L’épreuve de la coupure

l'épreuve de la coupure

Lucette a 75 ans. Fabio 87. Ils ont 45 ans de mariage, 3 enfants et 7 petits-enfants. Ils se remémorent l’épisode déchirant d’une longue coupure avec leur fille aînée et sa famille.

« Les premières années, tout se passait bien. puis un jour, celui de mon anniversaire en 2003, le mari de ma fille nous a tous traités d’égoïstes, il était énervé, il a pris son livre puis il est parti », raconte Lucette. « ce jour-là, je n’arrivais pas à reconnaître ma fille », se remémore Fabio. « Quand ils sont partis, tout était bien rangé dans les chambres alors que d’habitude ils me laissaient un beau bazar. ça m’a glacé le cœur car ce n’était plus pareil », renchérit sa femme. Elle déroule la suite : « Un mois après, nous sommes allés les voir pour souffler avec eux la première bougie de leur second enfant. Nous sommes arrivés à 11 h 50. À 12 h 10, nous étions dehors, mis à la porte. On tremblait… laissant derrière nous une partie du repas. Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés dans un restaurant pour reprendre nos esprits. Se sont alors ouvertes de longues années de silence. Treize. Les premiers temps, nous avions écrit et envoyé des cadeaux mais comme il n’y avait pas de retour, nous avons arrêté. Ma sœur et mon beau-frère qui habitent à 50 km de chez eux ont continué à les voir, en s’imposant à coups de “on vient manger chez toi demain !” Grâce à eux, nous avons pu renouer des liens. Un jour, mon beau-frère me demande si je souhaite voir les enfants. J’ai compris qu’il voulait me les montrer en photo sur son téléphone portable. Alors j’ai répondu “non”. La proposition était de les voir en vrai ! Par la suite, nous avons su qu’un des enfants avait préparé une lettre pour nous mais qu’il ne l’avait pas envoyée apprenant que nous ne voulions pas les voir. Que de malentendus ! Bien sûr que je voulais les voir ! Alors les petits-enfants sont venus un jour manger chez nous avec mon beau-frère, sa femme, mon fils et ses enfants. » Fabio poursuit : « Une autre fois, notre fille est restée manger avec nous. Aujourd’hui, les tensions ne sont plus là. Notre fille nous a laissé ses enfants quelques jours. Son mari a dit apprécier les soirées en amoureux rendues possibles grâce à ses beaux-parents ! Même s’il ne veut plus nous voir, la porte reste ouverte. »
Que de chemins intérieurs parcourus chez ce couple âgé ! Chez Lucette, surtout depuis qu’elle a rencontré les Focolari lors d’une journée à Mions. « J’ai été touchée qu’on me laisse parler. Je ne me suis pas sentie jugée. En rentrant dans la voiture, j’ai pleuré sur ma fille. Le climat senti là-bas m’avait transformée. Cela m’a aidée à faire mon deuil. » Pour Fabio, « cette coupure avec notre fille nous a fait terriblement souffrir. C’était la défaite totale par rapport à la transmission. On essayait d’aimer, puis rien, pas de retour. Mais je n’ai pas souffert autant et aussi longtemps que ma femme car j’ai été contaminé par l’idéal des Focolari bien avant elle. Dans cette épreuve, je vivais avec Jésus Abandonné, j’essayais d’accepter la situation, de la vivre le plus possible dans la sérénité.
Le couple évoque aussi la merveilleuse relation qu’ils ont avec leurs autres petits-enfants faite de joie, de fraîcheur, de simplicité, de confidences. « Ah, le plaisir du petit déjeuner avec eux ! », évoque Lucette avec un grand sourire aux lèvres. L’ingrédient secret ? Le bon beurre de baratte sur les tartines et d’autres choses qui nous échappent… Fabio ne bloque pas sur le fait que tous ses petits-enfants ne sont pas baptisés. « Parce que ça veut dire quoi être baptisé ? Ça veut dire être immergé dans l’amour de dieu. À chaque fois qu’ils viennent ou qu’on y va, on les immerge dans son amour, donc on les baptise ! » démontre-t-il. Il est surtout très heureux de voir vivre les enfants de ses enfants, il peut mourir en paix.

Propos recueillis par Émilie TÉVANÉ

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