Rire fait du bien !

Nous reprenons ici une interview de Mme Liebhard publiée dans Neue Stadt (version allemande de Nouvelle Cité) de mai 2015. Cette professeur de rire nous fait découvrir le yoga du rire et évoque les étonnantes répercussions du rire sur la vie. 

NEUE STADT : Madame liebhard, vous entraînez des personnes à rire. Peut-on franchement apprendre aux gens à rire ?

Mme LIEBHARD : Nous avons tous reçu cette capacité de rire dès le berceau. La mère et l’enfant communiquent d’abord en se faisant des sourires. Mais malheureusement, plus nous avançons en âge, moins nous sourions. Avec les années, la vie avec ce qu’elle a de sérieux nous fait perdre ce rire chaleureux d’enfant qui vient du fond de nous-mêmes. Et cela commence tôt. […] Et pourtant, le nourrisson, dès les premières semaines de sa vie, esquisse des sourires. Les psychologues affirment que ces premiers sourires que nous pouvons détecter sont liés au développement cérébral ; chacun possède cette capacité. Les aveugles sourient même lorsqu’ils n’ont pas de vis-à-vis ou qu’ils ne le perçoivent pas. 

N. S. : Et cette capacité se perd par la suite ?

Mme L. : Elle se perd dans la mesure où elle est reléguée à l’arrière-plan. Nous l’oublions parce que pris par le stress, nous nous concentrons sur d’autres choses. Regardez autour de vous et vous verrez peu de sourires sur les visages. Cela diffère évidemment d’une culture à l’autre. Les Italiens, par exemple, ont tendance à sourire et à rire davantage que les Allemands. Par conséquent, nous ne devons pas apprendre à rire, mais à réveiller le rire qui est en nous ; ce faisant, il n’est pas question de rire à gorge déployée, mais il s’agit bien plus d’un sourire qui vient de l’intérieur, de ce léger mouvement de la commissure des lèvres, du sentiment que cela procure, au final de ce sentiment de joie, de bonheur.

N. S. : Et il est effectivement possible de s’y entraîner ?

Mme L. : Bien sûr. L’entraînement au rire tel qu’il est pratiqué dans le yoga du rire, est une possibilité. Des exercices qui combinent le jeu, le rire, les applaudissements et la respiration provoquent à nouveau le rire. Lorsque nous sommes soumis au stress, nous respirons faiblement et pas à fond. On est sous pression et incapable d’avoir une réelle réflexion. C’est comme cela que naissent les maladies qui ont un impact sur la société. Car le stress s’installe dans le corps et ne parvient plus à s’en dégager. En riant, nous respirons automatiquement à fond et avec constance. Essayez : relevez légèrement les coins de la bouche et vous remarquerez immédiatement que votre respiration change automatiquement. Faites l’essai ! Aussitôt, vous prenez une inspiration plus profonde. C’est une manière facile de lutter contre le stress. Avec un certain nombre d’exercices, on apprend à rire très simplement en jouant : on se donne la main, se regarde droit dans les yeux et on rit un peu en même temps. Même si nous faisons uniquement semblant de rire, nous sommes pris tout à coup d’un fou rire. La chose essentielle, c’est que le corps ne distingue pas si nous rions pour de bon ou si nous ne faisons simplement que jouer. L’effet physiologique est toujours le même. Et nous pouvons l’utiliser consciemment. Même si ce n’est pas toujours très facile, on peut toujours se dire : « Sois attentif à faire du bien à ta santé et ris ! »

N. S. : Quand on y arrive, cela fait du bien…

Mme L. : Effectivement. Cela est aussi prouvé scientifiquement. Le rire est bon contre la tension artérielle, il régule le système cardiovasculaire, renforce le système immunitaire et peut être une aide pour ceux qui ont une tendance à la dépression. Le rire est un bienfait pour la santé ! Depuis environ 40 ans, il existe une science à part entière qui étudie le rire : la gélotologie, la science du rire. Un psychiatre américain a par exemple fait des examens sanguins, avant, pendant et après le rire, et il a constaté que les résultats avaient évolué positivement, que les défenses immunitaires dans le sang s’étaient visiblement améliorées et que même les résultats pour les cellules qui sont importantes dans la lutte contre le cancer avaient progressé.

N. S. : Savoir rire et avoir de l’humour vont de pair, n’est-ce pas ?

Mme L. : Plus on s’exerce à rire, plus on a le sens de l’humour parce que l’on voit davantage les choses sous l’angle du jeu. L’humour suppose en effet que je saisisse le côté marrant d’une affaire. J’ai alors besoin du langage et d’avoir la tête libre pour bien comprendre ce qui se passe. Cela marche plus facilement si on n’aborde pas les choses en étant crispé et sous pression. Il n’en demeure pas moins que tout le monde ne comprend pas l’humour et que chacun a un humour différent. Lorsque je m’entraîne à rire, il me suffit par contre d’avoir la volonté de rire. Et cela change notre manière de voir les choses, même d’aborder les problèmes, car il est possible, en en riant, de les réduire ou même de les faire disparaître. Cela vaut surtout pour les petites choses de la vie quotidienne qui sinon nous usent ou nous épuisent quand nous les prenons trop à cœur. Ensuite, cela se répercute sur tout. Rire un bon coup libère les énergies et fait du bien au moral, mais aussi à celui des autres. […]

N. S. : Quelles expériences avez-vous faites avec cette formation en entreprise ?

Mme L. : Au début, je rencontre parfois une réserve. Après, les personnes sont souvent surprises d’avoir fait une expérience positive. Les employés acquièrent une autre perception des autres dans leur milieu de travail. « On ne connaissait pas monsieur Huber comme ça ! » et ils le voient autrement. Cela a des effets sur la vie quotidienne au travail. Le climat de l’entreprise change, de nouvelles idées surgissent. Des employés de bonne humeur sont plus motivés, davantage créatifs, aptes à désamorcer les conflits. Ils vont plus facilement voir un collègue qui est déprimé, l’abordent le sourire aux lèvres et lui redonnent courage.

N. S. : N’existe-t-il pas un danger à tourner en ridicule des situations graves ou à les rendre banales ?

Mme L. : Certainement. Il n’est pas possible que j’arrive en disant : « Oh, rien de bien de méchant, ça va passer, ha ha ha… » C’est totalement contre-productif. Mais quand quelqu’un est de bonne humeur, il peut également aller respectueusement à la rencontre d’une autre personne et malgré tout, cela aura un effet positif. Il ne s’agit certainement pas de tenter à tout prix de remonter le moral à quelqu’un, et encore moins si ce n’est pas le bon moment. Et cela vaut pour chacun de nous personnellement : le chagrin a besoin de temps et d’espace. On a le droit de laisser décanter les choses à un moment ou un autre. Ensuite, on peut consciemment prendre une décision et dire : « OK, je me suis suffisamment énervé sur la même question, cela m’a rendu assez longtemps triste. Maintenant ça suffit ! » […]

N. S. : Avez-vous quelques conseils à nous donner pour démarrer dans notre quotidien ?

Mme L. : S’entraîner à sourire : s’asseoir, être aimable et relever le coin des lèvres. On a le droit d’exagérer quelque peu afin de sentir l’effet incroyable que cela produit, comment nos hormones, en s’activant, nous donnent une sensation de bonheur. Et il m’est possible de faire un essai avec n’importe quelle sorte de tâche quotidienne : quand je fais le ménage, relever le coin de la bouche et commencer seulement après parce que cela me donne une tout autre énergie pour accomplir ce que j’ai à faire. Le matin dans votre salle de bains : regardez-vous dans la glace et décidez ensuite si vous voulez entrer en contact avec cette personne. Si ce n’est pas le cas, alors souriez et reposez-vous la question. Ou quand vous pénétrez dans un lieu et que vous ne percevez pas des ondes positives. Au lieu de dire que les autres ne sourient jamais, qu’ils ont l’air renfrogné… Et on pense toujours que c’est aux autres de commencer, mais malheureusement, ça ne marche pas. Sourire exige une décision. Je peux m’y résoudre activement et ainsi faire du bien à ma santé, à moi-même et probablement à mon environnement. Il est possible d’entraîner le petit muscle du rire sur l’os de la pommette. Et si je le fais, il aura toujours envie d’aller vers le haut parce qu’il ne se sent pas bien quand il pend vers le bas. Plus nous le faisons, plus nous effaçons notre ancienne manière de faire et donnons une chance à cette nouvelle manière de vivre, c’est-à-dire avec le sourire et le rire.



Gabi BALLWEG

Traduit de l’allemand par Jean-Claude GÉRARDIN

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