Doucement, doucement Madagascar

Doucement, doucement Madagascar

Doucement, doucement Madagascar

PAYS AUX SOUS-SOLS TRÈS RICHES MAIS TOUJOURS AUSSI PAUVRE, Madagascar n’arrive pas à gérer équitablement le bien commun. Ce qui n’empêche pas ses habitants d’incarner les valeurs de l’attention, la solidarité, la joie. Bien insérés, les Focolari sont reconnus pour leur engagement, leur enthousiasme et leur unité.

Connaissez-vous le « fihavanana » ? Ce terme, difficile à traduire, mêle « l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité » et comprend également « l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature ». Cette définition est celle du pape François dans son discours aux autorités lors de sa visite à Madagascar en septembre 2019. Cette vertu capitale dans l’âme malgache

Des multinationales pillent nos ressources

porte aussi ses côtés sombres : un esprit de clan qui nourrit une culture de corruption, un poison qui nuit depuis des décennies au développement de l’île. « Les partis politiques reflètent cette réalité, construits comme des groupes de familles et d’intérêts particuliers, au détriment du bien commun, de la nation, du progrès pour tous », reconnaît Gérard, focolarino français installé à Madagascar depuis quatre ans.

Si la grande île de l’océan Indien attire nombre d’acteurs économiques mondiaux, c’est hélas davantage pour se servir que pour développer cette terre, aux sous-sols riches : minerais, or, pierres précieuses, pétrole et gaz. « Des multinationales pillent nos ressources : les bois précieux, la vanille, le cacao. Tout est exporté et on ne voit guère d’entrepreneurs investir dans la construction d’usines sur place. » Et Madagascar figure désespérément dans la liste des pays les plus pauvres de la planète. La solidarité internationale est bien présente. « Pourquoi avec tant d’ONG à l’œuvre, le pays ne décolle pas ? », s’interrogent les Malgaches qui pointent la faiblesse des services publics.

Le début d’une grande aventure

Le pays compte beaucoup sur ses communautés religieuses. Si la moitié de la population reste attachée aux croyances traditionnelles, l’île compte 40 % de chrétiens, autant de catholiques que de protestants. Les paroisses catholiques sont des actrices locales majeures, gérant très souvent une école et un dispensaire. Le mouvement des Focolari est arrivé en 1966 grâce à un prêtre italien venu par bateau. « Il nous partageait des témoignages de jeunes qui vivaient l’évangile et je me suis dit : si eux y arrivent, pourquoi pas moi ? Cela fut le début d’une grande aventure, se souvient Léonie, la première focolarine malgache. Ainsi, nous sommes allés réparer la toiture d’une maison d’une famille en grande nécessité. Puis nous avons mis en commun le peu que nous avions pour acheter marmites, couvertures… Je me souviens aussi, d’un jeune malade à qui nous allions porter à tour de rôle les repas à l’hôpital. Il y avait une forte unité entre nous et tout était possible. »

Le charisme de l’unité a pénétré la société et l’Église dès le début. C’est la Parole de Dieu qui a tenu debout autrefois les premières communautés chrétiennes malgaches sans prêtres, aux temps des persécutions. Cette année, le « mot du jour » (une pensée envoyée tous les matins pour concrétiser la fraternité au quotidien), partagé sur les réseaux sociaux, a été d’un grand secours pendant l’épidémie de Covid, et la période de confinement durant laquelle beaucoup n’ont pas pu travailler.  « La spiritualité des Focolari, centrée sur le mystère d’Amour de Jésus abandonné et ressuscité, résonne fortement dans une société marquée par les souffrances, confie Léonie. Les Malgaches y trouvent une force pour recommencer chaque matin. »

Si la fraternité, la solidarité, l’entraide, la joie font partie des valeurs du peuple malgache, celui-ci connaît également des points faibles comme la jalousie, l’égoïsme, le manque d’unité entre les familles. Aussi, les Focolari travaillent sur la valorisation du rôle du père. « Tout repose sur la mère, observe Gérard. Les maris manquent trop souvent du sens de leur responsabilité, et nombre d’enfants n’ont pas de papa à la maison. »

Aujourd’hui, 350 personnes sont engagées dans le Mouvement, lequel est très intégré dans le tissu paroissial. « Je suis un des neuf hommes de la branche des Volontaires, raconte Modar, ancien Gen et jeune père de famille. Huit d’entre nous sont engagés – sans la casquette Focolari – dans des responsabilités au sein de notre paroisse ou de notre diocèse. Nos valeurs d’engagement, d’enthousiasme et d’unité sont reconnues. » Les Focolari malgaches agissent également au service des jeunes. « Nous les encourageons à dépasser la vision de l’immédiat et à se projeter dans l’avenir : leur formation, leur métier, la famille qu’ils vont construire. Nous les accompagnons dans leur décision, quitte à les aider à quitter leur ville quand elle ne leur offre aucun avenir », expliquent les focolarini. Le premier Genfest en avril 2019 a réuni 270 jeunes. Lors d’une journée consacrée à la sensibilisation à la protection de l’environnement, les participants sont allés, en groupe, nettoyer certains quartiers de la ville. « Avec le Genfest, nous avons vu et nous avons cru, leur a lancé l’archevêque de Tuléar, en les encourageant. À nous maintenant d’aller à la rencontre de tous les “Thomas” qui n’ont pas cru et n’ont pas vu le Genfest ! »

Madagascar est le pays du moura moura (doucement, doucement) et son peuple se caractérise davantage par la délicatesse et l’attention propres aux Extrême-Orientaux que par les tendances à l’exubérance de l’Afrique continentale. « Pour être accepté, on doit faire sentir que notre parole ne vient pas de haut, mais du bas, explique Gérard. La communauté focolari sait s’adapter. En 2020, deux focolares ont déménagé pour rejoindre la capitale Tananarive, pouvant ainsi plus facilement rayonner dans un pays aux infrastructures routières limitées. Ces deux communautés réunissent sept hommes et quatre femmes et une autre maison regroupe trois focolarines à Antsirabe. Et les Malgaches y sont désormais majoritaires.

Philippe CLANCHÉ

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