L’apport de chacun est précieux et irremplaçable

L’apport de chacun est précieux et irremplaçable. RESPONSABLES DU MOUVEMENT DES FOCOLARI EN FRANCE, Isabelle de Moffarts et Fabio Bertagnin s’expriment sur le caractère nouveau du mode de gouvernance (un duo appuyé d’un quatuor), les sujets importants, la manière d’affronter des réalités douloureuses et la nécessité de prendre part aux chantiers actuels de l’Église.

NOUVELLE CITÉ : Dans quel état d’esprit démarrez-vous la mise en œuvre de cette nouvelle responsabilité ?
Isabelle de Moffarts : Avec confiance, et ce, malgré les défis. Nous commençons une forme de gouvernance nouvelle, avec une équipe de six personnes et un suppléant [cf. note plus bas], même si statutairement Fabio et moi-même assumons la responsabilité de ce mandat. Éloignés géographiquement, nous nous retrouvons une fois par semaine sur Zoom et nous avons prévu de passer un week-end ensemble début février.

Fabio Bertagnin : Nous avons reçu pour consigne de travailler de manière synodale. L’enjeu est de comprendre ce qui apparaît comme prioritaire aux yeux des gens, de travailler non seulement « pour » mais « avec ». Nous cherchons comment avancer tous ensemble, dans un processus qui implique tout le Mouvement.

N. C. : Qu’est-ce qui vous semble prioritaire ?
I. de M. : Nous mettre à l’écoute de ce qui se vit. Nous souhaitons valoriser l’existant avant d’entreprendre de nouveaux chantiers. Beaucoup de belles initiatives existent, qui rejoignent les orientations mondiales du Mouvement. Nous souhaitons les encourager, libérer les énergies positives et identifier ce qui peut les freiner.

L’esprit des Focolari, dans la manière dont les membres le vivent entre eux, s’apparente plus à celui d’une famille que d’une institution. Certes, avec des milliers de personnes de par le monde, cela demande une organisation mais l’organisation n’est pas première. Je voudrais que chaque personne inspirée par la spiritualité de l’unité et par l’Évangile sente qu’elle n’agit pas seule, qu’elle est engagée avec d’autres, qu’elle peut compter sur le soutien et la force d’un ensemble. Que chacun se sente libre d’apporter son expérience, ses talents, sa personnalité, convaincu que son apport est irremplaçable et que c’est sur cette base-là que nous comprendrons comment avancer ensemble.

F. B. : Nous venons de vivre une année compliquée avec un arrêt brusque de la gouvernance, mais des choses ont continué à avancer et de nouvelles sont nées comme la Mariapolis de Ressins, les parcours ZoomTonCouple et GPS Affectif, par exemple, dont les échos sont positifs. Tout ce qui a été lancé en rapport avec les souffrances liées aux agressions sexuelles et aux abus est très important. Je perçois ce besoin impérieux de vérité, de libération de la parole, de levée de certains tabous. La vérité est une clé pour l’avenir de notre Mouvement. Nous ne pouvons plus ignorer la souffrance d’individus au nom du collectif. Il faut voir l’enquête de GCPS Consulting [cf. note plus bas] comme une réponse au besoin d’aller au bout de la vérité.

N. C. : Comment se préparer à la réception de ce rapport d’enquête de GCPS Consulting ?
I. de M. : Nous avons envoyé une lettre aux membres du Mouvement pour inviter chacun à prendre le temps de faire le point sur le rapport de la Ciase et sur ce qu’ont vécu les évêques à Lourdes début novembre 2021. Il convient de se laisser imprégner par cette souffrance. Avant de prendre des décisions sur ce problème d’une extrême gravité, les évêques ont traversé une expérience collective de conversion, d’ouverture du cœur. Méditons sur ce qui s’est passé, conscients que nous allons vivre quelque chose d’analogue, bien que dans des proportions différentes. Nous voulons nous aussi nous mettre dans une posture d’écoute et d’apprentissage, en collaboration avec l’Église. Cependant, il ne suffit pas que quelques personnes responsables prennent des décisions. Nous souhaitons nous mettre collectivement à l’écoute des victimes et comprendre ce qui a dysfonctionné.

Même si l’appréhension est légitime, n’ayons pas peur. Notre recherche de vérité pour tenter de comprendre l’inimaginable est avant tout au service des victimes. Elle permettra aussi un futur meilleur, sur des bases plus solides.

N. C. : Le Mouvement a-t-il besoin d’aides extérieures ?
F. B. : Dans notre équipe, nous ressentons le besoin d’être aidés, conseillés par des personnes extérieures concernant beaucoup d’aspects, notamment pour accompagner les souffrances exprimées. Mais il n’est pas possible d’externaliser la souffrance. Celle-ci nous appartient. Nous ne pouvons pas nous exonérer de la souffrance d’un frère, d’une mère, d’un membre de notre famille ! Même si, pour

« Nous aspirons à des relations libres et vraies. Il s’agit de retrouver une liberté de parole entre nous. » Fabio Bertagnin

guérir, il faut parfois faire appel à un médecin, un psychologue…

I. de M. : Le Mouvement est né d’un élan charismatique : Dieu est Amour, l’amour vainc tout, mettons tout en commun… Nous l’avons vécu de notre mieux mais sans tenir compte de toutes les exigences de notre humanité. Des garde-fous sont indispensables. Nous devons les voir comme des aides pour mieux mettre en œuvre les idéaux des premiers temps. Pour aimer les personnes en souffrance, la générosité est positive mais parfois, par incompétence ou méconnaissance, nous faisons plus de mal que de bien. Nous devons reconnaître et accepter nos limites.

N. C. : Comment voyez-vous la communication interne et externe des Focolari ?
F. B. : Plusieurs personnes m’ont parlé de dysfonctionnements. Nous sommes passés d’une communication descendante à un fonctionnement en réseau, créé de façon spontanée. Il est nécessaire d’ordonner tout cela et de professionnaliser notre communication. Mais la question ne sera pas résolue uniquement par une structuration professionnelle ou technique. Elle implique plus généralement un nouveau mode relationnel. Travaillons la qualité des liens entre tous. Nous avons besoin de retrouver une capacité relationnelle basée sur la confiance et de mettre en œuvre des actions concrètes pour la restaurer. Sans ces bases, une structure, même parfaite, ne sera pas satisfaisante.

I. de M. : La communication est un chantier à prendre au sérieux. Nous sommes une œuvre multiforme parfois difficile à définir, donc il  nous faut y travailler pour plus de lisibilité.

N. C. : Quelle part les Focolari peuvent-ils prendre au synode sur la synodalité ?
I. de M. : Nous allons y participer à deux niveaux : chacun dans ses engagements locaux et à l’intérieur du Mouvement, avec la remontée des réflexions lancées dans les groupes locaux. La contribution spécifique des Focolari est très importante. Nous croyons dans cette dynamique lancée par le pape François !

Propos recueillis par Émilie TEVANE et Philippe CLANCHÉ

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RAPPORT D’ENQUÊTE DE GCPS CONSULTING
La publication est reportée « au premier trimestre 2022 », a indiqué le site de GCPS Consulting le 23 novembre 2021. Il s’agit d’un organisme indépendant chargé par le Mouvement de mener une enquête relative aux agressions sexuelles commises par J.M.M., ancien focolarino consacré, vivant en France, et de déterminer les responsabilités dans le silence autour de cette affaire.

Les membres des Focolari en France sont toujours invités à signaler toute information utile à GCPS Consulting par mail : inquiry@gcps.consulting ou bien par téléphone : 06 11 12 93 93.

L’ÉQUIPE DE PILOTAGE AU COMPLET
Élisabeth Bénichou et Sylvain Renard ont complété l’équipe, aux côtés de Marie-Pierre et Christophe Siffert, autour d’Isabelle de Moffarts et Fabio Bertagnin.

Mariée, retraitée de l’Éducation nationale et engagée dans la protection de l’environnement, Élisabeth est diplômée de géographie et titulaire d’un DU d’enseignement religieux à l’université catholique de Lyon. Avec son mari, Jean-Marc, en Haute-Savoie où ils habitent, elle a été déléguée de la pastorale familiale du diocèse d’Annecy pendant neuf ans. Elle est déléguée pour la branche des volontaires des Focolari depuis 2018.

Titulaire d’une thèse appliquée en électronique, Sylvain travaille depuis 16 ans dans un groupe international de production de véhicules industriels. Après avoir vécu un an en Inde et six ans au Japon avec sa femme et leur fille, il habite aujourd’hui dans la région lyonnaise. Délégué des volontaires, il sera assisté pour cette nouvelle mission par Jean-Jacques Argenson, lui aussi volontaire.

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