« L’idéal de Chiara est resté intact dans mon âme »

Christine Chadourne

Je suis née en 1950, à Toulouse. J’ai eu la  chance de vivre une enfance sereine dans une famille aimante et une scolarité tranquille dans une école tenue par des religieuses. Pourtant, j’arrive au bac en me posant beaucoup de questions. Ce que je lis dans l’Évangile et ce que je vois vivre par ceux qui se disent chrétiens peut correspondre par certains côtés (mon père est membre actif des conférences Saint-Vincent de Paul), mais tout me semble séparé, en mondes étanches : vie familiale, vie professionnelle, vie religieuse. Ces questions restent en sourdine au fond de moi.

Et voilà qu’un jour, mon frère, de deux ans plus jeune que moi, part en minibus avec d’autres jeunes de son âge pour un petit séjour à Rome. Il en revient transformé. Seul garçon entouré de trois sœurs, il vivait comme un prince. Or, au retour d’Italie, le voici qui prend sa part de tâches domestiques. Quelle surprise ! Cela m’a suffi pour que je le questionne et cherche à savoir ce qui lui est arrivé. Pour toute réponse, il me donne une adresse et me dit d’aller voir, que je trouverai l’explication. Il s’agissait de l’adresse du focolare.

Je suis attirée par le fait de vivre l’Évangile concrètement, dans ma vie quotidienne.

J’y découvre des jeunes femmes aimantes, une atmosphère paisible et calme, et peu à peu je comprends qu’elles cherchent à vivre l’Évangile au quotidien, qu’elles s’efforcent de mettre en pratique les paroles de Jésus à chaque instant présent. Enthousiaste, je vais me lancer à fond dans l’aventure qui me semble si proche de ce que j’avais lu dans les Actes des Apôtres concernant la vie des premiers chrétiens. Je suis principalement attirée par le fait de vivre l’Évangile concrètement, dans ma vie quotidienne, aimer chaque personne que je rencontre, quelle qu’elle soit, sans attendre quoi que ce soit en retour, aimer en faisant la vaisselle, en préparant le repas. Voilà du concret qui me parle plus que de longs discours. J’intègre rapidement un groupe de Gen et nous avons une vie intense entre rencontres, actions pour le peuple Bangwa du Cameroun, animations de messes, préparation de rassemblements pour présenter cette vie qui nous passionne, organisation de voyages en Italie pour de grands festivals comme le Genfest et une vie quotidienne où je m’efforce d’appliquer ce que je comprends. En 1974, j’écris à Chiara pour lui confier mon enthousiasme, ma volonté de vivre son Idéal et en profite pour lui demander une Parole de Vie. Dans sa réponse, elle me donne la parole suivante : « Sanctifie-les dans la Vérité, ta Parole est Vérité » (Jn 17,17).

Pendant ce temps, trop jeune pour entrer dans une école d’éducateur spécialisé, métier qui m’attire, je me dirige vers des études de secrétariat de direction et, diplôme en poche, je commence à travailler à mi-temps comme secrétaire et en tant qu’enseignante de secrétariat dans un lycée rural. Après deux ans, guère heureuse dans mon travail, j’entame une reconversion professionnelle pour devenir éducatrice spécialisée, encouragée par mes amies Gen. Je partage mon petit appartement avec certaines d’entre elles.

À la fin de mes études, je trouve un travail dans une petite ville de l’Aveyron, dans un foyer où j’accompagne des jeunes filles en rupture avec leur famille, généralement placées par un juge des enfants. Le travail est difficile mais il me plaît beaucoup. Cependant, la pression psychologique est importante. Une tension se fait sentir avec le focolare, elle devient de plus en plus forte et je ne parviens plus à concilier ma vie professionnelle et ma vie Gen. Éloignée géographiquement de mes amies Gen, je finis par épuiser toutes mes ressources et m’éloigne également spirituellement, autant du Mouvement que de l’Église.

Pendant dix ans, je n’aurai plus de contacts avec les structures du Mouvement, mais quelques personnes garderont un lien discret avec moi. Pendant cette période de rupture spirituelle, je rencontrerai celui qui deviendra mon mari, aurai trois filles et devrai divorcer d’un homme psychologiquement instable, violent et alcoolique.

Je suis soutenue par les volontaires et les Familles Nouvelles qui m’accueillent à bras ouverts et m’aident dans ma vie familiale difficile.

De retour à Toulouse, seule avec mes trois enfants, je reprends timidement contact avec des amis focolari. Certains sont restés amis avec moi, tout en me laissant libre de mes choix. J’ai mûri et suis désormais capable de me rendre compte que l’Idéal de Chiara est resté intact dans mon âme. Dieu est amour, il m’aime immensément, malgré mes faiblesses et mes chutes. Je suis soutenue par les volontaires et les Familles Nouvelles qui m’accueillent à bras ouverts et m’aident dans ma vie familiale difficile. Je vais ensuite, presque naturellement, intégrer la branche des volontaires, encouragée par une amie elle-même volontaire. Pendant ma période de rupture, j’ai perdu le courrier de Chiara. En 1988, je lui écris donc une deuxième fois, pour lui raconter mon histoire et lui demander humblement si elle peut m’envoyer à nouveau la Parole de Vie qu’elle m’avait donnée en 1974. Elle me répond assez rapidement et cette fois-ci le commentaire – « Être toi aussi une autre petite “Marie”, Parole de Dieu vécue, qui seule, debout, au pied de la croix, a toujours cru à l’amour de Dieu » – résonne en moi étrangement. En effet, je suis bien seule, au pied de la croix dans ma vie quotidienne puisque depuis déjà six ans je n’ai plus aucune nouvelle du père de mes filles. Par la suite, je témoignerai de ma vie de « maman solo » au cours de rencontres organisées par les Familles Nouvelles.

Cela fait maintenant plus de trente ans que je suis Volontaire de Dieu, active pour chaque manifestation du Mouvement, Mariapolis, communauté locale, groupes Parole de Vie, etc. Je suis le serviteur inutile, qui fait ce que le Maître lui demande : « Sanctifie-les dans la Vérité, ta Parole est Vérité » (Jn 17,17). Qu’il me garde fidèle envers lui.

Christine CHADOURNE

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