À Haïti, des personnes debout

À Haïti, des personnes debout - revue Nouvelle Cité mai-juin 2017

Haïti, la « Perle des caraïbes » porte encore les stigmates du tremblement de terre de janvier 2010 puis de l’ouragan Matthew qui a emporté en octobre 2016 des vies humaines, des milliers de têtes de bétail, des plantations. Très éprouvés, ses habitants continuent de faire face, de prier, d’être solidaires.

La pauvreté n’est pas d’abord ce qui frappe pour celui qui va à la rencontre des habitants d’Haïti, cette île des Grandes Antilles. Pour notre part, membres des Focolari, nous avons eu la chance de rencontrer des personnes debout, qui respiraient surtout la joie de l’Évangile. Parfois au cœur des situations les plus dramatiques ! Ainsi du père Barato, curé dans l’arrière-pays de Jérémie, une zone montagneuse où, dit-il, aucun prêtre ne voulait aller, car trop isolée. Il a travaillé dur pour trouver des financements et vitaliser sa paroisse en mettant en place écoles et dispensaire. Or, en moins de deux jours, avec des vents à plus de 230 km/h et des pluies torrentielles, le cyclone a détruit les six églises, le presbytère et les écoles… De nombreuses personnes ont perdu la vie. Il a fallu accueillir, réconforter, organiser la survie. Les pluies qui sont tombées presque sans discontinuer pendant un mois ont entraîné des crues, la route a été coupée. Les habitants se sont rassemblés pour faire comme ils pouvaient des travaux de terrassement. Le père Barato nous confie : « Depuis dix ans, les gens boivent le vin de la spiritualité sans le savoir. C’est parce qu’il y a le partage qu’on ne meurt pas de faim. »

C’est parce qu’il y a le partage qu’on ne meurt pas de faim.

Grand a été notre soulagement quand nous l’avons finalement eu au téléphone. Et quelle émotion surtout, quand il nous a écrit : « Marie, en visitant Élisabeth, c’est Jésus qu’elle est allée partager avec sa cousine, c’est-à-dire la Joie […] À chaque fois que vous portez attention à mon égard, partageant ainsi la joie avec moi dans l’unité, vous êtes signes que le Seigneur me visite continuellement là où je suis, en ce coin si difficile. Merci ! »

Partager le peu

Caleb, de Carice, dans la région du Nord-Est d’Haïti , nous raconte : « À cause des grosses pluies, le passage pour traverser la rivière Tenevre n’existe plus. Souvent nous devons passer à pied. » À Mont-Organisé, les cultures de riz ont été dévastées. Beaucoup de bétail a disparu ; or l’agriculture et l’élevage sont la seule source de revenus de la population. Alide, maman de quatre enfants, a accueilli deux autres enfants chez elle : « Ici on n’a pas de trop grands dégâts. Le vent a fait tomber des bananiers et dévasté des jardins. Des bêtes sont mortes, mais au cours de la longue période de pluie, la vie était devenue très chère et les parents n’ont pas pu payer les activités de l’école. Et il y avait beaucoup de maladies. Deux de mes enfants et moi avons attrapé la typhoïde. À deux heures de marche, à Lakweve, une famille a perdu le père d’une maladie subite. La dame a trois enfants. Je lui rends de petites visites. Je partage, de temps en temps, avec elle le peu que ma famille possède, et des chandails pour supporter le froid avec les voisins. »

Wislaine, qui étudie l’agronomie, est un maillon de cette belle chaîne de solidarité : « À l’université, raconte-t-elle, le peu qu’ont certains étudiants ne suffit pas pour manger voire pour acheter des feuillets pour les cours. Je partage ce que j’ai avec les autres : rédiger un devoir, ma chambre, mon sourire, mon pain, un peu de temps pour les écouter. Je le fais avec le cœur ouvert. »

Havre de paix dans le tumulte

Sœur Édith et sa communauté apostolique de Marie Immaculée (de Lyon) ont déménagé il y a deux ans délaissant Carice pour la capitale. Sœur Édith témoigne : « Beaucoup de personnes du Grand Sud d’Haïti ont été obligées de venir à Port-au-Prince. La communauté a compati en partageant des vêtements, de la nourriture et un peu d’argent avec des sinistrés qui ont pu venir jusque chez nous. Le curé de la paroisse, psychologue, est allé sur place avec quinze jeunes psychologues pour aider. Nous avons envoyé de la nourriture et un peu d’argent. Les gens souffrent beaucoup de la famine. Ce qui est bien, c’est que la nature commence à refleurir. Cela donne de l’espérance. Mais il y a besoin de semences (introuvables) pour planter. »

Je veux donner ma vie pour mon peuple.

Les sœurs racontent à quel point le choc est énorme de vivre ici. Leur simplicité est touchante : elles ont le nécessaire, mais ont choisi de vivre très sobrement. Or la vie est chère à Port-au-Prince : les fruits et légumes sont presque inaccessibles. Aussi font-elles la fête en partageant les quelques oranges portées de la République Dominicaine.

Une jeune, présente depuis trois mois pour comprendre si c’est sa vocation, déclare : « J’aime leur vie : elles vivent pauvrement et sont au service des plus pauvres, aussi elles sont en majorité haïtiennes ».

Sœur Marithé et Sainte-Véronique, une postulante, s’occupent d’une petite clinique «  Mère Teresa » qui se résume à une pièce dans une école reconstruite suite au tremblement de terre. Le lieu est petit, mais l’accueil, l’écoute, la vie sont là !

Une jeune, élégante, arrive. Les apparences sont trompeuses, elle a perdu deux jours plus tôt son compagnon et elle est enceinte. Elle ne peut payer ni la consultation ni les médicaments. Sœur Marithé l’écoute. Cette jeune voit le médecin et repart avec ses médicaments.

Sainte-Véronique glisse discrètement dans les mains d’une dame qui repart avec sa petite fille un petit sac de riz.

Le dimanche après-midi, un groupe se retrouve avec sœur Édith pour la pastorale des jeunes. Sans local encore. Le soir, la communauté s’arrête pour prier. Les sœurs trouvent dans la prière la force de continuer et de comprendre quelle doit être leur mission dans cette grande ville désorganisée, grouillante, où les défis sont énormes. Ce havre de paix détonne au milieu du tumulte de la ville. Il nous émeut profondément.

Bernadette BOURJADE et Étienne de VILLEMEUR,
délégués pour Haïti

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