Pour une approche positive des conflits

Pour une approche positive des conflits

IL FAUT BIEN SE L’AVOUER : avoir de l’affection pour les personnes qui partagent notre quotidien ne supprime pas les problèmes de communication. Qu’il est difficile de parvenir à se mettre facilement d’accord avec son conjoint sur certains sujets, ou de dialoguer sereinement avec ses enfants sur un sujet délicat ! Pilar Escotorin, universitaire et focolarine mariée, ouvre des pistes intéressantes pour s’entraîner à mieux gérer les conflits. Pour une approche positive des conflits.

Les conflits ne sont pas négatifs en soi, pas plus qu’ils ne représentent un danger pour la cohésion ou l’unité de n’importe quel système humain, qu’il s’agisse d’une famille, d’un groupe religieux, d’une ville ou d’un pays. Ce sont des processus normaux au sein de sociétés complexes et variées. Le plus néfaste pour les systèmes humains n’est pas leur existence, mais la façon de les gérer. Dans les sociétés où la diversité et la liberté d’expression sont des valeurs profondément enracinées, il est important d’offrir aux personnes des espaces bien structurés, afin qu’elles exercent leurs facultés à communiquer et apprennent à dialoguer avec leurs différences. Savoir exprimer clairement ses pensées, ses émotions, ses besoins et ses attentes en respectant le point de vue de l’autre est certes un défi, mais constitue en même temps le fondement d’une société saine, plurielle et démocratique.

> Les différents types de conflits

Chaque conflit étant différent, tous ne se résolvent pas de la même manière. La plupart se constituent d’éléments très variés, ce qui complique leur approche. Pourtant, lorsqu’un différend survient, avant de le régler, il est utile de chercher à comprendre la nature du problème. Il existe quatre types de conflits.

Les premiers, d’ordre factuel, apparaissent lorsque quelqu’un dit ou fait quelque chose qui agace, dérange ou blesse l’autre. Ces conflits peuvent être très graves, lorsqu’un élément a provoqué un différend entre deux personnes ou groupes, mais ils peuvent tout aussi bien se résoudre facilement, quand il s’agit de dissiper un malentendu et de présenter des excuses. Une fois résolu, la relation demeure intacte. En cas de conflit factuel, il n’est pas conseillé de réveiller le souvenir de problèmes anciens, qui ne font qu’entraver le dialogue.

En cas de conflit relationnel (une personne que l’on ne supporte pas, qui nous est antipathique, un adversaire, un père ou une mère autoritaire, une sœur qui nous agresse en permanence, un partenaire jaloux), il est préférable de ne pas perdre de temps à évoquer « les faits » (ce que cette personne a fait ou a omis de faire et pour quelle raison) car cela suffirait à allumer la mèche, comme le fond du problème touche à la relation entre ces deux personnes. Identifier ce type de conflit peut au moins aider à orienter le dialogue dans la bonne direction.

En revanche, s’il s’agit d’un conflit d’intérêts, il faudra savoir que des intérêts opposés ou apparemment opposés sont en jeu. Pour des vacances en famille : alors que je propose le silence reposant de la montagne, mes enfants préfèrent une plage pleine de monde et une vie sociale active. Ce sont des intérêts à première vue incompatibles, et pourtant, un dialogue réfléchi, qui cherche à comprendre les besoins de chaque membre de la famille, peut ouvrir une voie intermédiaire. L’essentiel est d’éviter qu’il ne dégénère en dépréciations personnelles (tu es incapable de te mettre à ma place, je ne compte pas pour eux, etc.) et de ne pas remettre en question la relation entre les différentes personnes (si nous n’allons pas à la montagne, c’est parce que mes enfants ne m’aiment pas).

En cas de conflit de valeurs, il est important de surveiller davantage ses propos et ses pensées. Étant donné que les valeurs représentent nos convictions profondes, les divergences (sur le plan moral, religieux ou politique) sont source de préjugés et d’émotions qui nécessitent une approche juste si nous voulons que l’autre personne s’intéresse à nous et nous comprenne. Lors d’un conflit de valeurs, si nous considérons l’autre comme une personne possédant la même dignité que nous, nous ne pouvons prétendre le convaincre, le manipuler ou lui laisser entendre qu’il ne compte pas à nos yeux, ce qui risquerait d’aggraver le conflit. Lorsque des principes fondamentaux sont mis en jeu, construire une relation de confiance et de respect envers l’autre suppose de s’intéresser à sa façon de penser, en essayant de comprendre les raisons de son point de vue (empathie cognitive), en lui posant des questions pour le comprendre en profondeur, jusqu’à être capables de formuler sa pensée par nos propres mots. Cela équivaut non pas à l’approuver, mais tout simplement à le comprendre. L’empathie cognitive est un processus fondamental qui nous aide à comprendre l’opinion de l’autre avant de lui répondre.

Dans le cas d’un conflit de valeurs, il est probable que l’on parvienne à la compréhension réciproque et non à un accord, ce qui est déjà beaucoup. Pourtant, si la compréhension est profonde, cela éclairera probablement certains aspects qui permettront d’engager un dialogue plus nuancé, avec des avis moins polarisés. C’est seulement en cherchant à vraiment comprendre l’autre que nous pourrons expérimenter la rencontre avec lui.

À titre d’exemple, au lieu de mépriser un style de musique que nos enfants apprécient, nous pouvons faire l’effort d’écouter cette musique avec eux afin de comprendre ce qu’elle éveille en eux.

> S’exercer à la métacognition

Aimer quelqu’un ne nous met pas à l’abri d’une parole ou d’un acte blessant à son encontre. Même si nous ne sommes pas habitués à réfléchir à nos pensées (capacité métacognitive), elles existent, que cela nous plaise ou non.

Lorsque je rencontre quelqu’un, je m’attends à ce que cet échange aille dans l’une ou l’autre direction. D’une certaine manière, en me fondant sur mes expériences antérieures, je prévois ce que j’attends de l’autre à ce moment précis. Lorsqu’une mère demande à sa fille adolescente de ranger sa chambre, elle s’attend à une réponse parmi un éventail d’alternatives possibles, en fonction des réactions déjà observées (Ma fille dit qu’elle le fera plus tard et, finalement, ne le fait pas ; elle le fait à chaque fois ; elle ne me répond jamais ; c’est un sujet qui l’agace, etc.).

La mère a beau s’efforcer de faire le vide en regardant sa fille comme un livre non écrit, elle continue de s’attendre à recevoir la réponse habituelle. Pour elle, il s’agit d’exercer sa capacité à prendre le dessus sur ses pensées et à accepter l’existence de ces attentes. Dès lors que la mère prend conscience de ses attentes et de son opinion sur sa fille, elle sera en mesure de le verbaliser et d’engager un dialogue sur ce sujet, de négocier des règles et de parvenir à un accord.

Si nous ne pouvons pas toujours contrôler nos pensées qui souvent « surgissent » dans notre esprit, en revanche, il nous est toujours possible de les gérer.

Préjugés et étiquettes

Le premier dispositif qui se met en place lors d’un conflit, c’est celui de l’étiquette négative, le préjugé. Même si nous ne le disons pas tout haut, lorsqu’une personne nous contredit ou exprime une opinion différente de la nôtre, cela déclenche en nous certaines pensées, émotions et comportements. Si, au fond de moi, je considère l’autre comme une personne incapable, j’aurai beau m’efforcer de l’écouter poliment, du moins, en apparence, l’autre, qui est un être intelligent, ne manquera sûrement pas de remarquer mon regard lui signifiant que je ne le juge pas à la hauteur.

Avant d’apprendre à écouter, il nous faut surtout nous exercer à la métacognition, à dompter nos pensées négatives, en veillant à prendre l’autre personne au sérieux car, comme être humain, elle mérite tout notre respect et notre attention.

Penser que notre enfant n’est pas capable de faire ses devoirs sans notre aide, que notre conjoint ne saura pas s’occuper de la maison si on s’absente quelques jours sont des exemples d’étiquettes qui nous empêchent parfois de considérer l’autre, que nous aimons pourtant, sur un pied d’égalité. Faute d’en prendre conscience, nous risquons d’adopter des comportements de dépréciation de l’autre, ce qui se répercute gravement sur nos relations et sur l’estime de soi.

En revanche, à partir du moment où nous acceptons et identifions ces étiquettes, même si cela nous coûte un effort d’admettre nos pensées, même politiquement incorrectes, nous devenons maîtres d’elles et nous pourrons alors les gérer en acceptant nos limites, voire en intégrant l’autre dans ces pensées (je reconnais que je ressens de la méfiance et ce n’est pas facile pour moi de te le dire, parce que je ne veux pas te vexer).

Entraînons-nous à changer notre regard sur l’autre et sur le conflit, à exercer notre empathie, à remettre en question nos préjugés et les étiquettes que nous collons à l’autre dans nos pensées. La sphère privée est le milieu idéal pour nous y exercer. En outre, la qualité de la communication et des relations interpersonnelles est intimement liée à notre bien-être physique, émotionnel et social.

Pilar ESCOTORIN
docteur en psychologie de la communication à l’Université autonome de Barcelone Lipa-net.org

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