Le pape François, un formidable messager de joie

Passionnée par l’argentine, christiane rancé connaissait depuis longtemps le jésuite devenu pape le 13 mars 2013. Auteur de François, un pape parmi les hommes (1), elle nous aide à mieux connaître sa personnalité et son Église d’espérance.

NOUVELLE CITÉ : d’où vient le charisme du pape François ? De ses origines de fils de migrants, de la culture sud-américaine, de son éducation, de sa conception de la foi chrétienne ?

CHRISTIANE RANCÉ : Lorsque vous êtes en Argentine, vous êtes dans le Nouveau Monde. Un Nouveau Monde qui pratique un échange permanent avec le Vieux Monde par la porte d’entrée du port de sa capitale, Buenos Aires. C’est là que la famille de Jorge Mario Bergoglio qui était réunie dans le Piémont italien s’est reformée après leur déracinement et c’est dans ces liens familiaux que le futur François a grandi avec une grande confiance dans la vie. Sa famille et particulièrement sa grand-mère, Rosa Margarita – qui a eu sur lui une grande influence – était porteuse de la foi de son Italie natale : certes le Christ est mort sur la croix mais c’est pour devenir le Christ Pantecrator (le roi de Gloire). Tout ceci implique une vision extrêmement optimiste de la vie avec ce rappel que la capacité et le devoir du croyant est de faire advenir le Royaume des Cieux d’abord ici et maintenant. Sa grand-mère était extrêmement active dans l’entraide sociale de ce début du XXe siècle dans un pays tout neuf où l’État était encore balbutiant et où l’Église, via les Salésiens, s’est rendue extrêmement proche du peuple.

Les premières communautés qui ont investi l’Argentine, portées vers ce pays avec l’espérance au cœur, avaient l’obligation de s’entraider pour vivre. Il en reste une formidable accessibilité des gens sans le côté très attaché aux hiérarchies, aux diplômes, de l’Europe. Là-bas, un ingénieur au chômage devient chauffeur de taxi sans état d’âme. Ajoutez à cela que Buenos Aires est une ville douce, avec un climat tempéré et un ciel plus large qu’ailleurs, bleu en permanence, tout en étant un concentré d’énergie. Évêque, Mgr Bergoglio a adoré arpenter ses rues.

N. C. : En quoi sa personnalité et sa vision de l’Église apportent-elles aux communautés chrétiennes un souffle de renouveau ?

C. R. : Aux chrétiens et hors de l’Église ! Car il redonne, je crois, une vision anthropologique de l’homme, de la vie et du progrès. Dans ses discours qui embrassent les dimensions économiques et sociales, cet opposant à l’ultra- libéralisme rappelle que l’unique mesure à prendre en compte, c’est l’Homme, et qu’une machine ne peut pas le remplacer. Dans une Europe en crise économique, en crise des valeurs, désenchantée, fatiguée moralement, il réintroduit la tendresse. Il rappelle que la douleur, la maladie, la vieillesse, font partie de notre dignité humaine et que la communauté doit entourer ses malades, ses personnes âgées, ses pauvres, de considération et d’amour. Son invitation « Soyez la caresse de Dieu », est formidable ! Il redit aussi que la vie, toute vie, est quelque chose de sacré et de profondément unique. Et pour la première fois, il explique aux catholiques qu’ils ne doivent pas s’abriter sous le parapluie de ce que demande l’État ou l’Église. Bien sûr, le pape est là pour garantir le dogme, mais en renvoyant chacun à sa conscience et les prêtres à un examen au cas par cas – ce qui est très jésuite –, en étant à l’écoute des âmes en peine plutôt que de les plaquer sous le joug de la Loi. En plus, il incarne tout ceci par l’exemple : à Buenos Aires, partout, les gens demandaient à se confesser à lui. À Rome, il a baptisé dans Saint-Pierre l’enfant d’un couple non marié. Le père Bergoglio n’est pas un théoricien, plutôt un prêtre simple et jovial à l’ancienne.

C’est bien par ses actes, sa façon d’être en vérité, son humilité, sa confiance en la divine Providence, sa douce familiarité et sa miséricorde, alliées à un tempérament bien trempé, qu’il crée, de minute en minute, une Église d’espérance. Sa grande force est d’avoir rappelé également que la joie est un mot-clé du christianisme. Il évoque du reste souvent la phrase de sainte Thérèse : « Un saint triste est un triste saint. »

N. C. : Peut-on être optimiste quant à sa mission ?

C. R. : Il a réformé la Curie et s’est attaqué aux histoires délétères d’argent et également de pédophilie ; ce qu’avait commencé Benoît XVI. Il a créé un dicastère (2) de la famille. Souverain « pontife », il jette des ponts pour recréer le dialogue avec les autres religions. Il a empêché l’intervention armée en Syrie et a réussi à faire prier pour la paix au Vatican le président israélien sortant Shimon Peres et le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas. De la même manière que dans son pays en plein krach financier en 2001, il avait été ciment de dialogue en réunissant autour d’une même table les ennemis les plus irréductibles. Et puis, surtout, tout un peuple de croyants a l’impression d’être entendu et de ne pas être abandonné. Il leur redit que l’Église, c’est eux. On sent, en retour, un « frémissement ».

Propos recueillis par Chantal JOLY

1) Albin Michel, 2014.

2) Institution spécialisée dans un domaine de compétences ayant reçu la délégation du pouvoir papal.

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