L’épreuve de la souffrance physique

L’épreuve de la souffrance physique. LA PÉRIODE QUE NOUS PRÉSENTONS ICI EST MARQUÉE POUR CHIARA LUBICH par des douleurs physiques et des tourments spirituels intenses, qui lui permettent de renouveler son rapport à Dieu et aux autres. Autre modèle pour nous, le focolarino marié et journaliste Spartaco Lucarini laisse une empreinte lumineuse de sa vie sur la terre.

L’année 1973 est pour Chiara Lubich l’occasion d’une nouvelle épreuve. Elle est opérée deux fois pour une hernie discale. Se souvenant de ces moments de souffrance physique intense, elle rapporte : « Chaque jour avait un aspect différent et la douleur arrivait à des sommets que je n’avais jamais expérimentés… Ma vie consistait à chercher à survivre encore un jour avec mille artifices… J’ai compris ce qu’est l’enfer, simplement à cause des dommages que mon corps endurait. »

Cette expérience permet à Chiara de pénétrer davantage l’aspect humain de la douleur de Jésus, de Jésus-homme. Certaines des paroles du Christ, qui ne l’avaient jusqu’alors pas vraiment frappée, apparaissent nouvelles. Jésus aussi, à Gethsémani, s’était adressé à son Père en lui demandant : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. »

Chiara ajoute aussitôt : « Au fond, Jésus nous l’a toujours dit : “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il prenne sa croix.” Nous ne l’avions pas encore suffisamment compris. » L’expérience de la maladie et de la souffrance physique a également fait surgir en Chiara une façon originale d’entrer en relation avec les autres. Elle l’explique elle-même : « Il y a eu un jour où j’ai pensé que j’allais mourir et donc que je devais être prête à vous laisser. J’ai rarement éprouvé un supplice aussi inexprimable : je sentais que nous étions fondus entre nous, mais pas comme une famille naturelle, mais par le feu de la Trinité : nous étions un. Comment alors une partie pouvait-elle partir et l’autre rester ? Je ressentais la chose comme littéralement impossible et je le dis à Jésus en citant vos noms et je continuais à répéter : “Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible.” Et en un instant, il m’a semblé que Jésus me disait : “Comment as-tu pu te vanter durant trente ans d’être consacrée à Dieu seul, ajoutant même que la présence d’une seule personne à tes côtés aurait altéré la beauté cristalline de ton choix de Dieu ? Le moment est venu de montrer si cette assurance avait raison d’être.”

J’ai rarement éprouvé un supplice aussi inexprimable.

Face à l’évidence de l’argumentation, j’ai cédé. J’ai dit à Jésus que Lui seul était tout pour moi. Et à partir de ce moment-là, j’ai senti naître dans mon cœur un amour particulier pour Lui. En Lui parlant les jours suivants, je luis dis : “Tu le sais que je T’aime.” Et je me sentais ancrée en Lui, non pas tant par la foi ou l’intelligence, mais par le cœur.

Plus tard, je ne sais pas pourquoi et je ne sais plus quand, Dieu m’a replongée dans les problèmes, avec les créatures. J’ai rouvert la fontaine de sagesse qui ordonnait le Mouvement et j’ai ressenti que mon unité avec vous avait changé. Je sais seulement qu’est advenu un peu ce que dit Jésus : “Le second commandement est semblable au premier” ; mon amour pour chacun de vous était comme un feu. Tout ce qui vous concernait me concernait. Et là, j’ai compris que je vous aimais avec le cœur. Et là est sortie cette phrase directe adressée à chacun de vous : “Tu le sais que je t’aime.” Ce nouvel amour pour Dieu et nouvel amour pour vous est un des fruits les plus beaux de cette maladie. »

Un journaliste pas comme les autres

Le 23 novembre 1975, un des premiers focolarini mariés, Spartaco Lucarini, est emporté par la maladie. Cette disparition s’avère réellement difficile à vivre pour Chiara. Spartaco Lucarini était journaliste et beaucoup le considéraient comme un spécialiste de la relation fraternelle parce qu’il cherchait toujours à jeter des ponts entre les personnes. Il était né en 1924 à Cortona (Italie) et c’est Silvana Veronesi, l’une des premières compagnes de Chiara, qui lui avait fait connaître l’Idéal. La rencontre avec les Focolari illumina toute sa vie d’une lumière inédite. Il se trouva aux côtés de Chiara pour la naissance de Familles Nouvelles en 1967, et pour mieux servir ce mouvement, il déménagea à Rome avec sa femme, Lalla, et sa famille.

Un jour, quelqu’un lui demande quel est le secret de ses articles ; il répond : « Mon secret est que je ne m’attache pas aux faits mais aux personnes qui y sont liées. Je ne me sers pas d’elles, je cherche à les aimer comme elles sont. […] Je me suis bâti un cloître à l’intérieur de mon âme. Le matin à la communion, j’y place Jésus et Marie pour le protéger, puis durant la journée j’essaie de m’entretenir avec eux. […] Je trouve que rien ne me rapproche davantage de Marie que le fait de me perdre dans les personnes que je rencontre et de vivre avec elles leurs problèmes. »

Quelques jours après sa mort, Chiara parle de lui en ces termes : « Devant ce lit où repose un corps dont l’âme s’en est allée, personne ne parvient à comprendre la mort, mais tous ont conscience de ce qu’est la Vie. » Sur sa tombe est inscrite cette phrase : « Seigneur, tu m’as confié cinq talents, voilà les cinq autres que j’ai gagnés. »

Dominique FILY

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