Mes yeux ouverts sur… La Vague de Camille Claudel

L’œuvre immense et splendide que nous a laissée Camille Claudel est autant traversée par son propre rapport au temps que par la sensualité. Temps et corps, deux modes de perception du monde. Tour à tour, la seconde temps est autant joyeuse que tragique comme la sensualité, inondée de soleil puis bafouée… Entre les deux, il y a la quête de la Beauté.

Sculpture Camille Claudel

Vient La Vague. Même si la mode est au japonisme – comme la célèbre vague d’Hokusai peinte plus de soixante ans avant – La Vague peut être vue comme la métaphore de l’instant, le seul donné à vivre, le seul où l’on peut véritablement faire histoire.

Dans une seconde, tout sera recouvert par l’eau. Tout sera peut-être noyé, perdu. L’existence sera dissoute. L’eau comme le temps submerge tout. L’eau comme le temps revient sans cesse, comme le flux et le reflux, ce ressac qui détruit tout sur son passage.

L’eau si fugitive, si indomptable, voilà que Camille choisit un des matériaux les plus durs pour nous la rendre perceptible : l’onyx. Sublime alliance des contraires. L’insaisissable et le dur. C’est donc en vivant cet instant, ce fragment de durée qui nous échappe sans cesse, qu’on peut s’inscrire dans la continuité, durablement.

Mais les trois baigneuses jouent sans craindre d’être éclaboussées. Elles rient, insouciantes, même si celle du milieu regarde la vague. Pour ces trois petites femmes, la ronde ne s’arrête pas. Même si, au dernier moment, on s’aperçoit que, tout derrière, la main qui nous contenait devient une mâchoire terrible qui broie tout, inexorablement. Restera le rire sonore de ces trois baigneuses, nues, sensuelles et chastes à la fois. Comme éclat d’un instantané parfait. 

 

Isaline DUTRU

Un commentaire sur “Mes yeux ouverts sur… La Vague de Camille Claudel

  1. SOL says:

    Trois petites femmes dansent au creux de la vague gigantesque. Insouciantes du danger, elles jouent au jeu de l’innocence. La parole se perd parfois dans l’oubli. Elles inaugurent un moment de félicité, de joie. La grâce imprime des certitudes. Le regard confine à l’obéissance au divin. Elles témoignent de l’humanité. La sublime création de l’artiste en dit long sur l’épreuve du vivre. La nudité dit le retour à l’effacement. L’humilité d’être soi épouse le vide. Le rythme, la cadence, gestes du vivant. Le silence enveloppe l’oeuvre. Restent cette puissance du dire, ce martèlement à l’ouverture. Les yeux de Camille se referment. 3 Petits tours et puis s’en vont. Reste l’éternité de la présence. Merci mademoiselle Claudel.

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