J’ai compris à quel point la vie est un don

En allant vers les portes de la mort, j’ai compris à quel point la vie est un don

À 14 ans, Marie a été hospitalisée pour troubles anxieux et anorexie. Aujourd’hui étudiante en deuxième année d’orthophonie à Montpellier, elle ressent le besoin de témoigner de cette expérience douloureuse et pourtant lumineuse. Le soutien et les prières de ses parents, la prise en charge d’une équipe médicale remarquable, l’écoute de ses amies, l’écriture, même, l’ont sauvée, et Dieu certainement, « était à l’œuvre »… « J’ai compris à quel point la vie est un don. »

Petite, j’étais une fille pleine de vie, curieuse, bavarde, gourmande et sensible. Une vie de famille simple et belle. Un grand frère, une petite sœur, deux parents qui s’aiment. Des cousins et cousines. Des copains et des copines. De la flûte. Du judo. À l’école, tout roule. Je fais mon petit bonhomme de chemin… mais, en CM1, je suis déstabilisée par une maîtresse très désorganisée. Je perds tous mes repères. Angoisses. Insomnies. Perte d’appétit. Phobie. Je ne veux plus aller en cours. Mes parents s’inquiètent, je commence à voir des spécialistes en tout genre. Pour couronner le tout, cette même année commence une puberté précoce. Pourtant la fin du primaire sera relativement paisible.

Au début du collège, les angoisses reviennent. De nouveau des spécialistes. C’est épuisant. En quatrième, c’est la dégringolade. Angoisses. Fatigue extrême. Mal-être intense. Début de dépression. Et l’anorexie pointe son nez. Idées suicidaires. Mes parents s’inquiètent et agissent. Des psychologues, des psychiatres, acupuncteur, auriculothérapeute, etc. Apaisement de courte durée tout au mieux. Ma santé se dégrade. Des idées noires sont de plus en plus présentes. Je restreins de plus en plus ma nourriture, je perds du poids. Mes parents sont démunis.

Un état alarmant

Juillet 2011. Je vais à la Mariapolis de Notre-Dame du Laus. Terrible. Je suis perdue. Je redeviens un petit enfant. Maman me sert mon repas. Plus aucune confiance. J’ai peur. Avec mon papa, on marche, on discute, on va prier à la petite chapelle. La Mariapolis se finit, c’en est trop. Je capitule et je demande à mes parents d’appeler l’hôpital. J’ai besoin d’aide.
Le ciel me tombe sur la tête lorsque j’apprends que je ne ferai pas ma rentrée en septembre. À part des habits, je me souviens que j’emporte à l’hôpital un cahier, des crayons et une Bible.
Dernier entretien avec mes parents. Le cadre est mis. Pas de visites. Pas de contact avec l’extérieur. Repas en chambre. Sport interdit. Pesée toutes les semaines. Temps de chambre obligatoire, etc.

« À travers la souffrance j’ai beaucoup mûri »

Les au revoir sont déchirants. Le dernier mot de papa c’est « Chiara ». La veille il m’avait dit que ce serait notre code. On prierait avec Chiara pour pouvoir, ensemble, se parler. De mon côté, la prière est difficile. Je me suis éloignée de la foi. Mais je sais que mon papa priera pour moi. Et ma maman « Tu es entre de bonnes mains ». Des paroles apaisantes et réconfortantes dans un moment douloureux. Cela m’aide à accepter cette situation. Aujourd’hui, je l’interprète aussi : « Tu es entre les mains de Jésus. Fais confiance. »
Les conditions sont très dures. Je pleure, je pleure. Je ne pèse plus qu’à peine 35 kilos pour presque 1,60 m. Ostéopénie, arrêt de la croissance, arrêt de la puberté. Aménorrhée. Carences. Battements cardiaques pas assez élevés. Niveau somatique. Rien d’urgemment vital mais mon état est alarmant. Je n’ai eu aucun contact pendant plus de trois mois.
Plusieurs hospitalisations, de juillet 2011 à 2013, sont à la fois très douloureuses et enrichissantes.
Puis une période avec des hauts et des bas. Un déclic arrive en mai 2015, un mois avant le bac. Je me dis : « J’ai tout gâché, toute mon adolescence. Je vois les autres lycéens s’amuser et sortir. Et moi je suis encore enfermée dans le contrôle et la maladie ; le boulot et la performance ». C’est comme un second tsunami qui m’engloutit. J’ai la chance d’avoir l’oreille très précieuse d’une amie. Et le soutien de mes parents et de la psychiatre. Étonnamment je retrouve l’envie de VIVRE ! Mon corps s’est remis à souffler à la fin de ma terminale. J’ai repris plusieurs kilos de vie, ce qui ne s’est pas fait  pas sans heurts. J’ai fait de belles rencontres les années suivantes.

Rendre grâce

Je ne sais pas si je peux me considérer comme guérie. L’anxiété peut encore se manifester de temps à autre. Et l’anorexie me joue encore des tours. J’ai encore besoin d’un traitement et je suis toujours suivie par des professionnels. Mais aujourd’hui je VIS, je suis EN VIE.
Je ne regrette pas tout ce parcours car à travers la souffrance j’ai aussi beaucoup grandi et mûri. J’ai aussi décuplé une FORCE intérieure, cette force de se battre, bien que nombre de fois j’ai voulu tout arrêter. Dans cette période noire, la foi n’était pas quelque chose à laquelle je pouvais me raccrocher même si je crois, aujourd’hui, que Dieu était présent.
Comme je ne pouvais pas voir mes parents, je leur écrivais des lettres. Ça m’a libérée, aidée à dépasser la souffrance de leur absence.

En allant vers les portes de la mort, j’ai compris à quel point la vie est un DON. Éphémère. Alors j’essaie de rendre grâce autant que je le peux à Dieu. De témoigner ma gratitude à toutes les personnes qui m’entourent.

En arrivant à Montpellier, avec la paroisse étudiante, très dynamique, je me suis remise à aller à la messe. J’ai encore du mal à prier. Mais je ne me juge plus. Et grande nouvelle : je vais commencer la préparation à la confirmation. La redécouverte de la foi passe aussi par le fait de ressentir Dieu dans des choses toutes simples : l’odeur des pins, le souffle chaud du vent sur sur ma peau, savourer l’instant présent. J’arrive plus à me confier et à remettre tout dans les mains de Jésus : « Est-ce que tu peux me délivrer de mes souffrances ? »

Marthe Robin aussi est devenue une personne à laquelle je m’adresse dans la prière. L’année dernière, lors d’une rechute, mon père m’a proposé d’aller à Châteauneuf-de-Galaure pour déposer mes souffrances auprès de Dieu par son intercession. Mais c’était trop dur pour moi d’y aller. Alors j’ai écrit sur un papier ce que je ressentais. Et mes parents sont allés le déposer pour moi. En juillet dernier avec papa et une amie, nous y sommes allés pour rendre grâce.

Par ce témoignage, je veux juste partager ce qui m’a sauvée : la confiance et la persévérance. Si j’ai pu reprendre pied, si je suis encore en VIE, c’est d’abord grâce à Dieu. Vraiment Dieu est amour.

Marie

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(Témoignage donné aux jeunes filles engagées chez les Focolari les 1er et 2 septembre 2018 à Sète.)

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