Faire réfléchir par le dessin

Je suis né dans les années 80, en plein âge d’or des dessins animés. Pour mes parents, très réfractaires à la télévision, c’était difficile de bloquer les multiples chemins de ce flux incessant, alimenté par ses objets dérivés. À 4 ans, je collectionnais déjà des cartes de séries que je n’avais encore jamais vues. Lors des vacances chez mes grands-parents j’ai commencé mon « gavage » télévisuel. Je me levais à l’aube, surexcité par cette matinée d’images qui durerait jusqu’à midi. C’est au retour des vacances, avec l’absence du média télé, qu’est venu le désir créatif de continuer les aventures de mes héros sur papier. Cela aurait été complètement différent si j’avais eu la télévision à la maison, le dessin n’aurait jamais pu prendre le relais.

Aujourd’hui je n’ai toujours pas la télévision, mais je crée des dessins animés pour les enfants. Je me trouve dans une sorte de dilemme, pris entre le désir d’exprimer des valeurs grâce à l’impact de l’image animée, et la crainte que mes aventures soient regardées par des enfants passifs. Je véhicule par exemple les joies de l’aventure en plein air, l’entraide, la vie de famille, mais il m’est difficile de savoir si cela a  un impact sur le quotidien de mon jeune public.

L’image demeure le moyen le plus simple de faire passer une idée, des tableaux signalétiques aux panneaux publicitaires, nous vivons noyés dans les images. Chez moi, il y a plein de tableaux et de posters, le mur blanc m’angoisse, comme une page blanche qu’il faudrait remplir. Mais dehors, ce sont les publicités, les unes de magazines qui créent en moi un malaise. J’essaye à travers ce métier-passion de trouver un juste équilibre, l’image ne peut pas être seulement un outil marketing, elle doit être un chemin qui permet d’accéder à une idée.

« Le fond doit amener à faire réfléchir sans imposer de vision simpliste »

Pour illustrer un article de presse, un dossier, je décortique le thème donné. Mes croquis partent d’une réflexion en solitaire, mais je veille à être suffisamment explicite pour que le lecteur n’ait pas besoin d’avoir les mêmes références que moi pour comprendre mon dessin. Je pense toujours à la multiplicité d’yeux qui le regardera avec un avis différent. Mon humour sera en effet accueilli de mille et une manières. L’important reste que mon dessin apporte quelque chose en plus par rapport au texte. Selon moi, un dessin pertinent est un dessin dont la forme est dans l’air du temps, et dont le fond amène à faire réfléchir sans imposer de vision simpliste. En cela mon regard critique, induit notamment par ma foi,  transparaîtra toujours malgré moi. Mais je veux éviter de mettre les pieds dans le plat, en montrant des ficelles trop évidentes. J’essaye d’inviter le lecteur à la réflexion. Par son vécu et ses idées, c’est lui qui prendra la suite du chemin que j’ai esquissé, et il est possible qu’il le mène là où je n’aurais pas imaginé.

 

Jérémie GUNEAU, illustrateur et graphiste dans le dessin animé

Son blog : http://guneaujeremie.wordpress.com/

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