Tout le monde a grandi

Tout le monde a grandi

Tout le monde a grandi.

Le 14 mars 2020, nous annoncions à nos quatre enfants le projet que nous avions commencé à mûrir en secret : un tour d’Europe en famille de mars à août 2021. Souvenez-vous, cette soirée-là a été marquée par une nouvelle qui a soudainement bouleversé notre pays : la fermeture de tous les lieux publics et commerces jugés non essentiels. Qu’à cela ne tienne, nous étions à ce

Partir en voyage de cette façon, c’est un vrai temps béni pour la famille.

moment-là trop excités à l’idée de partir pour oser imaginer que l’épidémie serait encore présente au moment de notre départ. Nous avons donc commencé à réfléchir à ce que nous voulions vivre pendant ces cinq mois d’aventure. Au cours d’une séance de brainstorming mémorable, nous avons défini notre fil conducteur. Parmi les idées lancées à la cantonade, nous avions noté que nous voulions découvrir des paysages à couper le souffle, nous régaler de spécialités locales inconnues, vivre des cours d’histoire in situ, nous émerveiller des richesses architecturales ayant traversé les siècles, églises, temples, monuments époustouflants. Puis, nous nous sommes rapidement rendu compte que si nous voulions une aventure unique et exceptionnelle, elle devait s’inscrire dans la rencontre. Nous avons décidé de partager autant que possible le quotidien des habitants des pays que nous traverserions. D’autres mots sont apparus sur notre tableau de papier improvisé : joie, paix, réconfort, entraide, humilité, découvertes. Nous avons inscrit la règle d’or. Et nous avons également écrit en gros : « Que tous soient un ».

À mesure que le temps passait et nous rapprochait du départ, le Covid-19 ne semblait pas se calmer. Toutefois, renoncer à notre projet nous semblait impossible. Tout était lancé : l’école à la maison pendant toute l’année scolaire, la disponibilité d’un an que Carine venait d’obtenir, les six mois de congés sabbatiques de Pierre… Et puis, nous n’avions bougrement pas envie de renoncer, et nous nous disions donc que, de toute façon, « il n’y a jamais de meilleur moment ». Alors, nous avons décidé de poursuivre, conscients que rien ne se passerait comme prévu, que tout serait à « adapter au fur et à mesure ». Et nous avons bien fait !

Nous avons chamboulé le planning, commençant par deux mois en France. Des semaines incroyables, pendant lesquelles nous avons fait des rencontres inattendues, qui nous ont changés. Profondément. Ce furent deux mois de service, où chacun a pu œuvrer dans des lieux très divers : deux semaines à l’évêché d’Autun, cinq semaines au carmel de la Paix de Mazille (près de Taizé), une semaine dans une école qui accueille une soixantaine d’élèves de classe élémentaire « à la ferme », et enfin deux semaines au monastère des sœurs bénédictines de Martigné-Briand. Nous avons bêché, retourné la terre, badigeonné des arbres, ri, joué, géré les animaux (la plus belle expérience pour nos filles restant les 120 brebis et agneaux dont elles avaient la charge) ! Et

Assis à six, près du rivage, nous étions tout sourires.

nous avons prié ! Différemment de ce que nous connaissions. Tout le monde a grandi. Lors d’une messe au Carmel, Timothée a fait sa profession de foi. Un moment que nous n’oublierons jamais !

Partir en voyage de cette façon, c’est un vrai temps béni pour la famille. Le fait d’être parfaitement disponibles les uns pour les autres
nous a incontestablement rapprochés. En vivant plus simplement (sans écrans), nous avons pu être beaucoup plus attentifs les uns aux autres. Nous avons appris à nous réjouir de tout, à être « contents de tout », aussi bien des petites galères que des grandes joies.

Autour de la mi-mai, nous avons franchi la frontière italienne. Les yeux ont pétillé fort ! Et nous avons commencé la grande boucle, qui nous a fait traverser l’Italie du nord au sud, la Sicile, puis la Grèce, la Roumanie et finalement la Croatie. En quittant notre maison, à la mi-mars, nous n’avions que deux étapes calées à l’étranger : Desenzano et Caltanissetta (Sicile). Tout le reste s’est construit au fur et à mesure, à partir des gens que nous rencontrions. L’un connaissait un ami, dont l’arrière-cousine d’une belle-soeur pouvait certainement nous aider. Et de ces rendez-vous sont nées d’autres rencontres. En Roumanie, nous avons campé auprès d’une
famille franco-cachemiri. Nous avons séjourné dans un monastère animé quasi exclusivement par des adultes ayant vécu l’horreur des orphelinats de Ceausescu, et qui tiennent debout aujourd’hui, fièrement, avec tant d’amour à donner et à recevoir, qu’on s’étonne encore d’avoir pu les quitter (mais sûrs de les retrouver bientôt). Nous avons vu d’autres communautés, catholiques, gréco-catholiques, et orthodoxes. Nous avons constaté que l’unité n’est pas toujours voulue, comprise, souhaitée. Mais, nous avons vu le contraire aussi, et qu’il y avait des bataillons de convaincus prêts à changer le monde et les mentalités. Nous avons rencontré un peu partout des hommes et des femmes qui nous ont semblé déjà saints et saintes.

Sur le chemin du retour, nous gardons un souvenir ému de notre bivouac devant le lac de Mont-Cenis, des reflets sur l’eau, et du silence. Assis à six, près du rivage, nous étions tout sourires. Finalement, l’un a rompu le silence : « Eh, à quoi vous pensez là ? » La joie est ce qui domine, et nous nous émerveillions de l’avoir trouvée en des lieux où nous aurions parié notre chemise qu’elle n’y était pas. Et quelqu’un a dit : « Ben moi, je pense au saucisson dans le fond du sac. On casse la croûte, là ? »
Pierre et Carine SAILLY
avec Timothée (13 ans), Alice (11 ans),
Manon (9 ans) et Lucie (7 ans)
Retrouver leur récit de voyage sur leur blog :
www.sailly.online

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