Migrants : stop à l’approche sécuritaire

Migrants : stop à l’approche sécuritaire. LA QUESTION DES MIGRANTS CLIVE LES HOMMES POLITIQUES ET L’OPINION PUBLIQUE qui souvent connaissent mal leur réalité. Ces personnes en grande détresse sont très souvent instrumentalisées à des fins électoralistes ou idéologiques. Alors qu’un rapport d’enquête parlementaire vient de dénoncer des défaillances de l’État français dans le respect de leurs droits, on se demande si ses recommandations seront prises au sérieux, en particulier celle de rompre avec une approche sécuritaire et de ne plus rattacher cette question au ministère de l’Intérieur.

« Nous sommes à la dérive. Collectivement. » Cette petite phrase cinglante revient à plusieurs reprises sous la plume du député Sébastien Nadot qui a présidé la commission d’enquête parlementaire sur les migrations. La triste actualité nous le prouve continuellement. Les 27 migrants noyés qui tentaient de rejoindre l’Angleterre par la Manche la nuit du 24 novembre. Les 2 000 autres bloqués à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie à cette même période.

« On ne peut pas arrêter les migrations. Les gens fuient la guerre et la misère. Ce sont les inégalités qui les favorisent », énonce Marie-Pierre Barrière, militante et membre du Réseau Éducation Sans Frontières. « Il n’y a aucune réflexion de fond sur le sujet. Le problème vient du fait que nous voulons garder nos privilèges. Comment prendre en compte la présence des migrants dans notre pays et en faire un atout ? Il n’y a pas de projet construit avec eux… c’est révoltant », pense la professeure de français.

La situation semble bloquée, surtout au niveau politique. « L’immigration et les migrants sont le grand prétexte, le grand mensonge employé ces dix dernières années par nos dirigeants pour ne plus parler de politique. […] L’immigré est un ennemi bien commode », écrit Roberto Saviano.

La lutte contre les points de fixation, soi-disant « pour éviter un appel d’air », est un échec. Les dysfonctionnements dans le traitement de leur sort par l’État relèvent de « maltraitance », ose dire Sébastien Nadot après cette enquête sur le terrain.

Marie-Pierre témoigne : « En tant que militante, j’arrive à bout de souffle. Je pense à ces 17 mineurs isolés dans la Marne qui ont reçu une obligation de sortie de territoire. L’État a décidé de ne pas les régulariser. Beaucoup de mineurs étrangers sont victimes d’un jeu de ping-pong entre l’État et le département. Tout est fait à moindre coût. Ils sont mal scolarisés, se retrouvent en échec puis en décrochage. Au final,

Comment prendre en compte la présence des migrants dans notre pays et en faire un atout ?

ils se débrouillent comme ils le peuvent alors qu’ils sont regardés de manière suspicieuse ou raciste. Certains décompensent, deviennent fous voire se suicident. Ce sont des gamins ! Ils ont des besoins éducatifs d’autant plus importants qu’ils ont vécu des traumatismes, la plupart du temps non traités. »

En 2021, la France a délivré 219 302 premiers titres de séjour, soit 0,3 % de la population (sur 67,4 millions d’habitants). La plupart sont des étudiants. Quant à la migration familiale, elle est très stable depuis plusieurs décennies et ce, malgré les différents durcissements des conditions d’admission ; celle du travail est extrêmement réduite depuis 1974. Enfin, viennent les titres humanitaires qui restent minoritaires alors que ce motif cristallise le plus le débat public.

L’immigration est un phénomène global qui doit être traité de manière globale. C’est une des préconisations phares du rapport Nadot. « Il n’est plus possible d’ignorer les questions diplomatiques, de géopolitique, d’enseignement supérieur, de logement, de santé, de travail lorsqu’il s’agit d’entrée et de séjour des étrangers dans notre pays », précise-t-il.

En outre, est soulevé le besoin de mettre du liant dans le traitement de cette question par la médiation culturelle.

La question migratoire doit être aussi envisagée dans un contexte bloqué au niveau européen, en particulier à cause du règlement de Dublin, inefficace et injuste. Ce dernier prévoit que le pays responsable de la demande d’asile d’un réfugié est son pays d’entrée dans l’UE ; or, cette règle défavorise les pays bordés par la Méditerranée ou ceux à la porte des Balkans. Un appel est lancé pour réformer Dublin en créant une agence de l’asile européen qui serait habilitée à se prononcer sur toutes les demandes d’asile. Une autre demande pressante concerne l’ouverture de voies légales de migration. « Arrêtons de bloquer les personnes ! », défend Marie-Pierre.

Bien d’autres chantiers sont à faire avancer pour démanteler cette « usine à créer de la misère ».

Nous voulons laisser les derniers mots à Oula Alhindy, une Palestinienne devenue syrienne devenue française, auditionnée dans le cadre de l’enquête.

« J’ai d’abord été bien accueillie à Lyon par une famille française qui ne nous connaissait pourtant pas. Puis nous avons déménagé à Albi, où nous avons déposé une demande d’asile et d’hébergement auprès de l’OFII. Nous avons alors été logés au CADA de Monclar-de-Quercy. […] L’absence de réseau téléphonique nous empêchait de nous connecter à Internet, un cauchemar pour des réfugiés. Dix à treize familles de différentes nationalités y logeaient sous le même toit, en pleine nature. Nous qualifiions pour plaisanter ce CADA de Guantanamo de la France. Nous nous y sentions tous en exil sur le sol même de la France, tels des parias livrés à leur sort. […] » Passons sur le calvaire administratif vécu par Oula pour pouvoir exercer son métier de pédiatre en France. Elle continue : « Les administrations françaises, incompétentes, ne se montrent pas à la hauteur de leur tâche humanitaire. […] Si je me montre aussi critique, c’est parce que je m’intéresse au sort de la France. C’est parce que j’ai le sentiment d’appartenir à ce pays et que son incapacité à traduire ses valeurs dans la réalité me peine. Je n’oublierai jamais que la France nous a sauvés. […] Il est peut-être possible, en dressant des murs physiques et psychologiques entre les peuples, d’empêcher certains d’arriver en Europe, mais ces murs risquent à terme de nous envahir. »

Émilie TEVANE

redaction@nouvellecite.fr

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