États-Unis . Une société divisée à l’heure du vote

Etats-Unis. Une société divisée à l'heure du vote.

DANS UNE CAMPAGNE MARQUÉE PAR LA PANDÉMIE ET LES TENSIONS RACIALES, nombre d’électeurs, arc-boutés sur leurs certitudes partisanes, n’arrivent pas à échanger sereinement avec leurs voisins. Les Focolari, qui connaissent ces divergences en leur sein, tentent de faciliter ce dialogue. États-Unis. Une société divisée à l’heure du vote.

Mardi 3 novembre, sauf report de dernière minute, les électeurs des États-Unis sont appelés à élire – ou à réélire – leur président. La campagne est entamée depuis  bien longtemps, dans le contexte sanitaire que l’on connaît. La crise du Covid a précipité la primaire démocrate au bénéfice de Joe Biden et perturbe le projet de  réélection de Donald Trump, en bonne voie en début d’année quand l’économie était florissante.

Comme toujours, la population américaine va vivre avec passion cette confrontation. « Les habitants affichent facilement leurs préférences, à travers des pancartes  devant leurs maisons ou sur les pare-chocs de leurs voitures¹ », raconte le journaliste Didier Combeau. Les militants se mobilisent principalement autour de sujets de  société : « La discrimination positive pour les minorités ethniques, les droits des minorités sexuelles, les armes à feu ou encore l’avortement », cite le journaliste.  Paradoxalement, cet enthousiasme ne se traduit pas dans les urnes (55 % de participation en 2016).

Dans cette campagne présidentielle 2020, la qualité, voire l’existence d’un réel débat dans la société, interroge. Bien avant l’irruption de l’insaisissable président actuel,  les tensions se sont accrues, en raison notamment de l’évolution des médias. « Depuis la fin des années 90, on assiste à une grande polarisation de la vie politique,  notamment avec l’arrivée des chaînes d’information en continu² », observe Gilles Biassette, qui suit les États-Unis pour La Croix depuis de nombreuses années. «  Chaque électeur regarde le média qui défend ses couleurs, renforce sa conviction et le débat devient impossible. » Persuadés de détenir la vérité, les citoyens  américains affirment sans souci d’échanger. « Dans certaines familles, on évite de parler de politique. C’est un sujet tabou », ajoute Gilles Biassette. « On est pour ou  contre Trump. » Son style n’arrange rien. « Avant, un candidat en campagne cherchait à s’adresser à tous les Américains. Or Trump a mené sa campagne de 2016 en  tapant sur tous ses ennemis. Il n’a pas changé une fois élu, ne parlant qu’à son camp », explique le journaliste du quotidien catholique. « Au contraire, Biden fait preuve  d’empathie, d’écoute de dialogue, dans un message qui veut réunir le pays. » Ce qui lui vaut le soutien de certains fidèles républicains, lassés des frasques de  leur leader.

Idées opposées mais amitié quand même

Ces tensions ne peuvent laisser indifférents les Focolari présents aux États-Unis. « Parce que notre vocation est l’unité, nous sommes au centre des questions de  conflits et de leur résolution », assure William A. Calvo-Quiros, enseignant à l’université du Michigan. Si le Mouvement ne mène pas de projet spécifique sur la question,  ses membres sont très attentifs aux risques d’altération des liens interpersonnels. « Les opinions politiques peuvent nuire aux relations entre individus »,  reconnaît Mike Murray, responsable des volontaires, qui raconte une histoire édifiante à ce sujet : une amie a déploré devant lui que son couple ne soit plus invité nulle  part, car son mari avait des opinions politiques très arrêtées et différentes de celles de leurs proches. « Nous avons invité ce couple et nous avons accepté d’avoir une  conversation politique sans que cela affecte notre amitié. Nous avons pris une bière et avons exprimé nos opinions, acceptant nos désaccords. C’était une discussion  saine, qui ne peut exister que lorsque l’amitié l’emporte. » Les discordances n’épargnent pas les communautés focolari, ses membres provenant de milieux sociaux  pluriels et embrassant des points de vue divers. Éviter le sujet paraît pour autant une solution « malsaine » à Mike Murray, qui a récemment proposé un sujet clivant à  l’ordre du jour d’une rencontre des volontaires. « Il s’agissait de relever un défi. Si nous qui croyons en l’unité ne pouvons pas en discuter, alors est-ce vraiment notre  croyance ? C’est ce que nous avons fait, et c’était très

Le débat devient impossible.

bien. La discussion a été très humaine, avec des d’expériences personnelles, profondes. Elle a approfondi nos relations. En perdant nos pensées pour écouter l’autre,  nous ouvrons un dialogue où des solutions peuvent être trouvées ensemble. » Les Focolari présents dans ce vaste pays, et tous ceux qui œuvrent à l’unité par-delà  des divergences partisanes, ont du pain sur la planche.
Philippe CLANCHÉ

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Notes :

1)Il vient de publier Être américain aujourd’hui, Paris, Gallimard, 2020

2)Son dernier ouvrage paru, L’Amour des Loving (Paris, Baker Street, 2017), est un roman autour de l’histoire vraie du couple qui a fait advenir la loi autorisant les mariages mixtes en 1967.

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