Les Philippines : « Berceau des braves »

Province de Palawan

Les Philippines : « Berceau des braves ». ALORS QUE 65 MILLIONS D’ÉLECTEURS sont appelés en mai à élire leurs prochains dirigeants, les Philippins font face à de nombreux défis, en particulier lutter contre la pauvreté et la corruption et s’engager contre le réchauffement climatique.

Deux jours avant la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix à la journaliste philippino-américaine Maria Ressa, son compatriote Jess Malabanan était tué d’une balle dans la tête. Correspondant pour plusieurs médias nationaux et internationaux, il avait dû déménager en raison de menaces reçues à la suite d’une enquête à laquelle il avait participé sur la « guerre contre la drogue » menée par le président Rodrigo Duterte. Au cours de la dernière décennie, 33 autres journalistes philippins ont été assassinés(1), et 63 avocats depuis 2016. En effet, la politique sanglante menée contre les trafiquants et consommateurs de drogue est l’aspect le plus marquant de ce mandat présidentiel. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, elle aurait fait entre 20 000 et 30 000 victimes.

« C’est comme si nous vivions dans la vallée de la mort : assassinats de toxicomanes et d’opposants, impuissance devant les morts causées par la pandémie, morts à cause d’absence de vision gouvernementale et corruption indécente qui semble battre tous les records.[…] Ce n’est pas le moment de perdre espoir, mais de faire preuve de courage. Ce n’est pas le moment de se taire mais de défendre Dieu. Contre ce déferlement de meurtres et de pillages, témoignons de la vérité et de la vie », ont lancé les évêques de Luçon(2) en septembre dernier. La parole du clergé a du poids dans la troisième nation chrétienne et catholique la plus peuplée du monde, colonisée par les Espagnols avec l’arrivée de Magellan en 1521.

Les Focolari, présents depuis 1966, apportent leur pierre à la construction d’une culture de paix. « New City a organisé des ateliers et des congrès sur les médias au cours des dix dernières années, afin d’introduire le journalisme de dialogue et de solutions, notamment en matière de résolution des conflits, étant donné que les tensions avec les insurgés musulmans dans le Sud et les rebelles communistes dans les provinces rurales demeurent », témoigne Jose Aranas, son rédacteur en chef.

Un des plus grands défis de la société concerne la lutte contre la pauvreté et la corruption qui gangrène le gouvernement et entrave la croissance économique du pays, qui a connu un bond significatif au cours de ces dernières années. « De nombreuses personnes sortent de la pauvreté, mais selon des statistiques récentes, environ 20 millions de personnes sont pauvres (sur 109 millions d’habitants) », indique Jose Aranas. La pandémie de Covid-19 a mis l’économie à genoux. Ceux qui sont retombés dans la misère se comptent par millions.

Le mouvement des Focolari contribue à sa manière à secourir les pauvres, notamment grâce à ses centres sociaux tels que Bukas Palad et Pagasa qui aident des dizaines de milliers d’enfants à aller à l’école et à l’université. Le couple de volontaires des Focolari Tess et Francis Ganzon, avec Bangko Kabayan, une banque de microfinance et entreprise de l’Économie de Communion, aide 11 000 familles pauvres.

Le journaliste raconte une autre initiative de solidarité lancée par un jeune entrepreneur, non membre des Focolari. « L’idée simple du garde-manger communautaire consiste à créer une communauté dans son quartier, avec des produits de première nécessité (nourriture, vêtements et médicaments). Il s’agit de ne prendre que ce dont on a besoin, et de partager le reste. On en compte environ 5 000 dans tout le pays, et les communautés des Focolari en ont ouvert un. La bonté et le partage, l’honnêteté et l’unité ont été renforcés par cette action dans les nombreuses communautés locales. »

Un autre défi de taille touche à l’écologie. Avec ses 7 640 îles, l’archipel est riche en cultures diverses (182 langues sont encore parlées aujourd’hui), en ressources naturelles et en biodiversité. Ces îles sont touchées par plus de vingt typhons par an et se trouvent dans la Ceinture de feu du Pacifique, ce qui explique la présence des tremblements de terre et la richesse de leur sol en minéraux naturels comme l’or, dont elles sont l’un des principaux producteurs mondiaux, le nickel, le cuivre, le palladium, la chromite, le zinc, etc. Le pays est l’un des plus vulnérables du monde face au changement climatique.

Ricky Tantoco, un ancien jeune des Focolari, dirige aux Philippines la première entreprise d’énergie géothermique au monde et fait campagne pour les énergies renouvelables. Gary Rosales, banquier et volontaire des Focolari, a lancé, avec une foule de jeunes et de volontaires, des activités écologiques telles que la plantation de mangroves, le nettoyage du littoral et le recyclage.

Deux figures de l’histoire tourmentée des Philippines, qui n’ont cessé de résister à la domination étrangère, méritent d’être évoquées. José Rizal (1861-1896), révolutionnaire non-violent, inspiré par la Révolution française et les Lumières, en est la figure la plus symbolique. Sa mort devant un peloton d’exécution espagnol a déclenché la révolution de 1898 mais l’indépendance du pays fut de courte durée, car les États-Unis ont pris le relais de la colonisation. C’est seulement en 1946 que le pays gagna officiellement son indépendance, dont le principal artisan fut Manuel L. Quezon (1878-1944). « Il était connu pour son leadership moral et son accueil des réfugiés juifs avant même que la guerre n’éclate en Europe, sauvant ainsi des milliers de personnes de l’Holocauste », nous informe Jose. Les Philippines ont également ouvert leurs portes aux réfugiés russes pendant la révolution bolchevique, aux réfugiés vietnamiens, aux Chinois fuyant le régime communiste, et même aux réfugiés rohingyas.

On ne peut qu’être admiratif face à cette tradition d’accueil, cette passion pour la liberté et cette droiture morale présentes dans ces paroles de l’hymne national : « Terre élue / Berceau des braves / L’oppression de la tyrannie / Ne sera jamais tolérée ».

Émilie TEVANE avec Jose ARANAS

1) Selon Reporters sans frontières.
2) Ce n’est pas une ville de Vendée mais l’île la plus grande et la plus peuplée des Philippines.

Pour en savoir plus ACHETEZ CE NUMÉRO ONLINE
ou bien
Abonnez-vous à la lettre gratuite !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.