Témoigner de Dieu

Patrice Pagès

Témoigner de Dieu.

Je suis né le même jour que Chiara Lubich, un 22 janvier… mais vingt-deux ans plus tard ! J’ai grandi dans une famille chrétienne de Montauban avec une sœur de six ans mon aînée. À cinq ans, je recevais la première communion après que l’aumônier eut rassuré ma mère, étonnée de mon jeune âge. « Ne vous inquiétez pas, il a tout compris, Patrice ! » À sept ans, Mgr Théas me donnait le sacrement de la confirmation. J’étais touché et très heureux de ce moment. Plus grand, je me suis engagé dans la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne) puis chez les scouts. J’y suis resté de longues années, marquées notamment par les expériences de brancardier à Lourdes, de la responsabilité d’une patrouille, des routiers. C’est grâce aux scouts que j’ai rencontré les Focolari.

Le 11 novembre 1961, quand j’ai été invité pour la première fois à une rencontre « où une dame allait nous aider à prier » – comme tentait de me l’expliquer un ami scout –, j’ai changé de trottoir. Le 6 janvier 1962, j’ai répondu à une invitation chez les dominicains à Toulouse. À cette rencontre, j’ai été bouleversé par les expériences entendues, en particulier celle de Gérard Dubéros. J’avais toujours été motivé pour convertir mes amis mais malgré mes explications, cela ne marchait pas. Là, je me disais, s’ils voient Jésus au milieu de nous, ils comprendront. J’étais tellement touché que j’en ai parlé de manière exaltée à ma fiancée de l’époque, Gisèle, quand nous nous sommes rtrouvés au restaurant. Elle m’a regardé avec un beau sourire et m’a dit : « Patrice, tu es devenu fou… » J’ai continué à connaître les Focolari en participant avec Gisèle à la première Mariapolis française en 1963 à Saint-Flour.

Fiancés

En 1964, je propose à Gisèle de nous marier en juin 1965. Nous l’annonçons à nos familles et envisageons de nous préparer avec les jésuites à Toulouse. Un lundi soir, je vais la chercher à son travail, nous nous asseyons à un café pour boire un thé et discuter. Elle me dit : « Ce serait bien de prendre six mois de réflexion avant de nous marier… » Étonné, je la questionne : « Tu as un problème, un doute ? » « Non », me répond-elle. « Alors, tu te tais. » Et nous nous séparons. Le lendemain, même heure, même café, elle me repose sa question. Un peu déstabilisé, je lui demande : « Tu as quelqu’un d’autre ? Parce que si c’est le cas, je m’en vais. » « Non ! Non ! », réplique-t-elle aussitôt. « Alors tais-toi. » Je l’embrasse et nous nous quittons. Le mercredi, rebelote. À ce moment-là, je me souviens de la prière que j’avais faite à Jésus avant notre mariage : « On décide de se marier mais si ce n’est pas notre route, fais-le-moi savoir. » Alors, malgré mon absence de doutes, j’accepte de prendre ces six mois de réflexion et je raccompagne Gisèle chez elle.

L’entrée au focolare

Le 25 janvier 1965, le focolarino Nuccio me propose de venir habiter au focolare. Étudiant à l’Insa à Toulouse, je rends ma chambre et me pointe avec mes valises au focolare. Mais j’entends, finalement, qu’il est préférable d’attendre. Me voilà obligé de retourner vivre dans ma famille. Je vis douloureusement cette situation. Je tombe sur un papier où cette phrase de l’Ecclésiaste est inscrite : « Si tu t’adonnes à la crainte de Dieu, attends-toi à l’épreuve car c’est dans le feu que l’on éprouve l’or. » J’irai vivre au focolare en mai 1965. Et sept mois plus tard, je partirai pour Loppiano, alors en construction. Au bout d’un an et demi, je suis envoyé dans ma ville de Toulouse où la vie locale a besoin de renforts pour se développer. Un nouveau visage de Jésus souffrant, que j’accueille car j’aurais bien aimé partir au Cameroun avec Piero Pasolini.

À plusieurs reprises, j’ai été sujet et témoin de l’amour de Dieu dans ma vie. Comme après mon accident, un soir de 1969. Je préparais la Mariapolis de Rodez. Seul au volant, je me suis endormi. J’aurais pu devenir tétraplégique. Au bout de trois jours, j’ai récupéré la mobilité de mes jambes et de mes bras. Un vrai miracle ! Lorsque le médecin a refait les radios après un mois d’hospitalisation, il n’y avait plus rien. Il avait du mal à y croire. Il est allé chercher les anciennes radios : les multiples fractures y étaient bien visibles ! Des années plus tard, j’ai appris que des personnes du Mouvement avaient prié pour ma guérison.

J’ai eu un parcours professionnel très riche. Combien de fois mes patrons ont accepté mes demandes de changements, à mes conditions, c’est-à-dire de travailler à temps partiel souvent, pour les besoins du Mouvement ! J’ai construit de belles amitiés, par exemple celle avec un chef du personnel. Lors de l’entretien pour remplacer un des responsables, il m’interroge sur les raisons de mon célibat : « Est-ce par accident ou par volonté ? » Je lui raconte mon engagement en toute franchise. Le lendemain, il me rappelle pour me dire que je suis embauché. Tous les matins, il venait dans mon bureau pour parler avec moi quelques instants. Un jour, il a souhaité que je vienne manger chez lui car son couple vivait des difficultés.

J’ai eu un moment de doute par rapport à ma vocation en 1970. Lors d’une rencontre à la Pentecôte, Chiara avait tenu un discours interpellant. Elle disait que certaines personnes présentes dans une famille religieuse n’y avaient pas leur place car elles étaient un poids pour leur communauté. Je l’ai pris un peu pour moi… et j’ai écrit à Chiara pour lui partager mon doute, celui d’être entré au focolare par la fenêtre et non par la porte. Elle m’a répondu par une lettre manuscrite : « Très cher Patrice, sois tranquille : je te sens focolarino comme une mère ressent son fils. Et je suis heureuse de te savoir en focolare. Rappelle-toi cependant que cette route peut être dure : c’est Jésus Abandonné. Mais ne cède jamais et si un jour tu n’y arrives pas, écris-moi. »

La vie passe. Partout où j’ai vécu, j’ai toujours laissé des amis. Aujourd’hui, dans le focolare à rythme différent où j’habite à Marseille, ce n’est pas tous les jours facile. Chacun de nous a ses limites. Je dois prendre conscience de mon âge, l’accepter. Je ne peux plus faire ce que je faisais avant. Mais le rêve de communiquer l’Idéal des Focolari m’habite toujours. Mon expérience a toujours été de témoigner de Dieu quelles que soient les circonstances et les difficultés. À chaque fois que Jésus abandonné se présente, je refais le choix de l’aimer.

Patrice PAGÈS

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