Le vent souffle où il veut

Le vent souffle où il veut. Je suis ch’ti, et en bon gars du Nord, avec Jacques Brel, j’aime chanter mon plat pays.

J’ai grandi dans la ferme familiale au milieu de mes six frères et sœurs, et l’exemple de mes parents m’a toujours donné du courage. Quand j’étais en internat au collège, les scouts m’ont appris la débrouillardise et le service. Je suis devenu chef de troupe puis me suis engagé dans la communauté chrétienne à l’université. Après quelques déboires amoureux, j’étais paré pour les années à venir : mon diplôme d’ingénieur a été suivi de deux ans de coopération en Afrique, puis d’un bon emploi de conseiller agricole dans ces terres du Nord que j’aimais. Au fond du cœur, pourtant, dans le brouillard du passage de la vie étudiante à la vie professionnelle, couvait le désir de quelque chose de différent, de plus beau si possible, un désir insatisfait. J’étais inquiet et m’agitais sans voir d’issue à mon anxiété. Alors Dieu s’est manifesté et tout s’est joué en peu de temps.

Une rencontre inattendue avec un groupe de jeunes sert d’étincelle. Quatre d’entre eux se trouvent un jour à la sortie du restaurant universitaire, quatre gars forts d’un bel idéal, qui me touchent par leur amour fraternel, leur simplicité et leur joie de vivre. Ce sont les Gen : la génération nouvelle du mouvement des Focolari. Ils m’invitent à une Mariapolis et ma vie en est peu à peu transformée.

D’abord, par le dépassement d’une déception amoureuse et la perception d’un fort appel de Dieu à croire en son amour et à me laisser guider par lui. Ensuite, par la découverte de ce qu’est le focolare, ce foyer, cette maisonnée où vivent dans l’amour mutuel quelques personnes consacrées à Dieu pour que rayonne l’unité, qui est sa présence au milieu d’elles. J’y reconnais ma vocation. Quelques mois plus tard, je quitte tout, mon emploi de conseiller agricole, mes amis, ma famille, mes affaires et je pars là où Dieu m’appelle.

Je vis d’abord vingt et un ans au focolare à Paris, prenant goût à parcourir notre capitale et ses environs pour les multiples rencontres et activités qui vont caractériser ces années(1). Notre communauté tisse en effet des liens avec des familles, des immigrés en difficulté, des jeunes professionnels, des personnes handicapées, et accompagne quelques-uns de ses amis dans la phase finale de leur longue maladie. Nous formons aussi des jeunes à l’idéal d’un monde uni à travers toutes sortes d’activités locales, régionales ou même internationales. Plusieurs ados travaillent leurs muscles au cours de mémorables randonnées en montagne.

Côté travail, j’ai la chance d’entrer dans la formation de responsables professionnels agricoles puis d’éducateurs en milieu scolaire, en devenant membre de sympathiques et compétentes équipes de formateurs. J’en suis heureux car cette profession correspond davantage à mes goûts et à mes aptitudes. Je me rends compte que Dieu récompense au centuple ma réponse à son appel.

> Nouveaux horizons

Au bout de cette étape parisienne, j’ai besoin de changer d’air et mon souhait va être satisfait au-delà de mes attentes, car on m’appelle à Montréal. Le Québec possède des attraits à nul autre pareils : la neige en hiver, la cabane à sucre au printemps, le festival de jazz et les écureuils en été, puis le jeu phénoménal des couleurs des érables au cours de l’été indien. Mais d’autres richesses marquent mes cinq années québécoises : l’unité entre nous au focolare, qui rassemble les nationalités québécoise, vietnamienne, libanaise, française, belge, italienne, hongroise. Notre témoignage est d’autant plus beau qu’il n’est pas gagné d’avance.

Côté travail, je suis engagé comme animateur dans deux aventures ecclésiales : le synode diocésain des familles en l’an 2000, puis l’étape montréalaise des JMJ de Toronto en juillet 2002. Deux expériences enrichissantes à tous points de vue, qui ne corrigent pourtant pas complètement en moi un soupçon d’anticléricalisme.

Je ne m’y attends pas : quatre ans plus tard, je suis ordonné prêtre pour les besoins du Mouvement au sein duquel je vis depuis trente ans en communauté de laïcs consacrés. À vrai dire, c’est le fruit inattendu d’une épreuve. Après Paris et Montréal où je me suis épanoui dans l’exercice des responsabilités, j’ai été appelé dans un centre de formation du Mouvement en Suisse, où l’on a surtout besoin de moi comme jardinier ! Cela m’a contrarié, mais j’ai joué le jeu et me suis mis au travail avec courage. Alors qu’on m’encourageait à préparer une licence de théologie, un signe m’a fait prendre conscience de ma vocation au sacerdoce. Chiara, notre présidente, le confirme et c’est un ami des Focolari, le cardinal archevêque de Prague, Mgr Miloslav Vlk, qui m’ordonne et me met au service du Mouvement.

Focolarino prêtre en Afrique

Je suis alors envoyé en Afrique, dans un gros village igbo au sud-est du Nigeria où les Focolari travaillent dans la riziculture, développent une école maternelle et primaire, et promeuvent la fraternité entre tous. Familles, jeunes, prêtres : les membres du Mouvement se multiplient peu à peu à travers mille difficultés et quelques épisodes mémorables.

L’un d’eux est mon enlèvement, un jour, par sept bandits armés de fusils. Mon « Ami », comme je l’appelle, me délivre de leurs mains : passé le choc du moment, il me donne assez de paix intérieure pour que tout se termine par ma libération sans paiement d’aucune rançon… en contrepartie d’une bénédiction et d’un Notre Père récité avec mes ravisseurs !

Après le Nigeria, ce sera le Burkina Faso et le Kenya : autant d’années et de lieux où je découvre les valeurs culturelles et spirituelles du grand continent africain. J’ai la chance de les mettre en lumière en travaillant en équipe au centre pour l’inculturation que Chiara Lubich a fondé au Kenya en 1992.

Un secret dans mon itinéraire ? Oui : Marie est la discrète actrice de ma vie. Je lui dois la découverte de ma vocation au focolare et, trente ans plus tard, le signe de mon appel au sacerdoce. Le récit de ma vie en témoigne : je l’ai intitulé Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix(2).

Philippe DEROO

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1) Philippe sera un temps animateur des ventes pour les éditions Nouvelle Cité [NDLR].
2) L’autobiographie de Philippe Deroo, publiée en 2021 et présentée dans le Nouvelle Cité de juillet-août 2021, est disponible en écrivant à philippederoo@yahoo.fr [NDLR].

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