un respect par rapport à ce que je suis et à ce que je crois. Ce fut pour moi un vrai cadeau. Et plus que jamais ; ce désir de vivre quelque chose de ce trésor au sein de ma classe mais aussi de l’école grandissait.

En parallèle à cet événement, nous avions également eu des directives au niveau de l’Éducation nationale nous demandant de mettre en place un projet autour de la laïcité, chère à notre hiérarchie ! Personnellement, ces directives ne me parlaient pas beaucoup… à moins d’aborder ce projet davantage sous l’angle du respect de l’autre dans ses différences.
J’ose proposer de remplacer le mot « laïcité » par « fraternité » et mes collègues me suivent. Nous nous concertons pour mettre en place différentes actions au sein de l’école.

L’idée du dé de la fraternité (que je ruminais en moi depuis plusieurs mois) est alors proposée et retenue pour les 4 classes de CP et CE1. Avec des maximes pour « fabriquer de la paix » telles que :
– je fais le premier pas ;
– j’essaie de rendre des petits services ;
– j’essaie de comprendre ce qu’il y a dans le cœur de l’autre.
Le dé est à présent bien là, mais il faut maintenant le mettre en pratique et je perçois bien que l’unité entre moi et mes élèves mais également entre eux, doit se fortifier.

Un matin, après la récréation, une élève revient en pleurs. Un garçon de la classe vient de lui dire qu’elle est moche. Je vois dans les larmes de Lola combien cette remarque l’affecte. Je prends alors le temps de revenir en classe sur cet incident en tentant d’expliquer que certaines paroles font aussi mal que des coups de poing. En discutant ensemble, nous prenons conscience que c’est important de dire, non pas du mal, mais du bien de l’autre. Pour le lendemain, je leur demande comme devoirs de trouver une qualité à leur voisin de table (en sachant que ce n’est pas eux qui choisissent leur place).

Le lendemain, tous y avaient réfléchi : c’était touchant de voir combien ils étaient fiers d’entendre leur qualité et heureux de dire celle de leur voisin. Après que tous se sont exprimés, ils me demandent de leur dire leurs qualités. Je leur explique que les qualités sont propres à chacun et que cela prendrait beaucoup de temps. Ma séance en grammaire est déjà bien grignotée ; nous n’avons plus beaucoup de temps… mais ils insistent ! Je réalise que c’est important pour eux.

Alors je m’engage, chaque jour, à dire les qualités d’un des enfants. De mon côté, cela me permet de voir ce qu’il y a de beau en chacun. Et eux attendent avec impatience ce moment où je dis du bien d’eux. Certains parents m’ont rapporté que leur enfant avait proposé de dire les qualités des uns et des autres au cours du repas familial.

Finalement, nous avons décidé ensemble de rajouter sur l’une des faces de notre dé « dire du bien de l’autre ». Seulement quelques semaines après le lancement du dé de la fraternité, je vois déjà des fruits. Par exemple, plusieurs élèves ont spontanément proposé d’écrire les devoirs de ceux qui étaient plus lents pour qu’ils puissent terminer leur travail. Une élève vient me voir et me dit : « J’aime bien rendre service. »

Il me semble que mon rôle est simplement de voir tous ces petits trésors qu’il y a en eux, ces petits  « actes d’amour » dont ils sont capables et de les mettre en lumière.

Dieu n’était pas dans le tremblement de terre. Dieu n’était pas dans le feu. Dieu répond à Élie dans « la voix du silence », dans un murmure doux et léger.

Ce qui est sûr, c’est que je suis heureuse d’être avec mes élèves. Leur apprendre des savoirs mais aussi leur apprendre à être, à construire l’unité, voilà mon beau métier !

Alice

Pour en savoir plus sur le dé de la fraternité lancé par l’association Fratern’Aide : www.fraternaide.fr

4 Commentaires sur “À l’école, dire du bien de l’autre

  1. BOURGES Edmond says:

    BRAVO…
    Être SOI…devant nos classes car c’est LUI qui transparaît à l’autre en attitude, en paroles…la petite voix me souffle souvent ce que je dois dire, ce que je dois faire pour procurer le bien être à l’autre ….et ainsi se construit l’UNITE, la FRATERNITÉ …
    Le moment semblait bien choisi pour vous lancer à lancer le dé d l’UNITE …
    Merci Alice.

    Je vous propose d vous procurer le DVD d Pierre BENOIT qui a bcp travaillé le mm sujet en collège…une merveille à utiliser…
    Vous m’en direz des nouvelles…
    Bien fraternellement à vous.
    Ed

  2. Yves Froissart says:

    Merci Alice,

    ton expérience rejoint, en commençant par l’école, toute la vie publique aujourd’hui, celle de la plupart des associations qui se consacrent au bien commun et qui bénéficient d’aides publiques, des collectivités, des administrations… vivre en milieu laïque, vivre notre foi dans ce contexte, y apporter ce que notre foi nous fait vivre, transmettre cette foi, voilà le défi aujourd’hui porté à toutes les religions. Cela fait peur à beaucoup qui y perdent la foi ou qui s’isolent. L’institutrice Chiara Lubich nous enseigne une voie efficace pour y parvenir, non seulement à nous chrétiens, mais à tous!…

    cordialement,

    Yves

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