L’Économie de Communion ? C’est moi ! Un exemple américain

Aux États-unis, la société Mundell & Associates propose à des entreprises des solutions à leurs problèmes d’environnement. Ceci dans un esprit de communion insufflé par le PDG, John Mundell, un jour « appelé » à relever le défi de l’Économie de Communion.

NOUVELLE CITÉ : Quand et comment avez-vous découvert l’Économie de Communion ?

JOHN MUNDELL : Mon épouse Julie et moi-même avons rencontré pour la première fois les focolari à l’université Purdue en 1978. Nous avons été extrêmement frappés en voyant les personnes vivre cette spiritualité de communion. Nous en avons alors fait notre style de vie et élevé nos quatre enfants sur la base de l’Évangile. Un soir, nous sommes allés à une rencontre des focolari, quelques jours après le voyage de Chiara Lubich au Brésil en 1991, au cours duquel elle a lancé l’ÉdeC. Cette nouvelle idée consistant à « partager les bénéfices de l’entreprise avec les personnes dans le besoin » nous a enthousiasmés. Nous n’imaginions alors pas que cela allait devenir notre vocation mais nous ressentions tous deux le désir d’être « faits » pour cela. Nous ne pouvions pas rester sourds à cet appel.

N. C. : Une société « sans pauvres », n’est-ce pas un peu utopique ?

J. M. : Ces vingt dernières années, nous avons traduit en actes les valeurs de l’ÉdeC et nous avons vu notre entreprise prospérer tout en redistribuant ses bénéfices. Donc, ce n’est plus une utopie : c’est devenu réalité ! Vingt-trois ans après les débuts de l’ÉdeC, nous avons, dans le monde entier, un réseau de 860 entreprises dans plus de 50 pays qui travaillent dans les contextes les plus variés et dont chacune peut dire : « C’est possible ! »

N. C. : Concrètement, comment pratiquez-vous l’édec au sein de votre entreprise ?

J. M. : Les chefs d’entreprise et les sociétés socialement responsables qui font du « bon travail » avec « bon cœur » sont certes très nombreux dans le monde, mais pour nous, cela reste insuffisant. Nous voulons une dimension supplémentaire : la communion. Tous nos efforts doivent partir du désir de nous convertir en permanence à ce « nouveau » mode d’activité. Et, comme Chiara Lubich nous l’a souvent rappelé, nous devons d’abord « être et vivre » avant de parler. Pour nous, cela signifie être le premier à manifester de l’attention et du souci pour l’autre, partager ses défis et ses réussites comme s’il s’agissait des nôtres, traiter chacun de la même façon, avec respect, quelles que soient sa position et les répercussions de son attitude sur l’entreprise.

N. C. : Pouvez-vous détailler ce nouveau modèle de faire du business ?

J. M. : Cet « art » peut revêtir différentes formes : aider un collègue à achever une mission imprévue dans un délai imparti, permettre à nos employés de travailler dans un environnement agréable, être juste envers tous, aménager régulièrement des pauses dans les plages horaires afin de réduire le stress au travail, ou encore veiller à ne pas imposer un trop grand nombre d’heures supplémentaires. Cela signifie prévoir et dégager du temps pour des activités « non productives » qui permettent d’instaurer d’autres relations, en fêtant les anniversaires, en organisant des pique-niques ou des divertissements après le travail, etc. Cela peut signifier aussi encourager une communication claire et enrichissante entre tous afin de favoriser un dialogue franc et honnête. Cette façon de vivre en communion nous oblige à :

– consulter les autres lors des prises de décisions ;

– écouter vraiment ;

– respecter les idées des autres comme si c’étaient les nôtres ;

– vivre chaque jour des moments de partage avec ceux que nous côtoyons ;

– permettre à chacun d’exercer lui aussi des responsabilités en fonction de ses aptitudes ;

– dépasser notre ego en étant prêts à donner notre vie pour les autres.

Le travail en communion nous rappelle que c’est « le groupe », et non « l’individu », qui produit le meilleur, et que c’est seulement en acceptant de « perdre » nos idées que nous parvenons à trouver la meilleure idée pour tout le monde et pour l’entreprise. Ainsi, le plus grand défi à relever pour travailler en communion au sein de l’entreprise est bien en nous-mêmes.

N. C. : Pouvez-vous donner quelques exemples de défis auxquels vous faites face dans ce contexte ?

J. M. : À mesure qu’une entreprise se développe, ses activités deviennent plus complexes et le chef d’entreprise n’a plus la même souplesse. N’étant plus en mesure de suivre les événements dans le détail, il doit déléguer une partie de son autorité et de son pouvoir de décision. Il doit alors suivre de près ces délégations afin que les objectifs incontournables de l’ÉdeC restent inchangés. À ce stade, il peut se révéler nécessaire de développer des programmes qui enseignent les principes de l’ÉdeC et intègrent ses valeurs dans tous les aspects de l’économie : l’administratif, la production, la comptabilité et la finance, les ventes, le marketing, les ressources humaines. Ainsi, l’atmosphère instaurée par l’ÉdeC pénètre l’entreprise à tous les niveaux. Notre idéal, c’est une entreprise où tous les salariés connaîtraient et comprendraient les valeurs de l’ÉdeC et choisiraient librement de les vivre.

N. C. : Vous êtes engagé dans le réseau d’entrepreneurs de l’édec à l’échelle internationale. Quel est votre rôle ?

J. M. : Je fais partie de la commission qui s’efforce de coordonner les activités et le développement de l’ÉdeC dans le monde entier en soutenant de toutes les façons possibles les nouvelles entreprises, les recherches, les études universitaires, la promotion de programmes destinés à aider les personnes dans le besoin. Pour cela, nous gardons un contact permanent avec les commissions et les entrepreneurs locaux, à travers l’organisation de nombreuses rencontres et le partage de nos expériences. Je joue également un rôle actif dans le soutien au développement des nouvelles entreprises. J’aide à la gestion du site Business-to-Business (www.edc-info.org) qui leur permet de communiquer entre elles et de se soutenir. Je suis aussi très engagé dans le programme international pour la formation des jeunes qui cherche à faire entrer des étudiants en relation avec des entreprises de l’ÉdeC en activité. Récemment, nous avons également travaillé sur le dé de l’entreprise inspiré du dé de l’amour de Chiara Lubich. Grâce à un site internet (www.TheCompanyCube.org), à une page facebook et des applications pour téléphones mobiles, nous essayons de répandre la culture du don à travers cet outil tout simple.

N. C. : Comment l’édec est-elle perçue dans le pays champion du libéralisme et de l’entrepreneuriat, spécialement auprès des jeunes générations ?

J. M. : Après les crises économiques que nous avons traversées, il est apparu très clairement qu’en économie, on ne peut trouver le vrai bonheur uniquement en faisant de l’argent, mais aussi en contribuant à provoquer des changements sur le plan social et à construire une société meilleure. Les jeunes veulent s’épanouir davantage dans leur travail et l’ÉdeC leur offre un modèle viable auxquels ils peuvent participer. Ils la perçoivent comme quelque chose d’authentique. Nous espérons passer le flambeau à cette génération montante.

John Mundell, ingénieur environnemental et géologue depuis plus de 35 ans, John Mundell a contribué avec son épouse à la création d’une des plus grosses sociétés de gestion environnementale aux états-unis. Puis, il a fondé une petite agence de conseil, après avoir entendu parler de l’économie de communion. Basée à Indianapolis, Mundell & Associates emploie une vingtaine de personnes. Elle aide à nettoyer les sites industriels, trouver de l’eau potable pour diverses communautés et évaluer les risques pour la santé humaine et l’environnement.

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