Donner Jésus par la joie

Donner Jésus par la joie

Une petite phrase me parle bien : « Si tu veux faire rire Dieu, parle-lui de tes projets. » Cette formule paraît banale mais pour moi qui ai tendance à échafauder en permanence des plans sur la comète, ce conseil est bien utile. Ici, en France, on réfléchit beaucoup aux choses avant de les vivre. Au Burundi, c’est plutôt l’inverse. Comme Burundais, j’essaie donc de vivre l’instant présent et de donner Jésus par la joie.

L’Algérie m’a appris à faire le premier pas vers la culture de l’autre.

J’ai eu la chance de naître à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans une famille où Dieu était présent. Chaque soir nous nous retrouvions pour prier et nous raconter nos expériences. De plus, mes parents étaient très généreux. Ils accueillaient des jeunes désargentés venus pour leurs études. J’ai ainsi toujours eu des frères à la maison, en plus de mes deux sœurs. Ma maman, assistante sociale pour des mineurs en prison, et mon père, conseiller à la présidence, se sont connus grâce aux Focolari où ils étaient tous deux engagés en tant que Gen, la branche jeunesse de ce mouvement. Naturellement, j’ai baigné dans cette communauté très vivante malgré son peu de moyens et j’ai grandi avec cette spiritualité. Jusqu’à la période de l’adolescence où j’ai pris mes distances, n’allant plus qu’épisodiquement à de grandes rencontres. À un moment donné, me retrouvant dans une sorte de sécheresse spirituelle, j’ai renoué avec les Focolari. La venue du Gen Rosso en 2007 dans mon pays m’a donné un élan nouveau. J’ai donc repris mon engagement dans la branche des jeunes avec vivacité et bonheur. J’ai même passé six mois dans une colocation du Mouvement où la présence de jeunes d’autres régions du Burundi m’a beaucoup enrichi.
Après avoir obtenu mon bac scientifique avec une mention très bien dans un lycée jésuite, j’ai décroché une bourse pour aller en Algérie étudier le génie civil.

Un choc et une révélation

Le fait de me retrouver seul à Oran à 19 ans, à l’université des Sciences et Techniques, logé en cité U, a été un énorme choc tant culturel que spirituel. Mais ce fut surtout une expérience très forte. L’esprit communautaire et le sens de l’hospitalité du peuple algérien m’ont énormément marqué. Ayant pris contact avec le mouvement des Focolari, je me suis retrouvé seul chrétien parmi des Gen musulmans. À cette époque, je ne savais pas qu’il y avait des Gen musulmans. Me sentant perdu, j’ai commencé à me former sur l’islam, à apprendre la culture algérienne et aussi à perdre mon langage chrétien. Je maintenais néanmoins des liens avec la petite communauté chrétienne locale qui rassemblait des confessions diverses : des protestants, des anglicans…

Tous les rendez-vous sont dédiés à la culture de la rencontre.

Au contact des Gen musulmans, j’ai réalisé que je pouvais transmettre à tout un chacun l’amour de Dieu autrement que par des paroles et offrir à toute personne que je rencontrais, à l’université, à l’église, chez les Focolari, la joie de vivre très forte dont Dieu m’avait fait cadeau. Je pouvais faire au moins cela : communiquer à chaque rencontre cette joie divine. C’est ce qui continue de m’animer.

Une vocation sur des rails

Au bout de cinq années d’études puis de quelques mois de travail dans le bâtiment en Algérie, j’ai voulu venir en France. Mon diplôme n’y étant pas reconnu, j’ai dû refaire quelques mois d’études à Saint-Nazaire. J’ai été heureux d’être proche de l’océan, moi qui ai passé mon enfance à 1 km du lac Tanganyika et qui ai tant apprécié d’être au bord de la Méditerranée à Oran. Souvent, avant de partir à la messe, je faisais un petit jogging le long des plages. De Saint-Nazaire, où j’ai réussi à créer un réseau d’amis musulmans, je me rendais régulièrement à Nantes retrouver la communauté des Focolari. C’est là que j’ai entendu parler du projet d’ouverture d’un lieu de vie multiculturel et de discernement vocationnel à Créteil. Une belle opportunité, à une période de ma vie durant laquelle j’étais en quête d’un projet de vie un peu radical. Ayant trouvé un stage en génie civil dans la rénovation de la gare RER du musée d’Orsay, c’est comme cela que je me suis retrouvé en île-de-France en mai 2017. J’étais de nouveau dans un autre monde et, en plus, dans un autre rythme de vie, et encore une fois, il me fallait trouver mes marques, mon équilibre. Heureusement, j’arrive à m’adapter facilement et l’Algérie m’a appris à faire le premier pas vers la culture de l’autre.
À Créteil, où la population est très métissée et plurireligieuse, je me sens comme un poisson dans l’eau. Des amis africains ou musulmans que j’ai connus en Algérie passent au focolare ou viennent à nos soirées. Que ce soient les rendez-vous destinés à mieux connaître les Focolari (soirées Inside – de l’intérieur), les moments conviviaux ouverts aux voisins, amis, collègues, réfugiés (soirées Welcome – Bienvenue) ou les temps de fraternité entre chrétiens et musulmans (fête de l’Aïd, soirée islamo-chrétienne)…, toutes sont dédiées à la culture de la rencontre.
L’évêque du diocèse de Créteil, Mgr Michel Santier, m’a d’ailleurs demandé de faire partie de l’équipe islamo-chrétienne du diocèse. Je suis par ailleurs engagé auprès des adolescents du Mouvement. Et avec mes collègues de bureau également, à la Plaine-Saint-Denis où je suis embauché comme ingénieur pour les travaux ferroviaires du RER D, je tente de créer une bonne ambiance en demandant comment s’est passé leur week-end, en étant jovial dans les relations, etc. Je me sens vraiment moi lorsque ça marche. S’il est une chose dont je suis sûr pour mon avenir, c’est que la joie qui bouillonne en moi doit être partagée. Je sens que ma vocation est là : donner Jésus pas la joie. C’est ma boussole de vie.

 

> Pour en savoir plus FEUILLETEZ LA REVUE ONLINE

> ABONNEZ-VOUS A NOTRE LETTRE D’INFORMATION !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *