J’aime donc je crois – interview de Michel Vandeleene

J'aime donc je crois

En septembre paraîtra Croire à l’amour. En dialogue sur la foi, le livre italien traduit en français de Michel Vandeleene, un amoureux de Dieu qui a mis toutes ses compétences de pédagogue, théologien et psychologue à témoigner auprès des jeunes de sa foi et de la foi chrétienne.

Nouvelle Cité : Pourquoi cet ouvrage destiné aux jeunes? S’adresse-t-il exclusivement à de jeunes chrétiens?

Michel Vandeleene : Derrière ce petit livre, il y a 25 ans d’enseignement auprès des jeunes mais l’ouvrage est né d’une série de week-ends d’entretiens avec certains, motivés, qui voulaient réfléchir à la foi. Parmi eux se trouvaient des non-croyants et des jeunes en recherche comme j’ai pu l’être moi-même à 17 ans. Leur génération n’a pas toujours de la foi chrétienne une vue d’ensemble, s’arrête à des détails ou bien témoigne de son ignorance. Ce livre se veut un instrument qui les aide à connaître l’essentiel (l’Eucharistie, l’Incarnation, la Trinité, Jésus le personnage historique…).

Comme ont pu l’être les contemporains du Christ, les  lecteurs sont guidés dans leur parcours vers cette affirmation inouïe qu’il était bien Fils de Dieu. C’est une sorte de plan incliné vers le youcat, le catéchisme de l’Église catholique pour les jeunes, une vraie catéchèse qui peut parler aussi à des adultes. Il y a quelques semaines par exemple, j’ai animé en Belgique une retraite pour un groupe de familles avec ce livre pour les accompagner.

N. C. : Vous vous exprimez en théologien et en croyant, à titre personnel. Pourquoi cette volonté de vous impliquer ?

M. V. : Il s’agit moins de transmettre un savoir que de communiquer une expérience personnelle de la foi, de ce qui m’anime et de ce que j’en comprends. Selon moi, on ne peut vraiment transmettre que ce que l’on est. Le Christ est celui qui parlait avec le plus d’autorité car il était véritablement ce qu’il disait. Or, avant toute chose, les jeunes sont réceptifs à l’authenticité, à la sincérité, à la transparence et surtout à la manière dont leurs interlocuteurs gèrent leurs faiblesses et leurs blessures car beaucoup de ces jeunes vivent des expériences douloureuses, malheureuses. Ils sont plus sensibles à des paroles fondées sur l’être que sur des théories toutes faites. Le « Je n’ai rien à vous cacher » leur parle énormément. Il ne faut donc pas hésiter à se montrer vulnérables, à leur confier qu’on est passé par des épreuves mais que l’Amour de Dieu guérit bien des plaies. On souffre, on pleure mais on persévère et on croit envers et contre tout.

N. C. : Votre premier chapitre s’intitule « Foi et raison ». Comment articuler un « saut dans le noir » avec un choix de l’intelligence?

M. V. : Certes, le premier coup de pédale se donne dans l’obscurité mais la dynamo du vélo finit par éclairer notre route. Et je suis persuadé que Dieu nous répond beaucoup plus souvent que nous le pensons. Bien sûr, il y a les drames de la vie, le mystère du mal. Quiconque croit peut être assailli par le doute et nous disposons de signes et d’indices à défaut de preuves et de réponses. Mais Dieu se révèle, y compris lorsqu’il pleure avec nous et nous rejoint dans notre misère. En même temps, il demeure caché, ce qui fait que nous restons libres. Croire est un acte de confiance.

Les paroles de Jésus sont différentes des nôtres, de celles de tous les autres hommes, même des meilleurs, des plus intelligents et même des plus saints.

Saint Thomas d’Aquin parle de l’intelligence poussée par la grâce et Pascal nous rappelle que « le cœur a ses raisons
que la raison ne connaît pas ». Personnellement, je suis arrivé à la foi par une déclaration d’Amour lorsqu’un ami m’a demandé à plusieurs reprises : « Michel, tu aimes Dieu ? » Ce 7 janvier 1975, il y eut un vrai moment de déclic et le cœur a parlé à l’esprit. Plus tard, allant au-delà de ce moment mystique, c’est en étudiant la théologie que j’ai compris que j’avais suivi l’Esprit Saint qui m’appelait au plus profond. J’ai alors perçu toute la cohérence, la logique de la foi chrétienne, et le mouvement des Focolari m’a donné la clé pour la vivre au quotidien.

N. C. : Beaucoup de parents et de grands-parents se sentent impuissants à transmettre leur foi aux nouvelles générations, qu’avez-vous envie de leur dire?

M. V. : Je comprends tout à fait cette souffrance, ce sentiment de culpabilité de ne pas avoir réussi à faire goûter à leurs enfants ou petits-enfants ce trésor de la foi et du sens de la vie qu’elle véhicule. Mais on ne sait jamais ce que des graines semées produisent sur le long terme. J’ai vécu récemment en famille un mariage « spirituel ». Les époux se sont dit des choses magnifiques. Leur amour est mûr, profond, intelligent, intégral, sincère. On sentait pendant la célébration toutes les valeurs dont ils ont été nourris, de fécondité, de fidélité, d’ouverture à la société. Il y avait là tous les éléments d’un mariage chrétien, hormis des références explicites à la religion. Aussi, lorsque est venu le moment de les bénir par l’assemblée, nous avons trouvé une formule pour exprimer le fait que Dieu les rejoignait dans leur cheminement. L’Église, pour peu que ses rites ne soient pas trop dogmatiques, cadrés et moralistes, peut susciter cette mise en route vers Lui. Et si la foi est un don de Dieu, pour moi, la soif, le désir de le connaître, sont déjà des dons. Il appartient alors aux chrétiens d’accompagner ces personnes en recherche en tant que guides et éveilleurs pour leur montrer ce Dieu qui passe inaperçu.

Nous croyons à l’Amour, et l’Amour guérit, l’Amour purifie, l’Amour repêche, l’Amour vainc tout. Dieu trace des lignes droites avec nos lignes tordues.

N. C. : Vous évoquez l’amour comme l’expression de Dieu et le moyen de le connaître. Mais des non-croyants et des personnes d’autres religions le vivent. Il arrive même qu’ils sacrifient leur vie au nom de cet amour !

M . V. : De fait, j’ai énormément d’admiration pour eux et peut-être nous précéderont-ils au paradis. Avec eux, nous pouvons partager des valeurs, un style de vie. Croire à l’Amour, c’est déjà énorme. Reste à comprendre de quelle forme d’amour il s’agit. En cela les sciences humaines nous aident à en distinguer les faux-semblants, les pièges tels que la possession ou la dévoration de l’autre. Pour autant, je suis persuadé que les chrétiens ont des raisons et de l’énergie supplémentaires pour aimer. Nous possédons une source : nous croyons en l’Amour personnel de Dieu pour nous et nous sommes invités à nous abandonner, en tissant des liens entre nous, à son Amour.

Propos recueillis par Chantal JOLY
chantal.joly@nouvellecite.fr


Retrouvez d’autres articles en feuilletant le numéro de la revue Nouvelle Cité juillet-août 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *