Gouverner, c’est servir

Gouverner c 'est servir

Gouverner, c’est servir. EN SEPTEMBRE, la présidente et le co-président des Focolari ont participé à Rome à la rencontre annuelle des associations de laïcs, des mouvements d’Église et des communautés nouvelles. S’adressant aux participants, le pape François a pointé deux dangers dans la gouvernance : la soif de pouvoir et la déloyauté. Nous publions de larges extraits de son discours.

En tant que membres d’associations de fidèles, de mouvements ecclésiaux internationaux et d’autres communautés, vous avez une véritable mission ecclésiale. Avec dévouement, vous cherchez à vivre et à faire fructifier les charismes que l’Esprit Saint, par l’intermédiaire des fondateurs, a donnés à tous les membres de vos associations, au bénéfice de l’Église et des nombreux hommes et femmes auxquels vous consacrez votre apostolat.

Même avec vos limites et vos péchés quotidiens, vous êtes un signe clair de la vitalité de l’Église : vous représentez une force missionnaire et une présence prophétique qui nous donne de l’espoir pour l’avenir. Vous aussi, avec les pasteurs et tous les autres fidèles laïcs, vous avez la responsabilité de construire l’avenir du saint peuple fidèle de Dieu. Mais n’oubliez jamais que construire l’avenir ne signifie pas abandonner le jour présent que nous vivons ! Au contraire, l’avenir doit être préparé ici et maintenant, « dans la cuisine », en apprenant à écouter et à discerner le temps présent avec honnêteté et courage, et en étant prêts à une rencontre constante avec le Seigneur, à une conversion personnelle constante. Sinon, vous courez le risque de vivre dans un « monde parallèle », distillé, loin des vrais défis de la

Nous tous, chrétiens, sommes toujours en mouvement, toujours en conversion, toujours en discernement.

société, de la culture et de toutes ces personnes qui vivent à vos côtés et qui attendent votre témoignage chrétien. En effet, l’appartenance à une association, à un mouvement ou à une communauté, surtout s’ils se réfèrent à un charisme, ne doit pas nous enfermer dans un « tonneau de fer », nous faire sentir en sécurité, comme s’il n’était pas nécessaire de réagir aux défis et aux changements. Nous tous, chrétiens, sommes toujours en mouvement, toujours en conversion, toujours en discernement.

Penser que nous sommes « nouveaux » dans l’Église – une tentation qui arrive souvent aux nouvelles congrégations ou mouvements – et donc que nous n’avons pas besoin de changement peut devenir une fausse sécurité. Même les nouveautés vieillissent vite ! C’est pourquoi le charisme auquel nous appartenons doit être de plus en plus approfondi, et nous devons toujours réfléchir ensemble pour l’incarner dans les nouvelles situations que nous vivons. Pour ce faire, une grande docilité et une grande humilité sont requises de notre part, afin de reconnaître nos limites et d’accepter de changer des manières de faire et de penser dépassées, ou des méthodes d’apostolat qui ne sont plus efficaces, ou des formes d’organisation de la vie interne qui se sont révélées inadéquates ou même nuisibles.

Le décret sur les associations internationales de fidèles, promulgué le 11 juin2 est un pas dans cette direction. Il nous incite à accepter certains changements et à préparer l’avenir à partir du présent. C’est la réalité des dernières décennies qui nous a montré la nécessité des changements demandés.

Aujourd’hui, vous vous attardez sur un thème important non seulement pour chacun d’entre vous, mais pour toute l’Église : « La responsabilité de la gouvernance dans les associations de laïcs : un service ecclésial ». Gouverner, c’est servir. L’exercice de la gouvernance au sein des associations et des mouvements est un thème qui me tient particulièrement à cœur, surtout si l’on considère les cas d’abus de toutes sortes qui se sont produits dans ces réalités et qui trouvent toujours leur origine dans l’abus de pouvoir. Voilà l’origine : l’abus de pouvoir. Il n’est pas rare que le Saint-Siège, ces dernières années, ait dû intervenir, lançant de difficiles processus de réhabilitation. Et je ne pense pas seulement à ces situations très laides, qui font beaucoup de bruit, mais aussi aux maladies qui proviennent de l’affaiblissement du charisme fondateur, qui devient tiède et perd sa capacité d’attraction.

Dans la pratique, la délégation aux autres est vidée par l’empressement à être partout.

Les postes de gouvernance qui vous sont confiés dans les groupes de laïcs auxquels vous appartenez ne sont rien d’autre qu’un appel à servir. Mais qu’est-ce que cela signifie pour un chrétien de servir ? À plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de souligner deux obstacles qu’un chrétien peut rencontrer sur son chemin et qui l’empêchent de devenir un véritable serviteur de Dieu et des autres.

La première est la « soif de pouvoir » : lorsque cette soif de pouvoir vous fait changer la nature du service gouvernemental. Combien de fois avons-nous fait sentir aux autres notre « soif de pouvoir » ? Jésus nous a enseigné que celui qui commande doit devenir comme celui qui sert (Lc 22,24-26) et que « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous » (Mc 9,35). Jésus, en d’autres termes, renverse les valeurs de la mondanité.

Notre désir de pouvoir s’exprime de nombreuses façons dans la vie de l’Église ; par exemple, lorsque nous croyons, en vertu du rôle que nous avons, que nous devons prendre des décisions sur tous les aspects de la vie de notre association, diocèse, paroisse, congrégation. Nous déléguons les tâches et les responsabilités de certains domaines à d’autres, mais seulement en théorie ! Dans la pratique, la délégation aux autres est vidée par l’empressement à être partout. Et cette volonté de puissance annule toute forme de subsidiarité.

Il existe un autre obstacle au véritable service chrétien, et celui-ci est très subtil : la déloyauté. Nous le rencontrons lorsque quelqu’un veut servir le Seigneur mais sert aussi d’autres choses qui ne sont pas le Seigneur (et derrière les autres choses, il y a toujours l’argent). C’est un peu comme jouer un double jeu ! Nous disons en paroles que nous voulons servir Dieu et les autres, mais dans les actes nous servons notre ego, et nous cédons à notre désir de paraître, de gagner la reconnaissance, l’appréciation… N’oublions pas que le véritable service est gratuit et inconditionnel, il ne connaît ni calculs ni exigences.

Et nous tombons dans le piège de la déloyauté lorsque nous nous présentons aux autres comme les seuls interprètes du charisme, les seuls héritiers de notre association ou de notre mouvement ou lorsque, nous croyant indispensables, nous faisons tout pour occuper des postes à vie ; ou encore lorsque nous prétendons décider a priori qui doit être notre successeur. Personne n’est le maître des dons reçus pour le bien de l’Église – nous sommes des administrateurs –, personne ne doit les étouffer, mais les laisser croître, avec moi ou avec ce qui vient après moi. Chacun, là où il est placé par le Seigneur, est appelé à les faire croître, à les faire fructifier, confiant dans le fait que c’est Dieu qui opère tout en tous (1 Co 12, 6) et que notre vrai bien porte du fruit dans la communion ecclésiale.

Chers amis, dans l’exercice du rôle de gouvernement qui nous est confié, apprenons à être de vrais serviteurs du Seigneur et de nos frères et soeurs, apprenons à dire « nous sommes des serviteurs inutiles » (Lc 17,10). Gardons à l’esprit cette expression d’humilité, de docilité à la volonté de Dieu, qui fait tant de bien à l’Église et rappelle la bonne attitude pour y travailler : l’humble service, dont Jésus nous a donné l’exemple en lavant les pieds des disciples (Jn 13,3-17). Nous sommes des membres vivants de l’Église et pour cela nous devons faire confiance à l’Esprit Saint, qui agit dans la vie de chaque association, de chaque membre, agit en chacun de nous. D’où la confiance dans le discernement des charismes confiés à l’autorité de l’Église. Soyez conscients de la puissance apostolique et du don prophétique qui vous sont remis aujourd’hui de manière renouvelée.

Pape François

À NOTER
« Dans la définition des critères pour une gestion prudente du gouvernement des associations, le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie a estimé nécessaire de réglementer les mandats des fonctions de gouvernement en termes de durée et de nombre, ainsi que la représentativité des organes de gouvernement, afin de promouvoir un sain renouvellement et de prévenir des appropriations qui ont suscité des violations et des abus dans le passé. » Extrait du Décret du 3 juin 2021

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