Vivre est un combat de présence à soi-même

Vivre est un combat de présence à soi-même

Professeur de philosophie à la Catho de Paris et de phénoménologie1 à l’institut universitaire Sophia à Loppiano (Italie), Gianluca Falconi est également animateur auprès de jeunes dans le cadre des activités du mouvement des Focolari dans lequel il est engagé.

« Ça, ce sont des choses pour les filles ! » cette remarque d’un jeune, accompagnée du mutisme des garçons, lors d’un débat réclamé par des filles sur le thème du corps et de l’affectivité l’avait interpellé. Tout comme une autre critique entendue le jour suivant : « C’est toujours une femme avec plein d’enfants qui vient nous parler de l’affectivité. » Partant de l’option qu’il n’est « pas possible que le sujet ne les intéresse pas » et que cette réserve n’est pas, pour leur génération, une question de pudeur, Gianluca Falconi a pensé qu’il pouvait s’agir là d’une affaire de vocabulaire. « Des mots de la spiritualité chrétienne comme prudence, humilité, explique-t-il, ou des vertus telles que la compréhension ou la compassion s’adressent peut-être plus à une sensibilité féminine. » Il ajoute : « Alors que des notions comme agir, être concret, force, engagement, rendent mieux compte de la virilité au sens ancien du mot comme centre de la vie masculine. »

C’est la raison pour laquelle, en 2015, il a imaginé un travail en deux séances de deux heures spécifiquement dédié à des garçons, dans le cadre d’une école de formation internationale des Focolari. Deux films ont servi de support : Hitch, expert en séduction, une comédie romantique et deux archétypes de héros des œuvres de Walt Disney : Raiponce et le prince charmant. À chaque fois, une scène était présentée et les jeunes devaient noter leur ressemblance avec les acteurs. Avant que des débats ne s’enchaînent.

Vivre est un combat

Le deuxième socle de la formation était la Bible, à partir du livre d’Anselm Grün, L’identité masculine en question. toute une galerie de personnages mettant en relief des caractéristiques de la masculinité sans cacher leur part d’ombres.

Ont ainsi défilé : Moïse, le chef conscient de sa faiblesse, mais ayant le sens de sa responsabilité et allant de l’avant avec constance, Samson le guerrier qui met sa force au service de son peuple, David le roi qui a tout reçu et rien donné, dont la vie s’amplifie par la dimension de la conquête et qui ne demande conseil à Dieu qu’à partir du moment où il est humilié, et enfin Salomon, le séducteur (700 épouses et 300 concubines, dit la Bible) et l’amant du cantique des cantiques. Il fut également question de personnages plus récents, qui ont dû se confronter à leur réalité et ont agi avec force et courage, comme Martin Luther King ou Gandhi.

Ce fut l’occasion de réfléchir sur l’identité masculine. Ensemble, ils ont découvert que « pour être une personne unifiée, il y a des faiblesses auxquelles nous devons nous confronter », que

« le côté de la lutte et le côté de l’amour doivent s’épanouir ensemble »,

que « le but est d’être soi-même et non formaté par l’extérieur », « qu’il faut distinguer force et violence » ou encore que « celui qui n’a pas de combat ou de conquête à mener, de défi à relever, s’ennuie ».

Gianluca Falconi constate le fait, par exemple, que dans le cinéma hollywoodien d’aujourd’hui « la force est femme ». Des héroïnes comme Katniss dans Hunger Games ou Rey dans Star Wars, Le réveil de la force reflètent « une certaine perte de la notion de virilité » ou du moins mettent en second plan la masculinité qui risque de manifester sa faiblesse. « La perception de la masculinité, commente-t-il, est en train de changer et certains jeunes garçons, dans une société qui offre un cadre plutôt tranquille, ont du mal à comprendre le sens de l’effort, de la force, de l’importance de s’engager. On constate qu’ils sont souvent incapables de donner un sens positif à la dimension du corps et de la force physique. Pourtant, rappelle-t-il

« Il y a un vécu de notre corps qui aide à être fort dans notre esprit ».

Vivre est un combat de présence à soi-même qui s’exprime dans toutes les dimensions de notre humanité. C’est cela, peut-être, ce que la notion de virilité, telle que la Bible nous la présente, peut réveiller en nous. »

Chantal Joly

Retrouvez d’autres articles en feuilletant le dernier numéro de la revue Nouvelle Cité de mai-juin : Vivre au masculin


  1. la phénoménologie est un courant philosophique qui se concentre sur l’étude des phénomènes, de l’expérience vécue et des contenus de conscience

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